Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’opposition au pied du mur
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Egypte

Parlement . Le député Saad Abboud a été suspendu jusqu’à la fin de la session en cours.Il avait formulé des « accusations infondées » contre le ministère de l’Intérieur. 

L’opposition au pied du mur 

Au terme d’une séance houleuse la semaine dernière où les députés en sont venus aux mains, la décision a été prise de priver Saad Abboud, député du parti nassérien en formation Al-Karama, de participer aux séances parlementaires jusqu’à la fin de la session en cours, soit jusqu’en juillet. Une décision dont le précédent le plus récent dans la vie parlementaire égyptienne remonte à 1943.

Dans son interpellation relative à la « négligence » du gouvernement qui n’avait pas pris soin des pèlerins égyptiens lors de cette dernière saison de pèlerinage, Abboud avait accusé les officiers du ministère de l’Intérieur d’avoir détourné 115 millions de livres égyptiennes des frais collectés par les pèlerins, à travers leurs contacts avec des agents saoudiens. Il dit s’être basé sur les chiffres « contradictoires » fournis par le ministère de l’Intérieur à propos du coût total du pèlerinage oscillant entre 244 et 359 millions de L.E.

La décision a été prise suite à une demande présentée par 106 députés et approuvée par 274 sur les 454 qui forment tout le Parlement. Seuls les députés de la majorité affiliés au Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) ont participé au vote, après le retrait des opposants qui avaient déjà déserté l’hémicycle.

« La décision était préméditée et je m’y attendais, a aussitôt dit Saad Abboud. Le PND a voulu complimenter le ministère de l’Intérieur qui tient les clés de toutes procédures électorales ». Et d’ajouter sur un ton ironique : « Ça doit être la nouvelle pensée dont parle le PND et qui consisterait à terroriser l’opposition par des pratiques dictatoriales ».

28 morts sur 4 934 pèlerins choisis par tirage au sort, tel fut le bilan cette année du pèlerinage organisé par le gouvernement. L’anarchie, la mauvaise organisation et les conditions insupportables au départ et à l’arrivée dans les lieux saints ont été décriées par ces pèlerins qui, malgré leurs petits moyens financiers, ont payé leur voyage 16 500 livres chacun. A leur retour, les députés de l’Assemblée du peuple avaient présenté une dizaine d’interpellations urgentes à l’intention des ministères de l’Intérieur (chargé de la sélection des pèlerins), du Développement économique (qui s’occupe de l’organisation du voyage) et des Affaires étrangères (supposé assurer la sécurité des Egyptiens à l’étranger). Mais, apparemment, le député en question avait en quelque sorte dépassé les lignes rouges en formulant des accusations précises contre un organisme étatique de prime importance.

Le président du Parlement, Ahmad Fathi Sourour, a insisté à préciser que la décision contre le député Saad Abboud « n’a pas été prise en réaction à l’interpellation qu’il a présentée, mais à cause de ses accusations infondées qui représentent une déviation de ses responsabilités de député ». Pour M. Sourour, il s’agit de « préserver les valeurs et les principes parlementaires et non de terroriser ou museler les députés de l’opposition ».

Certains députés PND ont critiqué la décision prise contre Abboud, sans pour autant sympathiser avec lui ni soutenir ses allégations. Ainsi, le député Saber Achmawi a affiché, en s’abstenant de voter, son opposition à cette décision. « Je suis avec Saad Abboud dans ses critiques pour ce qui s’est passé avec les pèlerins, mais pas dans les accusations qu’il avait émises contre le ministère de l’Intérieur. Je ne possède aucune preuve sous la main pour partager ces accusations », a affirmé Achmawi. Partagés entre leur appartenance partisane et leur solidarité supposée avec un collègue, d’autres députés de la majorité ont simplement refusé d’aborder le sujet.

Tandis qu’une centaine de députés représentant les partis de l’opposition, les indépendants et les Frères musulmans ont décidé de boycotter la prochaine séance parlementaire prévue samedi, de retirer leurs interpellations déjà présentées et de s’abstenir à en présenter de nouvelles. Lors d’une conférence de presse devant le siège du Parlement, ils ont déclaré qu’ils étaient à la recherche de moyens pour faire face à l’escalade « gouvernementale » contre l’opposition. Parmi ces mesures, ils envisagent d’envoyer une note au Parlement européen et de renouveler leur tentative d’impliquer l’Organisme central des comptes, qui dépend directement du président de la République, après une première initiative en ce sens avortée par la majorité, afin de mener une enquête indépendante sur l’affaire du pèlerinage.

Les déclarations furieuses ont afflué de la part de ceux qui voient déjà à l’horizon une guerre déclarée contre l’opposition. « C’est un message envoyé à l’opposition et que nous refusons de recevoir. Loin de nous terroriser, ce message ne fera que nous déterminer dans notre lutte contre la corruption », a lancé le leader du bloc parlementaire des Frères musulmans, Hussein Ibrahim.

« La loi n’oblige pas le député à fournir la preuve de ses accusations, parce qu’en effet, toute interpellation implique une accusation. Il suffit que celui-ci parvienne à un certain degré de conviction pour engager une interpellation et c’est ensuite au gouvernement de prouver son innocence », explique, quant à lui, le député Hamdine Sabahi, chef d’Al-Karama, dont dépend Saad Abboud.

« La victime n’est pas un député, c’est toute la vie parlementaire en Egypte qui passe par une vraie crise. Si les députés ont la double mission de législation et de contrôle, il se trouve aujourd’hui qu’ils ont été privés de la moitié de leurs prérogatives », ajoute Sabahi.

Une crise c’est peut-être trop dire. « La décision a été prise et l’opposition a exprimé sa protestation. Je pense que l’histoire va s’arrêter là », estime le chercheur Wahid Abdel-Méguid, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, qui craint toutefois une « généralisation » de cette attitude envers l’opposition.

Chérif Alber

 

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