Al-Ahram Hebdo, Opinion | Dominique Baudis : le bilan de l’expédition Bonaparte est contrasté
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Opinion
 

Dominique Baudis : le bilan de l’expédition Bonaparte est contrasté

Mohamed Salmawy

 

Dominique Baudis est l’actuel président de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA). Il a été maire de Toulouse et président du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Il est également un journaliste de renom. Il a travaillé comme correspondant de la télévision française au Liban pour couvrir les événements de la guerre civile durant laquelle il a été blessé. Baudis a également excellé dans l’écriture du roman historique.

J’ai connu Dominique Baudis (60 ans) en tant que romancier, bien avant ses autres titres. Son célèbre roman La Conjuration, couronné du prix Evasion en 2001, ornait toutes les façades des librairies durant l’une de mes visites à Paris. Je me souviens que j’ai terminé la lecture du roman en trois jours que j’ai passés à Paris avant de partir pour Toulouse pour assister à un colloque où j’étais invité.

Les péripéties du roman se déroulent au Moyen Age entre la France et Jérusalem et illustre le royaume de Jérusalem fondé par les croisés en Terre sainte dans sa décennie de décadence, prélude à sa chute. Et ce après l’accession au trône du jeune roi Baudoin, lépreux et âgé de 14 ans. Elle illustre, de l’autre côté, le grand héros de la guerre, le commandant Saladin et sa réussite à libérer la ville sainte.

Le roman, malgré sa véracité historique, est fondé sur l’imaginaire et une manière de narrer très attirante qui m’a amené à suivre de près la production littéraire de Dominique Baudis. Après que j’ai fait sa connaissance, il m’a dédié très gentiment un autre roman, un de ses meilleurs, intitulé Il faut tuer Chateaubriand et j’en fus heureux. Bien que ce roman porte le nom du père du romantisme dans la littérature française, François René de Chateaubriand, la scène où il se déroule n’est autre que l’Egypte et son principal héros était Mohamad Ali.

Lorsque l’ex-président français Jacques Chirac avait nommé Dominique Baudis à la tête de l’IMA, je le connaissais déjà en tant que maire de Toulouse. Je lui ai alors rendu visite pour le féliciter ainsi que l’institut pour sa nomination qui est un apport. A mon sens, j’estimais que sa nomination à la tête de l’IMA était prometteuse d’une renaissance dans l’histoire de cet institut unique en son genre en Europe.

L’IMA a été fondé sur une initiative de l’ancien président français François Mitterrand. D’ailleurs, il avait fait don à l’institut du terrain sur lequel il a été construit. C’est le président de la République en personne qui nomme le président de l’institut. Son directeur est en général une personnalité arabe sur laquelle se mettent d’accord les ambassadeurs des pays arabes à Paris conformément aux instructions de leurs gouvernements. L’objectif de l’institut est de rapprocher la France et le monde arabe sur les niveaux culturel et intellectuel. Il revêt en l’occurrence une importance spéciale à l’heure actuelle, à un moment où l’image des Arabes et des musulmans fait l’objet de nombreux défigurations et malentendus.

Dominique Baudis a succédé à trois présidents de l’IMA. Le premier était Edgard Pisani, qui était un proche ami de Mitterrand. Ensuite, ce fut autour de Camille Cabana, dont le successeur fut Yves Guéna. Baudis est effectivement le plus jeune et le plus dynamique parmi ces noms.

Ses années de travail au Liban l’ont aidé sans aucun doute à voir de près l’importance du Moyen-Orient et des pays arabes. D’autant qu’il est marié avec Ysabel Saïah, l’écrivaine d’origine algérienne qui a écrit l’un des plus importants livres parus en France sur Oum Koulsoum, intitulé Oum Koulsoum ... l’étoile de l’Orient.

La nomination de Baudis à la tête de l’IMA est intervenue à un moment où l’institut souffrait d’un déficit financier important, estimé à plus de 5 millions d’euros. Deux pays arabes refusaient totalement de verser leurs quotas. La Libye qui a perdu tout son enthousiasme ces dernières années à l’égard d’un quelconque travail arabe conjoint et dont le leadership s’est dirigé plutôt vers le continent noir et l’Iraq qui est devenu incapable de verser son quota à l’issue de l’invasion américaine. La contribution des deux Etats atteignait environ le tiers du budget total de l’institut. Le ministère français des Affaires étrangères, quant à lui, a réussi à combler une partie de cet déficit lorsqu’il a élevé sa contribution l’an dernier de 6 millions d’euros à 9 millions. Le conseil d’administration de l’institut a approuvé de retirer 4,5 millions d’euros de son capital pour verser certaines sommes urgentes.

Baudis m’avait parlé de cette situation qui ne pouvait guère perdurer et m’avait dit : « Naturellement, je ne peux pas convaincre l’Iraq de rembourser ses dettes pour des raisons indépendantes de sa volonté. Mais je peux compenser ce déficit par d’autres moyens ».

Au cours de ma visite suivante à Paris, Dominique Baudis n’avait pas achevé sa première année à la présidence de l’Institut. Mais il avait visité Tripoli et  obtenu du colonel Kadhafi les sommes que la Libye devait verser. Il a également réussi à obtenir, au cours d’une visite effectuée par le roi Abdullah d’Arabie saoudite à Paris, une contribution de deux millions d’euros pour le financement des activités de l’institut.

Baudis m’avait invité une fois à une réception qu’il a organisée sur la terrasse de l’institut donnant sur la Tour Eiffel. La vue de Paris était magique, mais la terrasse était mal en point et lorsque Baudis a remarqué le regard que j’ai porté sur le carrelage, il m’a dit immédiatement : « Tout cela va changer. Ce parterre laid, on va le remplacer par de la mosaïque de couleurs au style arabe ». Ensuite, il a ajouté en souriant : « Et l’Institut ne versera pas un seul centime ».

L’un des plus importants projets que Baudis a mis en route lors de sa présidence est cette énorme exposition intitulée « Bonaparte et l’Egypte ». D’ailleurs, j’ai eu l’honneur d’être membre du comité franco-égyptien qui le supervise. Baudis avait demandé d’ajouter un sous-titre « Ombres et lumières » pour présenter les deux aspects obscurs et lumineux de l’expédition de Napoléon Bonaparte en l’Egypte.

Baudis a voulu que cette exposition, qui ouvrira ses portes en octobre 2008, soit caractérisée par l’objectivité. Il a déclaré : « Bien que nous reconnaissions le côté positif de l’expédition de Bonaparte, il n’en demeure pas moins que nous ne devions pas oublier qu’elle ne comportait pas uniquement des savants, mais également des militaires. L’impact de ces derniers sur l’Egypte était tout à fait différent de ceux qui ont publié le livre La description de l’Egypte ».

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