Nubie.
Un nouveau centre qui vise à préserver le patrimoine de
cette région du sud de l’Egypte vient d’être créé à Louqsor
offrant une formation aux Nubiennes pour faire revivre leurs
œuvres artistiques.
Nouveau créneau pour l’art nubien
Au
sud du pont de Louqsor, sur la route touristique qui lie les
deux rives du Nil, une vaste maison au style nubien attire
les passants par son architecture traditionnelle et ses
différentes couleurs attrayantes. L’endroit qui semble sorti
d’un temps englouti porte le nom de Centre du patrimoine
nubien. Un nom qui suscite beaucoup de curiosités, surtout
dans une ville comme Thèbes qui possède et préserve le tiers
des monuments du monde. Cette ville touristique qui
accueille des visiteurs des quatre coins du monde pour
contempler les vestiges éternels de la civilisation
pharaonique semble être appelée non seulement à présenter le
patrimoine artistique d’une région disparue, celle de la
Nubie, mais en plus à le préserver, le développer, voire le
moderniser. Bien intéressant si l’on songe qu’elle n’est pas
en Nubie.
En fait, la Nubie se trouvait au début du siècle à 350 km au
sud d’Assouan. Les habitations, les champs et les monuments
ont été inondés à plusieurs reprises à cause des crues du
Nil répétées. Et lors de la construction du Haut-Barrage,
les Nubiens ont été déplacés de leur terre natale vers le
nord d’Assouan dans le désert de Kom Ombo. Et la région a
entièrement disparu après l’exode de ses habitants. 25 000
Nubiens ont choisi de s’installer au village Manchiyet
Al-Nouba, à 7 km au sud de Louqsor.
Sur une superficie de 600 m2, le conseil de la ville de
Louqsor a pris l’initiative de créer ce centre, dont le but
principal est de préserver la culture et le patrimoine de la
Nubie. C’est en plus un projet de développement et un lieu
de formation consacré aux Nubiens, afin de leur apprendre
leur propre artisanat et travaux manuels comme le tissage,
la poterie et la fabrication des palmes. Un projet social et
un centre d’attraction touristique où se trouvent les
différents aspects de la vie nubienne ainsi que la
production artistique.
En fait, depuis la disparition de l’ancienne Nubie, des
générations se sont succédé, dont les plus jeunes ignorent
leur passé et ne savent pas trop d’un patrimoine qui risque
aujourd’hui de disparaître complètement. « Ici, nous
essayons de revivifier ces travaux artistiques de nouveau
avec un style plus moderne, tout en donnant la chance aux
Nubiens de lutter contre le chômage, d’avoir un métier en
main qui pourrait leur permettre de monter leur propre
projet », dit Ahmad, directeur du centre qui ajoute que
l’idée de créer un tel projet dans une ville touristique
comme Louqsor lui assure son succès. « Des touristes qui
affluent pour puiser dans un modèle du patrimoine nubien et
aussi jouissent de la production artistique des filles et
les achètent », estime ce jeune enthousiaste, tout en
faisant le va-et-vient entre les salles de formation au sein
du centre. Là, à l’intérieur du centre, des ornements et des
couleurs partout : les murs sont garnis de superbes tableaux
qui reflètent les différents aspects du quotidien et des
coutumes nubiennes ainsi que des exemplaires des productions
artisanales des jeunes filles. Tapis tissés, habits
traditionnels, châles, accessoires, statues en poterie et
des œuvres en feuilles de palmier. La scène au centre semble
baigner dans l’histoire, mais tout en s’offrant quelques
aspects de modernité, surtout avec la présence des filles
qui ne s’habillent pas comme leurs grands-mères. Mona, jeune
Nubienne, est bien occupée par son appareil à tisser et ses
fils multicolores. Diplômée en services sociaux, elle confie
que même si elle est d’origine nubienne, elle ne savait rien
sur ces différents genres de métiers artistiques. « J’ai
passé 6 mois pour apprendre le tissage, ce n’était pas une
affaire facile au début, mais avec le temps, on s’habitue et
ça devient automatique. Un châle peut être fait en trois
jours pour une débutante, mais avec le temps, ça se fait en
un jour », explique Mona. Rabab, au visage brun et aux
traits qui reflètent clairement ses origines, reprend la
conversation en disant qu’elle a terminé sa formation en six
mois. Aujourd’hui, elle fait partie du corps enseignant et
attend un crédit du Fonds social pour monter son propre
projet comme d’autres filles qui l’ont déjà commencé.
La double fonction de l’artisanat
Des châles, des couvre-lits ou des tapis au design nubien
que les filles tissent tout en répétant les histoires des
grands-mères qui leur parlent d’un passé disparu et de leurs
beaux jours d’antan. D’une salle à l’autre, l’esprit du
patrimoine et de la culture nubienne se sent partout.
Dans le jardin du centre, des statues incarnant des
personnalités du patrimoine ou appareils ménagers en poterie
sont placés et seront présentés avec d’autres productions de
6 artisans dans une exposition au deuxième étage du centre.
Une exhibition artistique à l’accueil des touristes qui
viennent chercher le patrimoine nubien et ses œuvres faites
à la main. Un moyen pour promouvoir la production de ces
jeunes filles et les vendre à travers l’association qui
porte le nom « La fille de l’avenir », une ONG qui s’occupe
du projet, financé aussi par le Fonds social. Aïcha, Enayat
et Nadia, partout des figures nubiennes qui constituent avec
leurs productions et leurs appareils manuels, une partie
intégrante du site. Dix filles dans chaque secteur
artistique qui viennent chaque jour de Manchiyet Al-Nouba
pour faire revivre le patrimoine et la culture de leurs
ancêtres.
94 filles ont été diplômées depuis mars 2007. Certaines ont
monté leurs propres projets, les unes ont travaillé dans les
usines de la rive ouest et les autres ont travaillé dans des
établissements touristiques. Mais la formation continue dans
le centre en attendant que les produits artisanaux des
filles soient exposés aux touristes dans quelques jours,
avec l’inauguration de l’autre coin du centre. Un restaurant
qui présente des mets nubiens comme le pain et les légumes
mélangés aux herbes nubiennes, une tente où des filles
dessinent des tatouages et du henné aux touristes et un coin
pour les photos. Là, les touristes peuvent mettre des habits
traditionnels nubiens pour prendre des photos souvenirs.
Ambiance, décor et esprit nubiens dans un centre qui a
commencé déjà à recevoir ses visiteurs avant même les
touches finales du projet et avant l’inauguration de sa
deuxième partie. Un endroit qui, en plus de son rôle social
qui vise à lutter contre le chômage, forme les Nubiennes en
leur permettant de développer des œuvres artistiques de leur
patrimoine presque disparu.
Doaa
Khalifa