Religion.
Un des coptes qui ont obtenu gain de cause raconte les
péripéties d’une vie semée d’embûches.
Un parcours fait d’épreuves
Raouf
Sabri Mohamad Galal, c’est par ce nom que l’Etat connaît ce
citoyen. C’est vrai que ce nom est musulman comme l’indique
sa carte d’identité, mais seulement sur le papier. Raouf, 41
ans, diplômé d’une école technique secondaire, est l’un des
douze citoyens qui ont intenté un procès contre le ministère
de l’Intérieur en 2002 parce qu’il a refusé de changer la
mention « musulman » sur la carte d’identité. « Moi j’ai été
obligé dès mon enfance à être musulman lorsque mes parents,
des chrétiens, ont voulu divorcer. Mon père s’est converti à
l’islam pour pouvoir quitter ma mère en 1961, puisque le
divorce est interdit selon l’église », explique Raouf Saber
Ghali Abdel-Malak, comme il préfère être nommé. Le vrai
drame est intervenu lorsque le père s’est entêté, et pour le
punir, la mère a obtenu, selon un verdict du tribunal, la
garde de Raouf qui avait 5 ans à ce moment. « J’ai été donc
inscrit en tant qu’élève musulman à l’école, alors que je
n’avais jamais vu mon père pratiquer les rites de l’islam.
Il a fait tout cela pour embêter ma mère. Même notre
relation en tant que père et fils n’était pas normale. Il
existait toujours quelque chose qui m’empêchait de sentir sa
paternité et sa tendresse », ajoute Raouf qui affirme qu’il
n’a jamais été attiré par l’islam et qu’il a étudié la
religion musulmane juste comme une matière ordinaire, tandis
qu’il était toujours attiré par l’église, d’autant plus
qu’il maintenait des liens étroits d’affection avec sa mère.
A l’âge de 18 ans, il est appelé à produire une carte
d’identité où il était enregistré comme musulman. A l’âge de
la majorité, 21 ans, « je me suis orienté vers ma religion
d’origine, vers l’église. J’ai rencontré beaucoup de prêtres
pour leur soumettre mon cas. En parallèle, j’ai commencé à
lire l’Evangile et quelques livres religieux. J’ai senti
d’après ce que j’ai lu la proximité de pensée que j’avais
avec cette religion. J’en ai ressenti une quiétude morale,
car j’ai enfin pu choisir librement mes convictions ». Mais
ce n’était pas la fin de l’histoire. Au contraire, c’était
le début des épreuves.
Raouf a voulu prendre un document de l’Eglise copte
orthodoxe dont il faisait partie spirituellement pour
changer sa carte d’identité et y mentionner sa véritable
croyance. Mais cela fut impossible. « Tous les prêtres
auxquels j’ai parlé ont refusé, n’ayant pas le pouvoir de le
faire. En plus, ils craignaient que je m’attire la colère
des autorités ». Raouf a indiqué qu’il a bien compris la
situation à l’époque. En effet, c’était en 1982, au
lendemain des troubles confessionnels de 1981, lorsque le
président Anouar Al-Sadate a assigné le pape Chénouda III à
résidence dans le couvent de l’Anba Bichoy à Wadi
Al-Natroune. Ce qui a suscité un profond malaise parmi les
coptes et même des grèves de prêtres. « Je ne voulais pas
ajouter une autre crise afin d’éviter toutes sortes de
confrontations entre l’Etat et l’Eglise ». Mais pour marquer
son identité chrétienne, les prêtres lui ont fait tatouer le
signe de la croix sur le poignet. « Cette croix a ouvert la
porte à toutes les interrogations de mon entourage qui
croyait que j’étais musulman ». Cette victime de simples
problèmes conjugaux a un jour égaré sa carte d’identité au
travail. Et c’est un collègue chrétien qui l’a trouvée : «
c’était l’une des situations les plus embarrassantes de ma
vie parce que j’ai été obligé de lui raconter toute mon
histoire. J’ai affronté beaucoup de problèmes de ce genre au
cours de ma vie ». Mais avec les amendements
constitutionnels et des articles généralisant la liberté de
croyance et soutenant les droits de l’homme, Raouf a eu le
courage d’exposer son cas publiquement. Il a décidé de
régler sa situation pour mener une vie normale. A l’issue de
six ans de procès, Raouf est déçu face à la décision de la
Haute Cour administrative qui vient d’autoriser les coptes
convertis à l’islam à revenir à leur foi d’origine et à
l’inscrire sur leur carte d’identité, mais qui est
impossible à appliquer puisqu’il faudra aussi mentionner sur
la carte qu’il s’agit d’un chrétien qui était musulman à
l’origine : « Est-ce que j’ai eu recours à la justice pour
obtenir un droit ou pour que je fasse l’objet éternellement
d’un scandale ? ».
Il se demande sur quelle logique s’est fondé le juge pour
prendre cette décision. Il explique son mécontentement par
l’aspect pratique de la chose. « Si je présente cette carte
sur un lieu avec cette mention, que se passerait-il si mon
patron est un musulman fanatique ? Une dispute, un scandale
et puis une sédition ». Raouf admet cependant que peut-être
la décision est faite ainsi pour empêcher les gens de se
jouer de la religion et de la manipuler. « Il est vrai que
l’Etat doit aussi réprimer tous ceux qui prennent la
religion à la légère, mais il doit aussi aider les victimes
». Pour lui, puisque tous les services publics sont
informatisés, on pourrait garder toutes ces informations
dans des dossiers secrets au lieu d’en faire de la
publicité. « Il faut donc étudier chaque cas à part. C’est
pour cela que j’ai fait appel du jugement ».
Chérine Abdel-Azim