Conférence.
La santé, la sécurité alimentaire, les écosystèmes ou encore
les ressources naturellessont gravement menacés par les
dérèglements climatiques. Une vérité qui a fait l’objet de
plusieurs symposiums scientifiques la semaine dernière aux
Etats-Unis. Compte rendu.
La science dans tous ses états
L’impact
des changements climatiques sur plusieurs secteurs, la
question des biocarburants, l’augmentation de l’acidité des
océans et ses impacts sur la vie marine ont été les
principaux sujets abordés lors de la réunion annuelle de
l’Association Américaine pour l’Avancement de la Science (AAAS),
du 14 au 18 février dernier à Boston (Etats-Unis), avec pour
thème « La science et la technologie dans une perspective
mondiale ». Des dizaines d’autres sujets liés à la science
comme les crises sanitaires, la consommation de produits
d’animaux clonés, la prévention contre le cancer, ont aussi
été abordés à travers quelque 170 séminaires et symposiums,
une trentaine d’événements spéciaux, un nombre important
d’ateliers ainsi qu’une grande exposition sur les dernières
inventions. Cette réunion, à l’origine scientifique et
technique, n’a pas oublié la sensibilisation du grand public
en organisant sur deux jours (les 16 et 17 février) la
Journée de la science pour la famille (Family Science Day).
Aussi, le Hynes Convention Center de Boston a-t-il été
quotidiennement animé par quelque 10 000 participants de 60
pays et des centaines de journalistes (dont 6
journalistes arabes, membres de l’Association arabe des
journalistes scientifiques invités par l’AAAS et son service
de presse EurekAlet dans le cadre de la coopération entre
l’Association nationale américaine des écrivains
scientifiques et l’Association arabe des journalistes
scientifiques).
Pendant la réunion, une trentaine de sessions ont été
consacrées aux changements climatiques, tandis que le sujet
des biocarburants a joui de quelque 6 sessions. Le continent
africain a fait l’objet, quant à lui, de quelque 16 sessions
différentes couvrant des sujets environnementaux.
Une programmation qui semble répondre aux déclarations de la
directrice générale de l’Organisation Mondiale de la Santé
(OMS), Mme Margaret Chan, une semaine avant le début de la
conférence de Boston. « Il n’est pas question que la santé
humaine soit mise en péril par les changements climatiques
», avait-elle annoncé, tout en assurant que le continent
africain serait particulièrement touché d’ici 2020. « Nous
devons utiliser tous les mécanismes scientifiquement établis
et politiquement corrects et disponibles pour convaincre les
leaders que l’humanité est l’espèce la plus en danger en
raison des changements climatiques », a aussi indiqué Mme
Chan.
Durant le symposium intitulé Préparation aux effets sur la
santé des changements climatiques : science et stratégies
sociales, le professeur Ebi Kristie a, de son côté, abordé
le sujet « Plan d’action pour l’adaptation de la santé
publique internationale au changement climatique ». Selon
lui, le changement climatique provoqué par l’homme est une
réalité et présente des menaces sérieuses à la santé
publique. « Tandis que les populations de tous les pays
seront exposées à des risques croissants pour la santé, les
risques seront beaucoup plus graves dans les pays en
développement parce que déjà le fardeau actuel des résultats
du changement climatique sur la santé est haut et parce que
les systèmes de santé publique qui pourraient
considérablement réduire les risques pour la santé sont
relativement faibles », a estimé Kristie.
Les changements climatiques menacent la santé des humains
mais aussi leur sécurité alimentaire surtout en Afrique. Au
cours des 25 dernières années, la population a doublé en
Afrique et l’aide alimentaire a augmenté de 250 %. Mais la
plupart de cette aide alimentaire est partie en Afrique de
l’Est et du Sud, où un enfant sur trois présente un poids
dangereusement insuffisant. « 40 % des 308 millions de
personnes sont sous-alimentées et une personne sur trois
survit avec moins d’un dollar par jour. Sans aucun doute,
les impacts du changement climatique seront coûteux et
destructifs », est venu ajouter Christopher Funk, le
directeur adjoint du Climat Hazard Group à l’Université de
Californie.
En fait, les scientifiques américains ont voulu profiter de
cette réunion pour montrer à leurs collègues venant de
différentes parties du monde qu’ils essayent de trouver des
alternatives pour réduire les émissions américaines de gaz à
effet de serre, et ce malgré la position négative du
gouvernement américain vis-à-vis de la signature du
protocole de Kyoto. Avec un geste qui donne une image claire
de l’écart entre la position des scientifiques et celle des
politiques, une session a été consacrée à l’exposition du
projet intitulé FutureGen ayant pour objectif d’avancer la
technologie dans le but de réduire à un niveau proche de
zéro les émissions de gaz carbonique (CO2) résultant de la
source de carburant la plus abondante dans le pays qui est
le charbon.
Développement des biocarburants
En plus des changements climatiques, les besoins en énergie
viennent aussi menacer la sécurité alimentaire à travers le
développement de l’idée de biocarburants. « Il est prévu que
dans une décennie, les biocarburants pour les véhicules
deviennent les carburants utilisés non seulement pour les
raisons environnementales mais aussi pour des raisons
financières », a estimé Ron Oxburgh, président de D1 Oils,
au Royaume-Uni. Il a ajouté que le défi sera de produire des
biocarburants de manière à résoudre les problèmes plutôt
qu’à en créer. Pour Mark Rosegrant, directeur de division à
l’Institut de recherche des politiques alimentaires
internationales aux Etats-Unis, se pencher sur la bioénergie
représente une solution face à la hausse des prix des
carburants, la demande croissante en énergie, et les soucis
du réchauffement climatique. « La bioénergie pourra
également contribuer à la réduction de la pauvreté et au
développement économique des secteurs ruraux en créant des
emplois et en améliorant le niveau de vie », explique-t-il.
Cependant, les implications de la production de bioénergie
sur les prix des produits alimentaires, la sécurité
alimentaire, la consommation en eau, le commerce
international et ses impacts sur la vie des populations
pauvres dans les pays en voie de développement, doivent être
pris en considération tout en préparant les plans nationaux
pour l’expansion des biocarburants. En effet, les chiffres
cités par Rosegrant sont éloquents : selon le scénario
d’expansion des biocarburants, à l’horizon 2020, les prix
mondiaux vont augmenter de 26 % pour le maïs et de 18 % pour
les graines oléagineuses. Dans le pire des cas, une hausse
de 72 % et de 44 % pour le maïs et les oléagineux est à
prévoir.
A dire vrai, le sujet du développement des biocarburants est
un sujet complexe. Il présente des avantages pour les pays
riches et des inconvénients pour les plus pauvres et
nécessite des études très précises pour ne pas compliquer la
réalisation des Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD). Ces derniers consistent à réduire de
moitié, entre 1990 et 2015, la portion de la population dont
le revenu est inférieur à un dollar par jour et à réduire de
moitié sur la même période le nombre de personnes souffrant
de la faim.
Mais face à des sujets traités aussi cruciaux, la réunion de
l’AAAS a souffert d’une absence arabe remarquée, mis à part
quelques experts comme l’Egyptien Farouq Al-Baz, spécialisé
en sciences spatiales à l’Université de Boston. C’était
pourtant là l’opportunité d’être au plus près des
préoccupations environnementales.
Dalia
Abdel-Salam