Al-Ahram Hebdo, Visages | Michael Mounir, Le sens de la nation
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Visages

Michael Mounir, président de l’Association des coptes des Etats-Unis, s’efforce de faire entendre la voix et l’action des Egyptiens de l’étranger dans un projet d’émancipation de leur pays. 

Le sens de la nation 

Un jeune homme entrevoit un projet original : orienter l’action des coptes de l’étranger vers l’intérieur du pays, pour rendre efficaces leurs effets, en prenant contact sur le terrain avec les décideurs politiques. Cet homme, c’est Michael Mounir, président de l’Association des coptes des Etats-Unis. Toute sa vie, il a travaillé pour fonder cette révolution méthodologique : le recours direct aux décideurs et hommes politiques par les coptes de l’étranger, qui se contentaient jusque-là de protestations et de commentaires sur les politiques de leur pays. Ainsi, sur son initiative, plus de 16 associations de coptes de l’étranger se sont réunies récemment en Egypte pour exposer clairement et définitivement leurs revendications. « Nous voulons que l’Etat reçoive nos voix pour les transmuter en lois justes, afin de nous permettre d’agir en interlocuteurs de ses demandes sur le plan international et non en lobby opposé aux débordements de son régime », ont-elles toutes affirmé. Il faut donc saluer l’entreprise téméraire de Michael qui a pris cette décision. Son élan et sa beauté lyrique s’ancrent dans son souci pour le destin de son peuple, de sa patrie. Son projet vient de loin, de cette démarche exigeante qui cherche la forme juste d’une vie.

Enfant, il voit ses parents fuir l’injustice de la destruction de leur ville de Suez sous les bombardements israéliens, pour s’installer dans un village du sud, Abou-Qorqas. Son père, ingénieur en mécanique, part travailler aux Etats-Unis, pour subvenir aux besoins de sa famille. Sa mère, quant à elle, s’occupe de son éducation avec ses frères et sœurs. Cela ne l’empêche pas de prendre part à l’action sociale. Membre du Parti national et du Conseil municipal, elle prodigue aides et conseils aux femmes défavorisées pour les extraire à la misère et les encourager à prendre en charge leur famille. Séduit par le modèle de sa mère, Michael devient à son tour chef de scouts à l’église, entraînant les jeunes de son âge à découvrir leurs ressources physiques et intellectuelles aussi bien que celles de leur environnement. A 16 ans, il devient actif dans les rangs du Parti des libéraux et participe aux campagnes électorales de ses élus, répandant leurs idées au sein de la population de son village. Cependant, il n’oublie pas de s’adonner énergiquement à son sport favori, le football. En même temps, il satisfait sa curiosité pour la mécanique des voitures en prêtant la main à son voisin Rasmi qui possédait un atelier de réparation d’autos. Sa jeunesse s’épanouit ainsi entre l’activisme et ces deux passions déclarées.

Cependant, dans les années 1980, commence un « point de basculement ». Les intégristes prennent possession des milieux intellectuels, des tribunes des universités et des mosquées. Leur discours hostile, affiché contre le régime, se tourne aussi contre les chrétiens. Ils commencent dès lors à saboter des églises et des commerces de coptes qu’ils agressent. Influencé par leurs discours sulfureux, un ami de Michael se distancie de lui et se replie sur lui-même. Toutefois, la hargne de Micahel ne vise pas les musulmans. « Si c’est ça l’islam, se dit-il, coptes et musulmans n’auraient pas cohabité ensemble toute cette vie durant ». Pourtant, il ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de malaise. « Comment ne pas remarquer la facilité avec laquelle le système établit son pouvoir sur un équilibrage dangereux des rapports de force, laissant musulmans et coptes s’entre-déchirer ? Son but est de faire diversion, pour détourner le peuple de revendiquer des réformes politiques et économiques et de prendre part à l’élaboration de politiques le concernant », déplore Michael. Il comprend que les extrémismes naissent de l’absence d’intervention de l’Etat pour réduire les injustices. « En fait, le système favorisait la crise du lien social et national pour générer l’individualisme et la désaffiliation », explique-t-il. Il éprouve un effroi du monde, de la montée des extrêmes, de la cruauté. « La terreur crée des spectres, des corps sans nom. Les consciences éclatent, les vies se dispersent », constate-t-il.

« Je ne possédais pas encore à cette époque les outils de pensée et d’action nécessaires à changer cette situation. Je n’avais alors que le désir de partir. Non pour fuir, mais pour agir et changer les choses ». L’émigration aux Etats-Unis se présente, dès lors, comme une issue, une porte entrouverte pour se réaliser. « Le fil rouge » de ces années de terreur, ce tableau, le guide dans une recherche de forme efficace d’action. Il s’établit dans l’Etat de Virginie, où réside son père, perfectionne son anglais et s’inscrit à la faculté d’ingénierie mécanique de l’Université de Virginia Tech.

