De la présidentielle américaine
Radwan Ziyada
Tous
les observateurs dans le monde suivent avec énormément
d’attention les élections primaires qui se déroulent
actuellement aux Etats-Unis.
Cet
intérêt n’a pas uniquement pour motif de connaître les
résultats de ces élections, que ce soit au niveau
démocratique ou républicain, mais l’objectif est surtout
d’observer le processus politique et médiatique, et par
conséquent social et économique que vit actuellement la
société américaine. Il est sans doute évident que ces
élections sont historiques, puisque c’est la première fois
qu’un Américain noir et une femme sont candidats aux
présidentielles. C’est aussi pour la première fois depuis
les années 1950 que la concurrence est limitée à 3 membres
du Sénat.
Les
observations sont nombreuses, mais nous allons ici nous
contenter de ce qui est nouveau pour un analyste arabe
originaire d’un monde où il est rare de voir une concurrence
présidentielle pareille. L’objectif de cette réflexion n’est
pas de faire une comparaison puisque ceci est théoriquement
impossible. Comment peut-on comparer entre un pays très
développé au niveau de la loi et des institutions à des pays
où le changement rencontre une opposition politique forte et
où les crises politiques, sociales et économiques
s’accumulent ? L’observation peut donc nous aider à
connaître les meilleurs moyens de dépasser nos crises.
Par
exemple, parmi les concurrents, il y a Obama d’origine noire
et Romney qui appartient à une communauté mormone. Cependant,
ils ont abordé la question de leurs appartenances
ouvertement et publiquement, tandis que chez nous, nous
avons appris que la meilleure façon de résoudre un problème,
c’est de le cacher. Bien que nous soyons totalement
convaincus que la confession constitue le centre de la
pensée politique et sociale de nombreuses couches sociales,
elle représente pour nous un problème réel. Dans la société
américaine, on ne cache pas sa religion, et l’élite
politique joue un rôle important pour s’assurer qu’elle ne
sera jamais exploitée. Lors d’une confrontation, Obama a
annoncé qu’il désirait que les Américains lui donnent leurs
voix non pas parce qu’il est noir mais parce qu’il est le
meilleur. Il en est de même pour Hillary en ce qui concerne
son sexe. Et quand l’ex-président Bill Clinton a tenté de
jouer sur ce point avec Obama, il a rencontré une forte
réaction de la part de l’élite politique au Parti
démocratique. Donc, les appartenances sont discutées de
façon très claire au point que dans chaque Etat américain le
taux total d’électeurs noirs est calculé, ainsi que le taux
prévu d’électeurs noirs qui donneront leurs voix à Obama. De
plus, les chaînes télévisées accueillent les leaders des
Noirs d’Amérique qui expriment leur soutien pour le candidat
noir, tandis que d’autres annoncent qu’ils aimeraient que
Obama devienne le président de tous les Américains et non
pas des Noirs seulement. Cependant, l’élite politique gère
la question avec énormément de sagesse pour ne pas retomber
au niveau de la classification ethnique. Si nous voulons
faire ici une comparaison, nous découvrons que chez nous,
l’élite politique néglige ou nie l’existence des problèmes
ethniques ou bien elle les exploite au niveau politique.
Nous en
arrivons à une autre observation qui concerne les efforts
acharnés que doit déployer chaque candidat pour obtenir le
soutien de son parti au niveau de tous les Etats américains.
Ces efforts se prolongent pendant toute une année pendant
laquelle il est en déplacement continu. Il doit passer
énormément de temps avec les gens du peuple pour obtenir
leur soutien. Par exemple, un rapport cite que Hillary
Clinton avait ressenti qu’elle allait perdre aux élections
du New Hampshire, elle a alors décidé de faire plus
d’efforts en se rendant à un café très simple pour
rencontrer les habitants et répondre à 100 questions
difficiles concernant son plan pour les assurances sociales
et les impôts, et ses intentions en ce qui concerne l’Iraq.
Imaginons donc les efforts et le temps qu’elle a déployés
pour répondre à 100 questions de ce genre.
Il est
sûr qu’il n’est pas ici question de comparer entre Clinton
et n’importe quel président arabe qui est descendu dans la
rue pour écouter les gens du peuple et réagir avec leurs
problèmes dans l’espoir d’obtenir leurs voix.
Il y a
également une observation concernant la couverture
médiatique dans un pays où il n’y a pas de chaînes
télévisées gouvernementales, chose interdite par la loi.
Nous remarquons que chaque chaîne s’acharne pour attirer le
maximum de téléspectateurs en présentant une information
rapide de façon attirante. Avant ces élections, je pensais
que les chaînes arabes d’informations Al-Jazeera et Al-Arabiya
avaient atteint un niveau professionnel excellent leur
permettant d’entrer en concurrence avec la CNN. Mais en
suivant continuellement toutes ces chaînes, j’ai découvert
qu’il y a encore une grande différence dans le niveau
professionnel, la capacité d’attirer les téléspectateurs et
la capacité de présenter tous les avis en conflit.
La
dernière remarque concerne la complication du système
électoral américain, qui diffère d’un Etat à un autre, au
point qu’il est possible qu’il soit critiqué à partir même
de l’angle de la démocratie. Ici, la démocratie n’est pas
directe, puisqu’elle passe toujours par l’intermédiaire des
délégués, c’est-à-dire des représentants. Par exemple, un
candidat peut obtenir plus de voix que son concurrent au
niveau du peuple, mais il peut perdre les élections parce
qu’il a obtenu moins de voix au niveau des délégués. En
effet, une observation profonde du rôle joué par « les
grands délégués » au Parti démocrate dévoile l’existence
d’une méthode électorale qui n’est pas du tout démocratique.
La tranche des « grands délégués » comprend tous les membres
démocrates au Congrès, députés et sénateurs, tous les ex-membres
au Sénat, tous les ex-présidents du Congrès, en plus des
gouverneurs démocrates des Etats et de tous ceux qui ont
occupé un poste démocrate important. Et les membres du parti
qui appuient un candidat non-démocrate perdent leur
caractère de « grands délégués ». Or, ce principe se base
sur une injustice claire, ce qui met en jeu l’égalité
absolue sur laquelle est fondée l’idée de la démocratie.
Dans
tous les cas, les élections sont encore à leur début et il
est sûr qu’il reste beaucoup à découvrir et à apprendre.