Al-Ahram Hebdo, Evénement | Sur la voie de la citoyennete
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Religion. Deux récentes décisions de justice en matière de religion représentent un petit pas en avant pour la liberté de culte en Egypte. Mais la bataille est loin d’être complètement gagnée. 

Sur la voie de la citoyennete 

« Merci au président Moubarak, le capitaine du navire de l’égalité en Egypte », c’est avec ces mots de remerciement au président égyptien que l’Union égyptienne des droits de l’homme a inauguré la réunion « des coptes », appelée d’habitude « conférence des coptes de l’étranger » mais ayant pris cette fois-ci un statut national. Une première dans de tels rassemblements souvent montés contre le régime « à cause de la situation des coptes en Egypte ». A l’origine de cette volte-face, une décision de justice. La Haute Cour administrative vient d’autoriser à 12 coptes convertis à l’islam de revenir officiellement au christianisme. « Chrétien » devrait désormais remplacer « musulman » sur leur carte d’identité. La demande avait été dans un premier temps rejetée par la justice estimant que ceci « équivalait à l’apostasie et constituait une manipulation de l’islam ». L’arrêt final est qualifié « d’historique ». Il est d’ailleurs intervenu une semaine après une décision de justice aussi importante. La Haute Cour administrative a donné aux bahaïs le droit de produire des documents officiels sans y inscrire sur la mention religion l’une des trois croyances monothéistes. Un trait doit figurer ainsi devant la case religion sur la carte d’identité. (Lire page 5).

Un « Happy End » vu aussi comme une avancée incontestable en matière de liberté. Il laisse planer beaucoup d’espoirs sur une éventuelle avancée en matière de démocratie et de citoyenneté. Bahieddine Hassan, directeur du Centre du Caire pour les droits de l’homme, y croit. Il estime que « ce verdict peut être considéré comme positif, car il garantit le principe de la liberté religieuse dans une société assez conservatrice ».

Mais les choses ne semblent pas être aussi prometteuses. Le débat sur cette affaire sensible de conversion d’une religion à une autre s’est trouvé relancé d’une manière contraire, d’autant plus que la même cour vient de rejeter une demande d’un musulman converti au christianisme d’officialiser son changement de religion sur ses papiers d’identité. « Le fait de revenir de la religion la plus récente à une plus ancienne est inhabituel », explique la cour dans sa décision. Théoriquement et conformément à la Constitution, ce changement de religion même « inhabituel » devrait se passer sans souci, et l’article 46 garantit la liberté de la foi à tous les citoyens. Mais dans la pratique les choses se passent autrement.

Mohamad Hégazi, ce jeune ex-musulman, et sa femme sont  désormais considérés comme apostats et donc perdent presque tous leurs droits : héritage, mariage et autres ...

Une question sensible et d’autant polémique. Déjà, les chrétiens qui se convertissent à l’islam le font souvent pour une question d’intérêts. Le divorce vient en premier puisqu’il est catégoriquement interdit par l’Eglise copte. Certains le font non par amour de la religion, mais pour épouser une musulmane. Celle-ci ne peut en fait selon la charia épouser qu’un musulman. Pourtant, jusqu’à présent, il était impossible de revenir en arrière et jusqu’à présent aussi, il était impossible qu’un musulman avoue publiquement sa volonté de rallier l’Eglise copte orthodoxe.

Mais les choses demeurent encore compliquées. Le régime aussi conservateur soit-il et faisant face à une société qui l’est elle aussi est soumis à des pressions surtout étrangères en matière de libertés religieuses. L’Etat a lâché vraiment du lest, mais il ne faut pour autant se piéger et croire à une grande ouverture. Dans l’affaire des chrétiens-musulmans, la cour a exigé que les pièces d’identité doivent spécifier que ces personnes ont été un jour musulmanes. Tout compte fait, on reste un peu dans cette dimension où il est fondamental de considérer que la citoyenneté et l’esprit de cohésion sociale sont une question de culture et d’usage plus que de lois. Sans évidemment ignorer qu’une juridiction civile est un véritable tremplin de liberté.

Certains coptes vont certainement craindre de modifier leur confession sur leur carte d’identité. Pour les bahaïs, ils seront plus classés en marge de la société car « sans religion » et donc différents des autres. Les militants des droits de l’homme et de la citoyenneté prônent tout simplement l’annulation de la case religion des cartes d’identité. L’affaire ne semble pas aussi simple ni pour les autorités ni pour les hommes de religion. Le gouvernement n’est pas prêt à annuler une telle case. Il craint des escroqueries, des mariages sur base de mensonge religieux, des enfants tiraillés entre mosquées et églises. Un petit détail : les affaires de religion dépendent de la sûreté de l’Etat au sein du ministère de l’Intérieur. Selon ce dernier, le temps n’est peut-être pas le plus adéquat pour débattre de la question : les tensions entre musulmans et coptes sont de plus en plus fréquentes ces dernières années. Une annulation de la case de confession dans les documents officiels nécessiterait une promulgation de nouvelles lois, et bien avant un débat au sein du Parlement où les députés sont loin d’être moins conservateurs.

Les religieux craignent eux « davantage de dérives au nom de la liberté de croyance même si celle-ci est tant garantie par le christianisme que par l’islam ». Cheikh Youssef Al-Badri, un religieux rendu célèbre par de nombreuses affaires juridiques impliquant des intellectuels, a d’ores et déjà rejeté ces verdicts. « Il est du devoir de l’Etat de légiférer pour punir les apostats », a-t-il affirmé à la presse, en ajoutant qu’il allait étudier la possibilité d’une plainte contre les 12 coptes pour apostasie.

C’est dire qu’on est encore loin d’un Etat laïque. D’ailleurs, celui-ci ne semble attirer ni l’église copte ni Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam. Les deux sont soutenues par une société autant conservatrice. Les militants de la citoyenneté sont simplement minoritaires : des organisations de droits de l’homme, le mouvement Kéfaya, et à des degrés différents, le parti libéral Al-Wafd et celui de gauche Al-Tagammoe. Ces derniers n’ont vraiment pas d’assises populaires, à comparer avec les Frères musulmans, ou au pouvoir du Parti national démocrate qui lui-même est assez acharné en matière de religion. Il s’en sert de toutes les façons et avec toutes sortes de contradictions possibles. Il fait la chasse aux Frères musulmans, tout en faisant de la surenchère en matière de conservatisme et d’attachement aux principes religieux purs et durs. Les verdicts de toute façon apportent une sorte de calmant et un règlement en trompe-l’œil.

Samar Al-Gamal

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