Al-Ahram Hebdo, Opinion | La mort s’abat sur les grands
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Opinion
 

La mort s’abat sur les grands

Salama A. Salama

 

Alors que j’étais hospitalisé pour me faire soigner de troubles cardiaques, j’ai reçu la nouvelle de la mort de deux chers collègues Ragaa Al-Naqqach et Magdi Méhanna. Les deux, qui étaient de vieux compagnons de route, d’un long parcours journalistique, parsemé d’embûches, occupaient une place privilégiée dans mon cœur et je leur vouais une grande estime et un respect sans limites. Comme si l’appel à la mort ne s’abattait que sur les généreux et les grands de notre monde, pour les arracher de leurs proches et amoureux, à un moment où les horizons de liberté, de droiture et de foi en l’avenir se rétrécissent. Ces qualités jalonnaient le parcours de chacun d’eux, même si leurs voies et intérêts différaient. J’ai été d’autant plus affligé que je n’ai pas eu la possibilité de participer aux obsèques populaires grandioses qui ont été organisées en leur faveur ou bien de leur faire les derniers adieux.

Ragaa Al-Naqqach était considéré pour notre génération, qui est la sienne, comme l’un de ceux qui ont réussi à jeter les ponts d’entente et d’interaction entre la culture au sens large du terme et la presse orageuse aux sentiers étroits et parsemés d’embûches. Al-Naqqach était un rayon qui illuminait de par sa critique objective et calme. Il avait le don de découvrir les talents et les plumes qui liaient la littérature et la pensée à la politique et ses courants houleux. Il a contribué à travers ses opinions, idées et expériences à lancer des revues culturelles et il a soutenu la revue Weghat nazar (points de vue) à ses débuts.

Ce que j’aimais le plus dans les écrits de Ragaa Al-Naqqach, c’était cette capacité d’être objectif, simple et à faire une critique positive. Il avait tendance à faire prévaloir les valeurs humaines et l’ouverture d’esprit. Il parvenait à faire le lien entre les tendances modernes dans le roman, la poésie et les courants toutes tendances confondues qui font vibrer le monde. Ragaa a toujours réussi à placer la littérature dans le cœur de la vie, de la société et des gens et à sensibiliser les gens ordinaires à la poésie, à la nouvelle et au roman. Il a initié les nouvelles générations qui optent pour la médiocrité et la futilité à qui fait défaut le sérieux et la vision illuminée à la culture et à l’amour de la poésie.

Ce qui m’a probablement le plus affligé dans ce départ de deux amis, dont les moyens d’expression différaient, de la critique littéraire sage de Ragaa à la liberté d’expression, l’honnêteté et le courage de Magdi Mehanna, c’est la perte de cette rare qualité que l’on retrouvait chez les deux et qui est en voie de disparition. C’est cette honnêteté avec soi-même et avec le vrai, et la clarté de la vision loin des parti pris, des inclinations et de l’arrivisme.

J’ai connu Magdi Méhanna lorsqu’il était encore étudiant à la faculté de communication. A l’époque, je donnais des leçons dans la traduction de presse. Je l’ai suivi en train de grimper les échelons du journalisme en toute persistance et avec professionnalisme dans différents journaux et revues. Et depuis lors, une relation d’amitié professionnelle s’est tissée entre nous ainsi qu’un respect mutuel. Les nouvelles de sa maladie qui le rongeait me parvenaient chaque jour et me plongeaient dans un profond chagrin.

Cette affliction qu’ont ressenties toutes les générations, toutes tendances confondues, vient prouver cette disposition innée chez la majorité des gens à détecter le bon du méchant. Et de confirmer également que les valeurs d’honnêteté, de lutte contre l’injustice, de soutien de la vérité et de la sincérité dans l’opinion loin des cortèges d’hypocrisie sont durables.

La mort de deux amis, Ragaa et Magdi, presque simultanée, comme s’ils étaient au rendez-vous, est un appel au secours que le destin nous a lancé, comme pour exprimer le besoin urgent d’enraciner les valeurs de vérité, de bonté et de beauté. Que Dieu leur accorde sa miséricorde.

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