Liban.
Le pays du Cèdre, qui traverse une crise politique sans
précédent depuis le 24 novembre, est de nouveau le théâtre
de nouveaux affrontements entre les partisans de la majorité
anti-syrienne et l’opposition.
Les clivages se creusent
Le
Liban, qui traverse une crise politique sans précédent
depuis le 24 novembre dernier faute de trouver un
gouvernement d’union nationale, est de nouveau le théâtre de
nouveaux affrontements entre les partisans de la majorité
anti-syrienne et l’opposition.
Après des heurts samedi soir qui ont fait 20 blessés, selon
un nouveau bilan publié dimanche par les services de
sécurité, les forces de sécurité se sont déployées afin
d’obtenir un retour au calme et de tenter de trouver un
terrain d’entente destiné à élire un président de la
République.
Ces nouveaux affrontements ont éclaté à Beyrouth à
l’occasion de la commémoration de l’assassinat de
l’ex-premier ministre Rafiq Hariri en février 2005, opposant
la majorité et l’opposition et montrant clairement que le
pays reste encore et toujours très divisé politiquement.
Le rassemblement de la majorité parlementaire qui s’est
organisé à Beyrouth en guise de soutien au gouvernement à
Ras Al-Nabah, près du centre-ville, a fait plusieurs blessés
et a mis à mal les efforts pour la résolution de la crise et
le partage du pouvoir. La majorité parlementaire soutenue
par Washington et Riyad et le Hezbollah soutenu par Damas et
Téhéran s’accusent mutuellement de paralyser le dialogue
politique.
Beyrouth et ses environs ont été le théâtre ces derniers
jours d’affrontements sporadiques entre partisans de
l’opposition et de la majorité. Le 10 février, une fusillade
entre partisans d’un leader de la majorité, Walid Joumblatt
(druze), et ceux d’une autre formation druze, celle-là
pro-syrienne, avait fait deux blessés près de Beyrouth.
Ces affrontements interviennent au moment même où
l’opposition chiite, représentée par le Hezbollah et le chef
du parti Hassan Nasrallah, organise les obsèques de Emad
Moughnieh, l’un des fondateurs de la branche armée du
Hezbollah, assassiné le 12 février dernier à Damas dans un
attentat à la voiture piégé.
Emad Moughnieh était l’un des activistes les plus recherchés
par le Mossad et les services secrets occidentaux, c’est
pourquoi le Hezbollah s’est directement retourné vers Israël
l’accusant d’avoir commandité l’attentat.
Les derniers propos du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah,
concernant la culpabilité d’Israël ont par conséquent
sérieusement remis en cause l’espoir de parvenir un jour à
un gouvernement d’union nationale. Il a en effet déclaré une
« guerre ouverte » à Israël en vue de venger l’assassinat
d’un des leurs, en lançant lors des obsèques d’Emad
Moughnieh : « Si les sionistes veulent une guerre ouverte,
ils l’auront », ajoutant : « Vous avez assassiné en dehors
du territoire naturel, vous avez dépassé les frontières ».
La Syrie a, par ailleurs, appelé à l’ouverture d’une enquête
sur les circonstances de l’attentat invitant l’Iran à s’y
associer.
Israël s’est empressé de nier toute implication dans
l’assassinat de Emad Moughnieh. Le ministre israélien de la
Défense, Ehud Barak, a déclaré : « Le Hezbollah a toutefois
décidé d’en faire porter la responsabilité à Israël, comme
Nasrallah l’a dit dans son discours. (...) Donc, nous
pouvons en conclure que le Hezbollah va tenter de riposter
contre Israël sur son territoire ou à l’étranger ».
Il a exhorté ses ressortissants à l’étranger à faire preuve
d’une extrême vigilance de peur des représailles de la part
du Hezbollah.
Alors que de son côté le président iranien Mahmoud
Ahmadinejad a attisé les tensions en dénonçant les «
opérations criminelles d’Israël », le premier ministre Fouad
Siniora a quant à lui déclaré : « Nous n’avons aucun intérêt
dans une guerre ouverte (...) car celle-ci nuira au
Hezbollah et aux causes arabes et islamiques ».
Les partis représentant la majorité et l’opposition au Liban
illustrent chacun de son côté un malaise quant à définir ses
ennemis. Si pour le Hezbollah, les Etats-Unis et Israël
représentent l’ennemi majeur, la Syrie et l’Iran sont quant
à eux, selon la majorité, des obstacles pour la formation
d’un gouvernement.
Le leader druze, Walid Joumblatt, a publiquement accusé la
Syrie, anciennement tutrice du Liban, et le régime iranien
de soutenir l’opposition alors que de son côté, le Hezbollah
reproche à la majorité d’être le « cheval de Troie » des
Etats-Unis et d’Israël.
Ces affrontements ont également montré que plus que des
divergences politiques, il existe encore des divergences
confessionnelles au Liban.
Le Liban qui a connu une longue guerre civile entre 1975 et
1990 traverse aujourd’hui une crise politique qui ne cesse
de détériorer le pays et ses relations avec la communauté
internationale. Après un quatorzième report de l’élection
présidentielle, une séance parlementaire est prévue le 26
février prochain en vue d’élire un président de la
République. Mais vu la persistance de divergences, voire
leur aggravation, rien n’indique que les protagonistes
pourraient surmonter leurs divisions et se mettre d’accord
pour élire le chef de l’Etat. Le chef de l’armée libanaise,
le général Michel Sleimane, est considéré comme un candidat
consensuel à la présidence par la majorité et l’opposition.
Mais les divergences entre les deux camps sur la composition
du gouvernement risquent de faire capoter tout le processus.
L’opposition insiste sur une minorité de blocage, ce que
rejette la majorité. Un plan arabe de sortie de crise,
proposé aux parties libanaises par le secrétaire général de
la Ligue arabe, Amr Moussa, est resté lettre morte en raison
des positions inconciliables. Il prévoit l’élection
immédiate du président suivie de la formation d’un
gouvernement d’union nationale, sans minorité de blocage, et
l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.
Lynda
Kartout