Islamistes .
Les autorités britanniques ont décidé d’extrader vers les
Etats-Unis l’intégriste britannique d’origine égyptienne,
Abou-Hamza Al-Masri.
Décision controversée
Les
autorités britanniques ont annoncé que le célèbre imam
égyptien (naturalisé britannique) actuellement emprisonné,
Abou–Hamza Al-Masri, va être extradé vers les Etats-Unis.
Washington qui accuse Abou-Hamza d’implication dans des
activités terroristes réclamait son extradition depuis deux
ans. Selon le ministère de l’Intérieur britannique, Al-Masri
dispose d’un délai de 14 jours pour contester cette décision
devant la justice. Sinon, il sera extradé dans un délai de
28 jours. Ancien imam de la mosquée salafiste de Finsbury
Park au nord de Londres, Abou-Hamza purge actuellement une
peine de prison de 7 ans en Angleterre suite à un verdict
prononcé en 2006 à son encontre pour « activités terroristes
». L’accord donné par la Grande-Bretagne à l’extradition de
l’intégriste égyptien a été critiqué par certains organismes
des droits de l’homme. En effet, Londres avait refusé à
plusieurs reprises de livrer Abou-Hamza Al-Masri à l’Egypte
sous prétexte que la peine de mort y est appliquée et que la
situation des droits de l’homme y est mauvaise. Toutefois,
Londres a subitement abandonné ses principes et a cédé aux
pressions américaines. « Jusqu’à présent, aucune charge
réelle n’a été retenue contre Abou-Hamza Al-Masri. Les
accusations portées contre lui ne dépassent pas le stade du
discours anti-occidental. De plus, Abou-Hamza possède la
nationalité britannique, donc naturellement, il doit être
jugé en Grande-Bretagne. Cette décision de l’extrader vers
les Etats-Unis est juridiquement infondée et s’oppose à la
loi », explique Mamdouh Ismaïl, avocat islamiste. Et
d’ajouter que la relation entre les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne a dépassé dans leur guerre contre le
terrorisme toutes les limites juridiques.
Moustapha
Kamal, nommé Abou-Hamza
Al-Masri, est né à Alexandrie en
1958 d’un père officier. En 1979, il part à Londres pour y
poursuivre des études d’ingénieur. Il adopte des idées
intégristes et en 1989, il prend la direction de
l’Afghanistan pour soutenir les
moujahidines musulmans contre l’Union soviétique.
Durant les combats contre l’armée rouge,
Abou-Hamza perd un œil et l’un
de ses deux avant-bras en empiétant sur une mine. De retour
en Grande-Bretagne, il fonde le mouvement des « supporters
de la charia » et devient l’une des figures les plus
tapageuses de l’islam radical en Grande-Bretagne. Il se fait
remarquer, à partir de 1996, pour ses critiques violentes à
l’encontre des Etats-Unis et d’Israël. Depuis des années,
l’homme défraye la chronique avec ses appels répétés au
djihad, la guerre sainte, et son allure de capitaine
Crochet. Ce prêcheur au fervent discours anti-occidental est
un homme recherché par les Etats-Unis qui le trouve
dangereux pour leur sécurité. Washington demande plusieurs
fois son extradition et lui adresse 11 chefs d’accusation
liés au terrorisme, notamment de prises d’otages. Il aurait
aussi tenté de créer un camp d’entraînement paramilitaire
dans l’Oregon. L’extradition d’Abou-Hamza vers les
Etats-Unis soulève une série d’interrogations. Pourquoi
Abou-Hamza Al-Masri est extradé vers les Etats-Unis ?
Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre des études
politiques et stratégiques d’Al-Ahram, explique que les lois
britanniques interdisent l’extradition des accusés étrangers
vers leurs pays, si ces derniers appliquent la peine de mort
ou s’ils sont connus par leur mauvais traitement des
suspects. « Cette décision paraît d’autant plus suspecte que
les Etats-Unis sont eux-mêmes accusés par les organisations
des droits de l’homme d’avoir commis des abus, notamment à
Guantanamo. On peut citer également les violations qui ont
eu lieu dans la prison iraqienne d’Abou-Gharib », souligne
Abdel-Fattah. Et d’expliquer que les Etats-Unis qui prônent
les valeurs de démocratie et des droits de l’homme ont
envoyé des prisonniers de Guantanamo dans certains pays de
la région du Proche-Orient pour être interrogés par les
services de sécurité de ces pays, services qui ont recours
de manière systématique à la torture. Toujours est-il qu’Abou-Hamza
Al-Masri a une chance de ne pas être extradé selon Montasser
Al-Zayat, avocat de la Gamaa islamiya. « Le Conseil des
Lords n’a pas encore discuté la décision et il pourrait la
rejeter », indique Al-Zayat. Il donne l’exemple d’un autre
islamiste, Adel Abdel-Bari qui, en 1998, devait être extradé
mais le Conseil des Lords a refusé.
Sabah
Sabet