Al-Ahram Hebdo, Voyages | Nouveau créneau pour l’art nubien
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Voyages

Nubie. Un nouveau centre qui vise à préserver le patrimoine de cette région du sud de l’Egypte vient d’être créé à Louqsor offrant une formation aux Nubiennes pour faire revivre leurs œuvres artistiques.  

Nouveau créneau pour l’art nubien 

Au sud du pont de Louqsor, sur la route touristique qui lie les deux rives du Nil, une vaste maison au style nubien attire les passants par son architecture traditionnelle et ses différentes couleurs attrayantes. L’endroit qui semble sorti d’un temps englouti porte le nom de Centre du patrimoine nubien. Un nom qui suscite beaucoup de curiosités, surtout dans une ville comme Thèbes qui possède et préserve le tiers des monuments du monde. Cette ville touristique qui accueille des visiteurs des quatre coins du monde pour contempler les vestiges éternels de la civilisation pharaonique semble être appelée non seulement à présenter le patrimoine artistique d’une région disparue, celle de la Nubie, mais en plus à le préserver, le développer, voire le moderniser. Bien intéressant si l’on songe qu’elle n’est pas en Nubie.

En fait, la Nubie se trouvait au début du siècle à 350 km au sud d’Assouan. Les habitations, les champs et les monuments ont été inondés à plusieurs reprises à cause des crues du Nil répétées. Et lors de la construction du Haut-Barrage, les Nubiens ont été déplacés de leur terre natale vers le nord d’Assouan dans le désert de Kom Ombo. Et la région a entièrement disparu après l’exode de ses habitants. 25 000 Nubiens ont choisi de s’installer au village Manchiyet Al-Nouba, à 7 km au sud de Louqsor.

Sur une superficie de 600 m2, le conseil de la ville de Louqsor a pris l’initiative de créer ce centre, dont le but principal est de préserver la culture et le patrimoine de la Nubie. C’est en plus un projet de développement et un lieu de formation consacré aux Nubiens, afin de leur apprendre leur propre artisanat et travaux manuels comme le tissage, la poterie et la fabrication des palmes. Un projet social et un centre d’attraction touristique où se trouvent les différents aspects de la vie nubienne ainsi que la production artistique.

En fait, depuis la disparition de l’ancienne Nubie, des générations se sont succédé, dont les plus jeunes ignorent leur passé et ne savent pas trop d’un patrimoine qui risque aujourd’hui de disparaître complètement. « Ici, nous essayons de revivifier ces travaux artistiques de nouveau avec un style plus moderne, tout en donnant la chance aux Nubiens de lutter contre le chômage, d’avoir un métier en main qui pourrait leur permettre de monter leur propre projet », dit Ahmad, directeur du centre qui ajoute que l’idée de créer un tel projet dans une ville touristique comme Louqsor lui assure son succès. « Des touristes qui affluent pour puiser dans un modèle du patrimoine nubien et aussi jouissent de la production artistique des filles et les achètent », estime ce jeune enthousiaste, tout en faisant le va-et-vient entre les salles de formation au sein du centre. Là, à l’intérieur du centre, des ornements et des couleurs partout : les murs sont garnis de superbes tableaux qui reflètent les différents aspects du quotidien et des coutumes nubiennes ainsi que des exemplaires des productions artisanales des jeunes filles. Tapis tissés, habits traditionnels, châles, accessoires, statues en poterie et des œuvres en feuilles de palmier. La scène au centre semble baigner dans l’histoire, mais tout en s’offrant quelques aspects de modernité, surtout avec la présence des filles qui ne s’habillent pas comme leurs grands-mères. Mona, jeune Nubienne, est bien occupée par son appareil à tisser et ses fils multicolores. Diplômée en services sociaux, elle confie que même si elle est d’origine nubienne, elle ne savait rien sur ces différents genres de métiers artistiques. « J’ai passé 6 mois pour apprendre le tissage, ce n’était pas une affaire facile au début, mais avec le temps, on s’habitue et ça devient automatique. Un châle peut être fait en trois jours pour une débutante, mais avec le temps, ça se fait en un jour », explique Mona. Rabab, au visage brun et aux traits qui reflètent clairement ses origines, reprend la conversation en disant qu’elle a terminé sa formation en six mois. Aujourd’hui, elle fait partie du corps enseignant et attend un crédit du Fonds social pour monter son propre projet comme d’autres filles qui l’ont déjà commencé.

