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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Liban. Le pays du Cèdre, qui traverse une crise politique sans précédent depuis le 24 novembre, est de nouveau le théâtre de nouveaux affrontements entre les partisans de la majorité anti-syrienne et l’opposition. 

Les clivages se creusent 

Le Liban, qui traverse une crise politique sans précédent depuis le 24 novembre dernier faute de trouver un gouvernement d’union nationale, est de nouveau le théâtre de nouveaux affrontements entre les partisans de la majorité anti-syrienne et l’opposition.

Après des heurts samedi soir qui ont fait 20 blessés, selon un nouveau bilan publié dimanche par les services de sécurité, les forces de sécurité se sont déployées afin d’obtenir un retour au calme et de tenter de trouver un terrain d’entente destiné à élire un président de la République.

Ces nouveaux affrontements ont éclaté à Beyrouth à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafiq Hariri en février 2005, opposant la majorité et l’opposition et montrant clairement que le pays reste encore et toujours très divisé politiquement.

Le rassemblement de la majorité parlementaire qui s’est organisé à Beyrouth en guise de soutien au gouvernement à Ras Al-Nabah, près du centre-ville, a fait plusieurs blessés et a mis à mal les efforts pour la résolution de la crise et le partage du pouvoir. La majorité parlementaire soutenue par Washington et Riyad et le Hezbollah soutenu par Damas et Téhéran s’accusent mutuellement de paralyser le dialogue politique.

Beyrouth et ses environs ont été le théâtre ces derniers jours d’affrontements sporadiques entre partisans de l’opposition et de la majorité. Le 10 février, une fusillade entre partisans d’un leader de la majorité, Walid Joumblatt (druze), et ceux d’une autre formation druze, celle-là pro-syrienne, avait fait deux blessés près de Beyrouth.

Ces affrontements interviennent au moment même où l’opposition chiite, représentée par le Hezbollah et le chef du parti Hassan Nasrallah, organise les obsèques de Emad Moughnieh, l’un des fondateurs de la branche armée du Hezbollah, assassiné le 12 février dernier à Damas dans un attentat à la voiture piégé.

Emad Moughnieh était l’un des activistes les plus recherchés par le Mossad et les services secrets occidentaux, c’est pourquoi le Hezbollah s’est directement retourné vers Israël l’accusant d’avoir commandité l’attentat.

Les derniers propos du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, concernant la culpabilité d’Israël ont par conséquent sérieusement remis en cause l’espoir de parvenir un jour à un gouvernement d’union nationale. Il a en effet déclaré une « guerre ouverte » à Israël en vue de venger l’assassinat d’un des leurs, en lançant lors des obsèques d’Emad Moughnieh : « Si les sionistes veulent une guerre ouverte, ils l’auront », ajoutant : « Vous avez assassiné en dehors du territoire naturel, vous avez dépassé les frontières ».

La Syrie a, par ailleurs, appelé à l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de l’attentat invitant l’Iran à s’y associer.

Israël s’est empressé de nier toute implication dans l’assassinat de Emad Moughnieh. Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a déclaré : « Le Hezbollah a toutefois décidé d’en faire porter la responsabilité à Israël, comme Nasrallah l’a dit dans son discours. (...) Donc, nous pouvons en conclure que le Hezbollah va tenter de riposter contre Israël sur son territoire ou à l’étranger ».

Il a exhorté ses ressortissants à l’étranger à faire preuve d’une extrême vigilance de peur des représailles de la part du Hezbollah.

Alors que de son côté le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a attisé les tensions en dénonçant les « opérations criminelles d’Israël », le premier ministre Fouad Siniora a quant à lui déclaré : « Nous n’avons aucun intérêt dans une guerre ouverte (...) car celle-ci nuira au Hezbollah et aux causes arabes et islamiques ».

Les partis représentant la majorité et l’opposition au Liban illustrent chacun de son côté un malaise quant à définir ses ennemis. Si pour le Hezbollah, les Etats-Unis et Israël représentent l’ennemi majeur, la Syrie et l’Iran sont quant à eux, selon la majorité, des obstacles pour la formation d’un gouvernement.

Le leader druze, Walid Joumblatt, a publiquement accusé la Syrie, anciennement tutrice du Liban, et le régime iranien de soutenir l’opposition alors que de son côté, le Hezbollah reproche à la majorité d’être le « cheval de Troie » des Etats-Unis et d’Israël.

Ces affrontements ont également montré que plus que des divergences politiques, il existe encore des divergences confessionnelles au Liban.

Le Liban qui a connu une longue guerre civile entre 1975 et 1990 traverse aujourd’hui une crise politique qui ne cesse de détériorer le pays et ses relations avec la communauté internationale. Après un quatorzième report de l’élection présidentielle, une séance parlementaire est prévue le 26 février prochain en vue d’élire un président de la République. Mais vu la persistance de divergences, voire leur aggravation, rien n’indique que les protagonistes pourraient surmonter leurs divisions et se mettre d’accord pour élire le chef de l’Etat. Le chef de l’armée libanaise, le général Michel Sleimane, est considéré comme un candidat consensuel à la présidence par la majorité et l’opposition. Mais les divergences entre les deux camps sur la composition du gouvernement risquent de faire capoter tout le processus. L’opposition insiste sur une minorité de blocage, ce que rejette la majorité. Un plan arabe de sortie de crise, proposé aux parties libanaises par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, est resté lettre morte en raison des positions inconciliables. Il prévoit l’élection immédiate du président suivie de la formation d’un gouvernement d’union nationale, sans minorité de blocage, et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.

Lynda Kartout

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