Très rapidement, il devient chef adjoint puis chef de l’Union des étudiants de son université et fonde l’Association des étudiants coptes. Il pense en priorité à restaurer le droit du copte à la liberté de confession et la parité avec son compatriote musulman sur les plans de la citoyenneté, du politique et du social. A l’issue des études, il fonde l’Association des coptes des USA. Armé de recherches originales et de l’aide d’un florilège de collaborateurs, il souhaite prendre le large, s’émanciper de son domaine, forcément réservé aux spécialistes de la question copte, pour atteindre la question nationale, mettre ses travaux à la portée d’un public plus large que la communauté de ses coreligionnaires. Il obtient le soutien de femmes voilées, d’intellectuels et de médias éclairés, persuadé qu’il veut souder toutes les synergies, inclure tout le monde dans le dialogue autour d’intérêts communs, qui ne peut passer par des monographies, mais des synthèses d’idées.

« Au fil du temps, j’ai compris qu’il faudrait restaurer du commun, ou de l’ordre contre la prolifération de mouvements de désintégration sociale. L’existence d’une solidarité entre coptes et musulmans m’a semblé de plus en plus importante autour de revendications radicales et de droits réformistes », déclare-t-il. Il lui est apparu que leurs structures communes de pensée, leur proximité et leur hostilité partagée à l’encontre de la rigidité du système qu’ils attaquent, critiquent et cherchent à transformer devraient les rapprocher au nom de l’autonomie et du libre déterminisme. « La constitution d’un nouvel espace public libéral ne peut s’opérer sans leur complicité », insiste-t-il. « A l’époque des excès médiatiques et de confusion mentale que nous vivons, certains cherchent à montrer que seuls les coptes sont réfractaires ou dissidents, alors que le public ne s’y trompe pas et partage leurs revendications ». Certains opposants et objecteurs, parmi les coptes repliés sur leurs demandes, le taxent de traître à leurs attentes. Pourtant, pour se faire entendre, ils se définissent par rapport à son projet, quitte à le tordre un peu.

Actif auprès du Congrès, de la Maison Blanche et d’associations de droits de l’homme, Michael obtient avec eux la promulgation aux Etats-Unis d’une loi sur la liberté des confessions et la constitution un peu partout au monde de commissions de surveillance du respect des droits de l’homme. Ainsi, il contribue à la défense des Coraniens (adeptes de l’exégèse du Coran) contre le sectarisme des Frères musulmans. De même, il dissipe les accusations inexactes ciblant la pensée libre d’Ibrahim Saadeddine. Ses interventions ne sont pas exclusives aux seuls coptes. Son travail ne se limite pas à la restauration du « commun », mais à l’engagement de la nation dans une longue marche vers son émancipation. Il vient d’obtenir la licence de fonder l’Association Main dans la main pour l’Egypte, où il compte trouver le langage et les moyens nécessaires pour fusionner coptes et musulmans, de l’intérieur et de l’extérieur, dans le projet d’investir leurs expériences dans l’entraînement des jeunes à la conscience et la participation politique aux décisions et aux élections. L’objectif est de préparer la reproduction d’élites capables de pensée critique et de défense de la liberté, de la démocratie et de l’autodétermination. « Il incombe aux nouvelles élites jeunes d’inventer un espace public transformé qui échapperait à l’étau de l’extrémisme radicaliste et l’omniprésence des experts de la régression par rapport aux analyses complexes de la réalité et des discours de réforme », proclame Michael. Aussi considère-t-il qu’« un vent de création et de changement souffle de nouveau aujourd’hui. Je me réjouis aussi de l’amélioration de la condition des coptes, depuis 1996 ».

Homme mûr, il parle peu de sa vie privée, emportée par des préoccupations plus engageantes, où s’efface l’individuel pour le collectif, le moi pour le nous. Homme d’affaires avisé, il sait aussi consacrer du temps à la gestion de son entreprise de technologie de l’information et de ses investissements dans l’immobilier. Précis, précieux et subtil, il a su aussi gagner l’estime de son pays d’adoption, lui envoyant l’image d’une « American Success Story ». Ses qualités de charismatique, bon communicateur et présentable l’ont prédisposé à la candidature au titre de représentant des Républicains au Parlement de l’Etat de Virginie.

Son activisme international et sa pensée critique lui valent la qualification de « controversé » par les médias. « Etre polémique est plus efficace, proclame-t-il. Nul décret n’interdit de prendre le chemin qui mène aux questions les plus hautes, celles de l’amour de son pays et de ses compatriotes, par exemple. L’audace, l’absence de timidité peuvent même devenir vertus. Si elles n’ouvrent pas la porte au pire ». C’est ainsi qu’il a l’intuition du sens et de la valeur de son itinéraire.

Amina Hassan

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Jalons

1968 : Naissance à Abou-Qorqas.

1994 : Diplôme d’ingénierie mécanique de l’Université de Virginia Tech.

1996 : Fondation de l’Association des coptes des Etats-Unis.

1998 : Fondation de l’entreprise de technologie de l’information.

2005 : Candidature au Parlement de l’Etat de Virginie.

2008 : Fondation de l’association Main dans la main pour l’Egypte.

 

 




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