Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un parcours fait d’épreuves 
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Religion. Un des coptes qui ont obtenu gain de cause raconte les péripéties d’une vie semée d’embûches.  

Un parcours fait d’épreuves  

Raouf Sabri Mohamad Galal, c’est par ce nom que l’Etat connaît ce citoyen. C’est vrai que ce nom est musulman comme l’indique sa carte d’identité, mais seulement sur le papier. Raouf, 41 ans, diplômé d’une école technique secondaire, est l’un des douze citoyens qui ont intenté un procès contre le ministère de l’Intérieur en 2002 parce qu’il a refusé de changer la mention « musulman » sur la carte d’identité. « Moi j’ai été obligé dès mon enfance à être musulman lorsque mes parents, des chrétiens, ont voulu divorcer. Mon père s’est converti à l’islam pour pouvoir quitter ma mère en 1961, puisque le divorce est interdit selon l’église », explique Raouf Saber Ghali Abdel-Malak, comme il préfère être nommé. Le vrai drame est intervenu lorsque le père s’est entêté, et pour le punir, la mère a obtenu, selon un verdict du tribunal, la garde de Raouf qui avait 5 ans à ce moment. « J’ai été donc inscrit en tant qu’élève musulman à l’école, alors que je n’avais jamais vu mon père pratiquer les rites de l’islam. Il a fait tout cela pour embêter ma mère. Même notre relation en tant que père et fils n’était pas normale. Il existait toujours quelque chose qui m’empêchait de sentir sa paternité et sa tendresse », ajoute Raouf qui affirme qu’il n’a jamais été attiré par l’islam et qu’il a étudié la religion musulmane juste comme une matière ordinaire, tandis qu’il était toujours attiré par l’église, d’autant plus qu’il maintenait des liens étroits d’affection avec sa mère. A l’âge de 18 ans, il est appelé à produire une carte d’identité où il était enregistré comme musulman. A l’âge de la majorité, 21 ans, « je me suis orienté vers ma religion d’origine, vers l’église. J’ai rencontré beaucoup de prêtres pour leur soumettre mon cas. En parallèle, j’ai commencé à lire l’Evangile et quelques livres religieux. J’ai senti d’après ce que j’ai lu la proximité de pensée que j’avais avec cette religion. J’en ai ressenti une quiétude morale, car j’ai enfin pu choisir librement mes convictions ». Mais ce n’était pas la fin de l’histoire. Au contraire, c’était le début des épreuves.

 Raouf a voulu prendre un document de l’Eglise copte orthodoxe dont il faisait partie spirituellement pour changer sa carte d’identité et y mentionner sa véritable croyance. Mais cela fut impossible. « Tous les prêtres auxquels j’ai parlé ont refusé, n’ayant pas le pouvoir de le faire. En plus, ils craignaient que je m’attire la colère des autorités ». Raouf a indiqué qu’il a bien compris la situation à l’époque. En effet, c’était en 1982, au lendemain des troubles confessionnels de 1981, lorsque le président Anouar Al-Sadate a assigné le pape Chénouda III à résidence dans le couvent de l’Anba Bichoy à Wadi Al-Natroune. Ce qui a suscité un profond malaise parmi les coptes et même des grèves de prêtres. « Je ne voulais pas ajouter une autre crise afin d’éviter toutes sortes de confrontations entre l’Etat et l’Eglise ». Mais pour marquer son identité chrétienne, les prêtres lui ont fait tatouer le signe de la croix sur le poignet. « Cette croix a ouvert la porte à toutes les interrogations de mon entourage qui croyait que j’étais musulman ». Cette victime de simples problèmes conjugaux a un jour égaré sa carte d’identité au travail. Et c’est un collègue chrétien qui l’a trouvée : « c’était l’une des situations les plus embarrassantes de ma vie parce que j’ai été obligé de lui raconter toute mon histoire. J’ai affronté beaucoup de problèmes de ce genre au cours de ma vie ». Mais avec les amendements constitutionnels et des articles généralisant la liberté de croyance et soutenant les droits de l’homme, Raouf a eu le courage d’exposer son cas publiquement. Il a décidé de régler sa situation pour mener une vie normale. A l’issue de six ans de procès, Raouf est déçu face à la décision de la Haute Cour administrative qui vient d’autoriser les coptes convertis à l’islam à revenir à leur foi d’origine et à l’inscrire sur leur carte d’identité, mais qui est impossible à appliquer puisqu’il faudra aussi mentionner sur la carte qu’il s’agit d’un chrétien qui était musulman à l’origine : « Est-ce que j’ai eu recours à la justice pour obtenir un droit ou pour que je fasse l’objet éternellement d’un scandale ? ».

 Il se demande sur quelle logique s’est fondé le juge pour prendre cette décision. Il explique son mécontentement par l’aspect pratique de la chose. « Si je présente cette carte sur un lieu avec cette mention, que se passerait-il si mon patron est un musulman fanatique ? Une dispute, un scandale et puis une sédition ». Raouf admet cependant que peut-être la décision est faite ainsi pour empêcher les gens de se jouer de la religion et de la manipuler. « Il est vrai que l’Etat doit aussi réprimer tous ceux qui prennent la religion à la légère, mais il doit aussi aider les victimes ». Pour lui, puisque tous les services publics sont informatisés, on pourrait garder toutes ces informations dans des dossiers secrets au lieu d’en faire de la publicité. « Il faut donc étudier chaque cas à part. C’est pour cela que j’ai fait appel du jugement ».

Chérine Abdel-Azim

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