 

La double fonction de l’artisanat

Des châles, des couvre-lits ou des tapis au design nubien que les filles tissent tout en répétant les histoires des grands-mères qui leur parlent d’un passé disparu et de leurs beaux jours d’antan. D’une salle à l’autre, l’esprit du patrimoine et de la culture nubienne se sent partout.

Dans le jardin du centre, des statues incarnant des personnalités du patrimoine ou appareils ménagers en poterie sont placés et seront présentés avec d’autres productions de 6 artisans dans une exposition au deuxième étage du centre. Une exhibition artistique à l’accueil des touristes qui viennent chercher le patrimoine nubien et ses œuvres faites à la main. Un moyen pour promouvoir la production de ces jeunes filles et les vendre à travers l’association qui porte le nom « La fille de l’avenir », une ONG qui s’occupe du projet, financé aussi par le Fonds social. Aïcha, Enayat et Nadia, partout des figures nubiennes qui constituent avec leurs productions et leurs appareils manuels, une partie intégrante du site. Dix filles dans chaque secteur artistique qui viennent chaque jour de Manchiyet Al-Nouba pour faire revivre le patrimoine et la culture de leurs ancêtres.

94 filles ont été diplômées depuis mars 2007. Certaines ont monté leurs propres projets, les unes ont travaillé dans les usines de la rive ouest et les autres ont travaillé dans des établissements touristiques. Mais la formation continue dans le centre en attendant que les produits artisanaux des filles soient exposés aux touristes dans quelques jours, avec l’inauguration de l’autre coin du centre. Un restaurant qui présente des mets nubiens comme le pain et les légumes mélangés aux herbes nubiennes, une tente où des filles dessinent des tatouages et du henné aux touristes et un coin pour les photos. Là, les touristes peuvent mettre des habits traditionnels nubiens pour prendre des photos souvenirs. Ambiance, décor et esprit nubiens dans un centre qui a commencé déjà à recevoir ses visiteurs avant même les touches finales du projet et avant l’inauguration de sa deuxième partie. Un endroit qui, en plus de son rôle social qui vise à lutter contre le chômage, forme les Nubiennes en leur permettant de développer des œuvres artistiques de leur patrimoine presque disparu.

Doaa Khalifa

 

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3 questions   à

Samir Ghazal, directeur du projet du Centre nubien à l’association de La fille de l’avenir.

« Il s’agit surtout de promouvoir le tourisme dans la ville »

Al-Ahram Hebdo : Quel est exactement le but du Centre du patrimoine nubien ? Vise-t-il à réduire le chômage chez les Nubiennes ou à refléter un patrimoine qui risque de disparaître ?

Samir Ghazal : C’est un projet de développement qui vise à encourager les petites industries nubiennes, faire revivre les œuvres artisanales de leur patrimoine comme le tissage, les accessoires, et préserver la culture et l’histoire de la Nubie. Il s’agit surtout de promouvoir le tourisme dans la ville. Et pour revivifier ces œuvres artistiques faites main, des enseignants spécialisés sont convoqués des quatre coins de l’Egypte, Fayoum, Misr Al-Qadima (Vieux-Caire), Kafr Al Cheikh, Qéna et de Louqsor pour former les Nubiennes.

— Quel est le rôle de l’association La fille de l’avenir dans le projet ?

— Le centre est créé par le conseil de la ville de Louqsor, alors que l’association, elle, s’occupe de la formation des filles pour la promotion de leurs productions, avec un financement du Fonds social du développement. Ce dernier offrira des crédits aux jeunes Nubiennes pour monter leurs propres projets après avoir terminé leur formation. Des projets dont la production est vendue aux visiteurs, des touristes passionnés par ces œuvres artistiques et demandant dès présent de les acheter même avant qu’elles ne soient terminées.

— L’inauguration du coin touristique, restaurant, tente et studio au style nubien influencera-t-elle le centre de formation ?

— Evidemment, il ajouterait un afflux touristique à l’endroit. Des visiteurs qui viennent manger des repas nubiens, s’amuser avec les tatouages, se montrer en photo, veulent sûrement visiter le centre de formation qui présente les œuvres artistiques qui les attirent. L’exposition du deuxième étage est destinée aux visiteurs avides de ce genre de souvenirs qui puisent dans le patrimoine nubien. La preuve en est les visites quotidiennes des touristes que nous recevons même avant que les préparatifs de l’exposition ne soient finis .

Propos recueillis par D. Kh.

 




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