Dominique Baudis : le bilan de l’expédition Bonaparte est
contrasté
Mohamed Salmawy
Dominique
Baudis est l’actuel président de l’Institut du Monde Arabe à
Paris (IMA). Il a été maire de Toulouse et président du
Conseil supérieur de l’audiovisuel. Il est également un
journaliste de renom. Il a travaillé comme correspondant de
la télévision française au Liban pour couvrir les événements
de la guerre civile durant laquelle il a été blessé. Baudis
a également excellé dans l’écriture du roman historique.
J’ai connu Dominique Baudis (60 ans) en tant que romancier,
bien avant ses autres titres. Son célèbre roman La
Conjuration, couronné du prix Evasion en 2001, ornait toutes
les façades des librairies durant l’une de mes visites à
Paris. Je me souviens que j’ai terminé la lecture du roman
en trois jours que j’ai passés à Paris avant de partir pour
Toulouse pour assister à un colloque où j’étais invité.
Les péripéties du roman se déroulent au Moyen Age entre la
France et Jérusalem et illustre le royaume de Jérusalem
fondé par les croisés en Terre sainte dans sa décennie de
décadence, prélude à sa chute. Et ce après l’accession au
trône du jeune roi Baudoin, lépreux et âgé de 14 ans. Elle
illustre, de l’autre côté, le grand héros de la guerre, le
commandant Saladin et sa réussite à libérer la ville sainte.
Le
roman, malgré sa véracité historique, est fondé sur
l’imaginaire et une manière de narrer très attirante qui m’a
amené à suivre de près la production littéraire de Dominique
Baudis. Après que j’ai fait sa connaissance, il m’a dédié
très gentiment un autre roman, un de ses meilleurs, intitulé
Il faut tuer Chateaubriand et j’en fus heureux. Bien que ce
roman porte le nom du père du romantisme dans la littérature
française, François René de Chateaubriand, la scène où il se
déroule n’est autre que l’Egypte et son principal héros
était Mohamad Ali.
Lorsque l’ex-président français Jacques Chirac avait nommé
Dominique Baudis à la tête de l’IMA, je le connaissais déjà
en tant que maire de Toulouse. Je lui ai alors rendu visite
pour le féliciter ainsi que l’institut pour sa nomination
qui est un apport. A mon sens, j’estimais que sa nomination
à la tête de l’IMA était prometteuse d’une renaissance dans
l’histoire de cet institut unique en son genre en Europe.
L’IMA a été fondé sur une initiative de l’ancien président
français François Mitterrand. D’ailleurs, il avait fait don
à l’institut du terrain sur lequel il a été construit. C’est
le président de la République en personne qui nomme le
président de l’institut. Son directeur est en général une
personnalité arabe sur laquelle se mettent d’accord les
ambassadeurs des pays arabes à Paris conformément aux
instructions de leurs gouvernements. L’objectif de
l’institut est de rapprocher la France et le monde arabe sur
les niveaux culturel et intellectuel. Il revêt en
l’occurrence une importance spéciale à l’heure actuelle, à
un moment où l’image des Arabes et des musulmans fait
l’objet de nombreux défigurations et malentendus.
Dominique Baudis a succédé à trois présidents de l’IMA. Le
premier était Edgard Pisani, qui était un proche ami de
Mitterrand. Ensuite, ce fut autour de Camille Cabana, dont
le successeur fut Yves Guéna. Baudis est effectivement le
plus jeune et le plus dynamique parmi ces noms.
Ses années de travail au Liban l’ont aidé sans aucun doute à
voir de près l’importance du Moyen-Orient et des pays
arabes. D’autant qu’il est marié avec Ysabel Saïah,
l’écrivaine d’origine algérienne qui a écrit l’un des plus
importants livres parus en France sur Oum Koulsoum, intitulé
Oum Koulsoum ... l’étoile de l’Orient.
La nomination de Baudis à la tête de l’IMA est intervenue à
un moment où l’institut souffrait d’un déficit financier
important, estimé à plus de 5 millions d’euros. Deux pays
arabes refusaient totalement de verser leurs quotas. La
Libye qui a perdu tout son enthousiasme ces dernières années
à l’égard d’un quelconque travail arabe conjoint et dont le
leadership s’est dirigé plutôt vers le continent noir et
l’Iraq qui est devenu incapable de verser son quota à
l’issue de l’invasion américaine. La contribution des deux
Etats atteignait environ le tiers du budget total de
l’institut. Le ministère français des Affaires étrangères,
quant à lui, a réussi à combler une partie de cet déficit
lorsqu’il a élevé sa contribution l’an dernier de 6 millions
d’euros à 9 millions. Le conseil d’administration de
l’institut a approuvé de retirer 4,5 millions d’euros de son
capital pour verser certaines sommes urgentes.
Baudis m’avait parlé de cette situation qui ne pouvait guère
perdurer et m’avait dit : « Naturellement, je ne peux pas
convaincre l’Iraq de rembourser ses dettes pour des raisons
indépendantes de sa volonté. Mais je peux compenser ce
déficit par d’autres moyens ».
Au cours de ma visite suivante à Paris, Dominique Baudis
n’avait pas achevé sa première année à la présidence de
l’Institut. Mais il avait visité Tripoli et obtenu du
colonel Kadhafi les sommes que la Libye devait verser. Il a
également réussi à obtenir, au cours d’une visite effectuée
par le roi Abdullah d’Arabie saoudite à Paris, une
contribution de deux millions d’euros pour le financement
des activités de l’institut.
Baudis m’avait invité une fois à une réception qu’il a
organisée sur la terrasse de l’institut donnant sur la Tour
Eiffel. La vue de Paris était magique, mais la terrasse
était mal en point et lorsque Baudis a remarqué le regard
que j’ai porté sur le carrelage, il m’a dit immédiatement :
« Tout cela va changer. Ce parterre laid, on va le remplacer
par de la mosaïque de couleurs au style arabe ». Ensuite, il
a ajouté en souriant : « Et l’Institut ne versera pas un
seul centime ».
L’un des plus importants projets que Baudis a mis en route
lors de sa présidence est cette énorme exposition intitulée
« Bonaparte et l’Egypte ». D’ailleurs, j’ai eu l’honneur
d’être membre du comité franco-égyptien qui le supervise.
Baudis avait demandé d’ajouter un sous-titre « Ombres et
lumières » pour présenter les deux aspects obscurs et
lumineux de l’expédition de Napoléon Bonaparte en l’Egypte.
Baudis a voulu que cette exposition, qui ouvrira ses portes
en octobre 2008, soit caractérisée par l’objectivité. Il a
déclaré : « Bien que nous reconnaissions le côté positif de
l’expédition de Bonaparte, il n’en demeure pas moins que
nous ne devions pas oublier qu’elle ne comportait pas
uniquement des savants, mais également des militaires.
L’impact de ces derniers sur l’Egypte était tout à fait
différent de ceux qui ont publié le livre La description de
l’Egypte ».