Al-Ahram Hebdo, Opinion | De la présidentielle américaine
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Opinion
 

De la présidentielle américaine

Radwan Ziyada

Tous les observateurs dans le monde suivent avec énormément d’attention les élections primaires qui se déroulent actuellement aux Etats-Unis. Cet intérêt n’a pas uniquement pour motif de connaître les résultats de ces élections, que ce soit au niveau démocratique ou républicain, mais l’objectif est surtout d’observer le processus politique et médiatique, et par conséquent social et économique que vit actuellement la société américaine. Il est sans doute évident que ces élections sont historiques, puisque c’est la première fois qu’un Américain noir et une femme sont candidats aux présidentielles. C’est aussi pour la première fois depuis les années 1950 que la concurrence est limitée à 3 membres du Sénat.

Les observations sont nombreuses, mais nous allons ici nous contenter de ce qui est nouveau pour un analyste arabe originaire d’un monde où il est rare de voir une concurrence présidentielle pareille. L’objectif de cette réflexion n’est pas de faire une comparaison puisque ceci est théoriquement impossible. Comment peut-on comparer entre un pays très développé au niveau de la loi et des institutions à des pays où le changement rencontre une opposition politique forte et où les crises politiques, sociales et économiques s’accumulent ? L’observation peut donc nous aider à connaître les meilleurs moyens de dépasser nos crises.

Par exemple, parmi les concurrents, il y a Obama d’origine noire et Romney qui appartient à une communauté mormone. Cependant, ils ont abordé la question de leurs appartenances ouvertement et publiquement, tandis que chez nous, nous avons appris que la meilleure façon de résoudre un problème, c’est de le cacher. Bien que nous soyons totalement convaincus que la confession constitue le centre de la pensée politique et sociale de nombreuses couches sociales, elle représente pour nous un problème réel. Dans la société américaine, on ne cache pas sa religion, et l’élite politique joue un rôle important pour s’assurer qu’elle ne sera jamais exploitée. Lors d’une confrontation, Obama a annoncé qu’il désirait que les Américains lui donnent leurs voix non pas parce qu’il est noir mais parce qu’il est le meilleur. Il en est de même pour Hillary en ce qui concerne son sexe. Et quand l’ex-président Bill Clinton a tenté de jouer sur ce point avec Obama, il a rencontré une forte réaction de la part de l’élite politique au Parti démocratique. Donc, les appartenances sont discutées de façon très claire au point que dans chaque Etat américain le taux total d’électeurs noirs est calculé, ainsi que le taux prévu d’électeurs noirs qui donneront leurs voix à Obama. De plus, les chaînes télévisées accueillent les leaders des Noirs d’Amérique qui expriment leur soutien pour le candidat noir, tandis que d’autres annoncent qu’ils aimeraient que Obama devienne le président de tous les Américains et non pas des Noirs seulement. Cependant, l’élite politique gère la question avec énormément de sagesse pour ne pas retomber au niveau de la classification ethnique. Si nous voulons faire ici une comparaison, nous découvrons que chez nous, l’élite politique néglige ou nie l’existence des problèmes ethniques ou bien elle les exploite au niveau politique.

Nous en arrivons à une autre observation qui concerne les efforts acharnés que doit déployer chaque candidat pour obtenir le soutien de son parti au niveau de tous les Etats américains. Ces efforts se prolongent pendant toute une année pendant laquelle il est en déplacement continu. Il doit passer énormément de temps avec les gens du peuple pour obtenir leur soutien. Par exemple, un rapport cite que Hillary Clinton avait ressenti qu’elle allait perdre aux élections du New Hampshire, elle a alors décidé de faire plus d’efforts en se rendant à un café très simple pour rencontrer les habitants et répondre à 100 questions difficiles concernant son plan pour les assurances sociales et les impôts, et ses intentions en ce qui concerne l’Iraq. Imaginons donc les efforts et le temps qu’elle a déployés pour répondre à 100 questions de ce genre.

Il est sûr qu’il n’est pas ici question de comparer entre Clinton et n’importe quel président arabe qui est descendu dans la rue pour écouter les gens du peuple et réagir avec leurs problèmes dans l’espoir d’obtenir leurs voix.

Il y a également une observation concernant la couverture médiatique dans un pays où il n’y a pas de chaînes télévisées gouvernementales, chose interdite par la loi. Nous remarquons que chaque chaîne s’acharne pour attirer le maximum de téléspectateurs en présentant une information rapide de façon attirante. Avant ces élections, je pensais que les chaînes arabes d’informations Al-Jazeera et Al-Arabiya avaient atteint un niveau professionnel excellent leur permettant d’entrer en concurrence avec la CNN. Mais en suivant continuellement toutes ces chaînes, j’ai découvert qu’il y a encore une grande différence dans le niveau professionnel, la capacité d’attirer les téléspectateurs et la capacité de présenter tous les avis en conflit.

La dernière remarque concerne la complication du système électoral américain, qui diffère d’un Etat à un autre, au point qu’il est possible qu’il soit critiqué à partir même de l’angle de la démocratie. Ici, la démocratie n’est pas directe, puisqu’elle passe toujours par l’intermédiaire des délégués, c’est-à-dire des représentants. Par exemple, un candidat peut obtenir plus de voix que son concurrent au niveau du peuple, mais il peut perdre les élections parce qu’il a obtenu moins de voix au niveau des délégués. En effet, une observation profonde du rôle joué par « les grands délégués » au Parti démocrate dévoile l’existence d’une méthode électorale qui n’est pas du tout démocratique. La tranche des « grands délégués » comprend tous les membres démocrates au Congrès, députés et sénateurs, tous les ex-membres au Sénat, tous les ex-présidents du Congrès, en plus des gouverneurs démocrates des Etats et de tous ceux qui ont occupé un poste démocrate important. Et les membres du parti qui appuient un candidat non-démocrate perdent leur caractère de « grands délégués ». Or, ce principe se base sur une injustice claire, ce qui met en jeu l’égalité absolue sur laquelle est fondée l’idée de la démocratie.

Dans tous les cas, les élections sont encore à leur début et il est sûr qu’il reste beaucoup à découvrir et à apprendre.

 

 

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