Al-Ahram Hebdo, Egypte | Décision controversée
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Egypte

Islamistes . Les autorités britanniques ont décidé d’extrader vers les Etats-Unis l’intégriste britannique d’origine égyptienne, Abou-Hamza Al-Masri. 

Décision controversée 

Les autorités britanniques ont annoncé que le célèbre imam égyptien (naturalisé britannique) actuellement emprisonné, Abou–Hamza Al-Masri, va être extradé vers les Etats-Unis. Washington qui accuse Abou-Hamza d’implication dans des activités terroristes réclamait son extradition depuis deux ans. Selon le ministère de l’Intérieur britannique, Al-Masri dispose d’un délai de 14 jours pour contester cette décision devant la justice. Sinon, il sera extradé dans un délai de 28 jours. Ancien imam de la mosquée salafiste de Finsbury Park au nord de Londres, Abou-Hamza purge actuellement une peine de prison de 7 ans en Angleterre suite à un verdict prononcé en 2006 à son encontre pour « activités terroristes ». L’accord donné par la Grande-Bretagne à l’extradition de l’intégriste égyptien a été critiqué par certains organismes des droits de l’homme. En effet, Londres avait refusé à plusieurs reprises de livrer Abou-Hamza Al-Masri à l’Egypte sous prétexte que la peine de mort y est appliquée et que la situation des droits de l’homme y est mauvaise. Toutefois, Londres a subitement abandonné ses principes et a cédé aux pressions américaines. « Jusqu’à présent, aucune charge réelle n’a été retenue contre Abou-Hamza Al-Masri. Les accusations portées contre lui ne dépassent pas le stade du discours anti-occidental. De plus, Abou-Hamza possède la nationalité britannique, donc naturellement, il doit être jugé en Grande-Bretagne. Cette décision de l’extrader vers les Etats-Unis est juridiquement infondée et s’oppose à la loi », explique Mamdouh Ismaïl, avocat islamiste. Et d’ajouter que la relation entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne a dépassé dans leur guerre contre le terrorisme toutes les limites juridiques.

Moustapha Kamal, nommé Abou-Hamza Al-Masri, est né à Alexandrie en 1958 d’un père officier. En 1979, il part à Londres pour y poursuivre des études d’ingénieur. Il adopte des idées intégristes et en 1989, il prend la direction de l’Afghanistan pour soutenir les moujahidines musulmans contre l’Union soviétique. Durant les combats contre l’armée rouge, Abou-Hamza perd un œil et l’un de ses deux avant-bras en empiétant sur une mine. De retour en Grande-Bretagne, il fonde le mouvement des « supporters de la charia » et devient l’une des figures les plus tapageuses de l’islam radical en Grande-Bretagne. Il se fait remarquer, à partir de 1996, pour ses critiques violentes à l’encontre des Etats-Unis et d’Israël. Depuis des années, l’homme défraye la chronique avec ses appels répétés au djihad, la guerre sainte, et son allure de capitaine Crochet. Ce prêcheur au fervent discours anti-occidental est un homme recherché par les Etats-Unis qui le trouve dangereux pour leur sécurité. Washington demande plusieurs fois son extradition et lui adresse 11 chefs d’accusation liés au terrorisme, notamment de prises d’otages. Il aurait aussi tenté de créer un camp d’entraînement paramilitaire dans l’Oregon. L’extradition d’Abou-Hamza vers les Etats-Unis soulève une série d’interrogations. Pourquoi Abou-Hamza Al-Masri est extradé vers les Etats-Unis ?

Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre des études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, explique que les lois britanniques interdisent l’extradition des accusés étrangers vers leurs pays, si ces derniers appliquent la peine de mort ou s’ils sont connus par leur mauvais traitement des suspects. « Cette décision paraît d’autant plus suspecte que les Etats-Unis sont eux-mêmes accusés par les organisations des droits de l’homme d’avoir commis des abus, notamment à Guantanamo. On peut citer également les violations qui ont eu lieu dans la prison iraqienne d’Abou-Gharib », souligne Abdel-Fattah. Et d’expliquer que les Etats-Unis qui prônent les valeurs de démocratie et des droits de l’homme ont envoyé des prisonniers de Guantanamo dans certains pays de la région du Proche-Orient pour être interrogés par les services de sécurité de ces pays, services qui ont recours de manière systématique à la torture. Toujours est-il qu’Abou-Hamza Al-Masri a une chance de ne pas être extradé selon Montasser Al-Zayat, avocat de la Gamaa islamiya. « Le Conseil des Lords n’a pas encore discuté la décision et il pourrait la rejeter », indique Al-Zayat. Il donne l’exemple d’un autre islamiste, Adel Abdel-Bari qui, en 1998, devait être extradé mais le Conseil des Lords a refusé.

Sabah Sabet

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