Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Crise de confiance
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Iraq. Tension et méfiance persistent entre chiites et sunnites, voire entre chiites qui viennent de rompre un accord censé apaiser la tension entre leurs deux principales formations.  

Crise de confiance 

Ça chauffe entre les chiites d’Iraq. Le mouvement du chef radical Moqtada Sadr a annoncé dimanche l’annulation d’un accord avec son grand rival au sein de la communauté chiite iraqienne, le Conseil Suprême Islamique d’Iraq (CSII), qui était censé apaiser les tensions entre ces deux formations. L’accord entre la milice sadriste, l’Armée du Mahdi, et le CSII de Abdel-Aziz Al-Hakim est « annulé », a annoncé Nasser Al-Roubaïe, le porte-parole du bloc sadriste au Parlement.

Les deux formations qui se disputent le contrôle de la communauté chiite en Iraq, la plus importante du pays, avaient passé en octobre 2007 un accord en matière de sécurité pour tenter de mettre fin aux violences entre leurs miliciens. « L’accord signé entre le mouvement Sadr et le SCII a échoué et il est annulé », a annoncé M. Roubaïe, dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad. Cette tentative de conciliation avait été inspirée suite à des tensions dans la ville de Diwaniya, 180 km au sud de Bagdad, entre les autorités locales, contrôlées par le SCII, et des sympathisants du mouvement sadriste. Des dizaines de Sadristes avaient été arrêtés lors d’opérations conduites par les services de sécurité iraqiens et des unités américaines à la suite d’affrontements entre les miliciens rivaux dans la seconde moitié de 2007. « Des commissions auraient dû être créées pour régler les problèmes de sécurité dans toutes les provinces », a souligné M. Roubaïe, mais « elles n’ont pas été mises en place et cet accord n’est qu’une façade. Il n’a pas été activé ».

La rivalité entre les deux formations chiites a pris souvent des tournures violentes avec des assassinats de responsables des deux partis, et des affrontements entre militants. L’enjeu est le contrôle des administrations locales dans les provinces du sud du pays, majoritairement chiites et riches en pétrole, et notamment dans la grande ville de Bassora, principal débouché pour les hydrocarbures iraqiens. Les élections provinciales prévues pour le 1er octobre devraient permettre de départager les deux formations, qui ont maintenant plus de sept mois pour tenter de rallier le soutien des populations du sud. Le SCII a des liens étroits avec l’Iran et son chef Adel-Aziz Al-Hakim se rend souvent à Téhéran. Il est également reçu à Washington, où il est considéré comme un interlocuteur essentiel.

Le mouvement sadriste se pose comme le défenseur de l’identité arabe de la communauté chiite iraqienne, et son jeune chef a été pendant longtemps considéré comme la bête noire des troupes américaines en Iraq. Il a décrété un cessez-le-feu unilatéral des activités de sa milice qui compte quelque 60 000 combattants au mois d’août et pour six mois. Cette trêve visait les actions menées contre ses rivaux et contre l’armée américaine. Elle a été saluée par le commandement américain comme un élément déterminant dans la baisse importante des violences dans ces derniers mois. Moqtada Sadr doit décider dans les jours qui viennent si ce cessez-le-feu est reconduit ou non.

 

Réconciliation en panne

Cette décision sera déterminante pour la sécurité dans le pays, notamment dans la capitale, où le mouvement sadriste est implanté dans l’important quartier de Sadr City. Bagdad a retrouvé ces derniers mois une certaine stabilité grâce à la mise en œuvre il y a un an d’un ambitieux plan de sécurité iraqo-américain, mais la réconciliation politique qui devait suivre est en panne « La réconciliation se fait encore attendre », constate le député kurde Mahmoud Othmane. « Elle aurait dû se concrétiser peu après la chute du régime de Saddam Hussein (en 2003). Mais les vengeances, l’incompréhension et l’obstination ont tout dominé ». Moins d’explosions secouent Bagdad, même si elle n’est pas totalement à l’abri des attentats, et les rues ne retentissent plus du fracas des combats entre insurgés et forces de sécurité. Cette accalmie a accompagné une tendance générale à la baisse de la violence dans le pays, où le nombre des Iraqiens tués, civils et militaires, en janvier a été de 541, contre 2 087 pour le même mois en 2007. Le gouvernement a loué pour cette amélioration l’opération « Fardh al-Qanoun » — Imposer la loi — que ses services de sécurité ont lancée à Bagdad le 14 février 2007, en mobilisant des milliers de policiers et de militaires, appuyés par l’armée américaine. Cet effort iraqien, qui a permis de rétablir le calme dans des quartiers que leurs habitants avaient fuis, et d’autres où ils n’osaient plus sortir de chez eux, a coïncidé avec la décision américaine d’envoyer des renforts en Iraq. A partir de la même date, sous les ordres du général David Petraeus, un inspirateur du nouveau plan, le contingent américain a vu grossir ses rangs de 30 000 soldats pour atteindre l’été dernier le chiffre de 160 000 hommes et femmes en uniforme déployés en Iraq.

Mais cette amélioration de la sécurité, loin de favoriser la sérénité politique, s’est accompagnée d’une crispation, soulignant les divisions communautaires. La communauté sunnite, favorisée sous Saddam Hussein, se sent exclue du pouvoir dominé aujourd’hui par les chiites et les kurdes. « Ils exhortent à la réconciliation politique, mais celle-ci ne se réalisera pas à moins que la confiance ne s’établisse entre les différents partis politiques et les groupes religieux », dit Adnane Al-Doulaïmi, chef du groupe politique sunnite, le Front iraqien de la Concorde nationale. « Nous ne pouvons pas sortir de la crise sans un partenariat politique ». Le gouvernement du premier ministre Nouri Al-Maliki a été réduit à 17 ministres, et il ne parvient pas à trouver des candidats pour les portefeuilles abandonnés par six chiites radicaux, cinq « laïcs » et cinq sunnites. Sa majorité gouvernementale au Parlement a également fondu après le départ des députés du chef radical Moqtada Sadr et d’un autre parti chiite, et se réduit dorénavant aux Kurdes et à des formations chiites. Cette alliance a été mise à mal dernièrement lors de la discussion sur le budget 2008, les chiites réclamant une réduction de la quote-part allouée au gouvernement autonome du Kurdistan. « Les formations politiques au gouvernement et au Parlement souffrent d’une crise de confiance », explique Mariam Al-Rayess, une ex-conseillère chiite de M. Maliki. « Les partis ont peur les uns des autres ». « Aujourd’hui, tout le monde est convaincu qu’il doit y avoir une véritable formule de partage du pouvoir », a estimé récemment le vice-président sunnite Tarek Al-Hachémi. « Ce sont les citoyens qui en paient le prix ».Or, rien n’indique que la relative stabilisation de la sécurité se maintiendra suffisamment longtemps pour permettre aux appels à la normalisation d’être entendus. Dimanche, une femme kamikaze s’est fait exploser tuant au moins trois personnes à Bagdad. Dans le même temps, un attentat à la voiture piégée a fait trois tués dans la ville de Mossoul (nord), où les troupes iraqiennes et américaines traquent les affiliés d’Al-Qaëda en Iraq, qui en ont fait leur repaire.

Hicham Mourad

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