Gaza.
A défaut de parvenir à un accord définitif sur le contrôle
de la frontière, la réunion entre le chef des renseignements
égyptiens à Arich et une délégation du Hamas aura été pour
l’Egypte l’occasion de mettre les points sur les i.
Equations difficiles
Aucune
des parties n’a fait des déclarations sur la teneur des
entretiens tenus à Arich entre Mahmoud Al-Zahar, l’un des
principaux chefs politiques du Hamas, quatre responsables du
mouvement et le chef des services de renseignements, Omar
Soliman.
L’Egypte et le Hamas ont discuté du fonctionnement du point
de passage de Rafah, refermé par l’Egypte il y a près de
deux semaines après avoir été ouvert de force par les
activistes palestiniens. Le porte-parole du Hamas, Sami
Abou-Zouhri, s’est contenté de préciser que certains
problèmes s’opposaient toujours à la réouverture du terminal
frontalier souhaité par le mouvement islamiste. Il a
toutefois exprimé sa « confiance » que l’Egypte alimenterait
la bande de Gaza en besoins de première nécessité pour
éviter une crise humanitaire. « Nous discutons des
mécanismes et des arrangements nécessaires pour permettre
cela », a-t-il ajouté.
L’accord signé, via une médiation américaine, au lendemain
du retrait israélien de Gaza en 2005, accorde à Israël un
droit de veto sur le passage par la frontière, et implique
dans le contrôle de celle-ci des éléments européens. Après
le coup de force du Hamas, l’été dernier, les
garde-frontières dépendant de l’Autorité palestinienne ont
été remplacés par des militants du mouvement. Le président
Mahmoud Abbass refuse de reconnaître le fait accompli et
pose comme pré-condition à tout accord le retour à la
situation qui prévalait à la veille du coup.
La réunion de jeudi intervient dans le cadre des tentatives
égyptiennes de rapprocher les positions des rivaux.
Une source officielle égyptienne a affirmé sous le couvert
de l’anonymat que, sans l’approbation de l’Autorité
palestinienne, l’Egypte excluait la possibilité de conclure
un accord avec le Hamas pour la réouverture de la frontière.
En fait, un accord unilatéral avec le Hamas, très peu
probable d’ailleurs, risque de porter atteinte aux relations
égyptiennes avec Israël, l’Union européenne et les
Etats-Unis. Un risque que l’Egypte n’est pas prête de
prendre.
Il y a deux semaines, le ministre des Affaires étrangères,
Ahmad Aboul-Gheit, menaçait déjà de « briser les jambes » à
quiconque oserait enfreindre la ligne de frontière, dans une
allusion évidente aux activistes du Hamas. « La protection
de la sécurité nationale est une mission sacrée. Nous ne
permettrons à personne de la violer », a également déclaré
en écho le ministre de la Défense, Hussein Tantawi.
La réunion de Arich aurait servi également à mettre en garde
le Hamas contre une nouvelle tentative de faire fi de la
frontière. « En faisant sauter la frontière avec l’Egypte,
le Hamas avait le double objectif d’alléger la pression sur
les habitants du Gaza en leur permettant d’aller se
ravitailler en Egypte et, du coup, d’activer la recherche
d’une solution à la question des frontières en médiatisant
la crise humanitaire des Palestiniens », analyse Hicham
Hassan, de la faculté des sciences politiques de
l’Université du Caire.
« Maintenant qu’ils ont réalisé les deux objectifs, il est
peu probable qu’ils essayent d’actionner le même scénario,
sinon, ils risqueraient de nourrir l’hostilité, affichée et
directe cette fois, de l’Egypte qui est un partenaire
incontournable dans la recherche d’une solution », ajoute le
politologue.
La sympathie populaire avec les habitants de Gaza, soumis à
un blocus israélien, détonne avec l’attitude officielle
méfiante à l’égard du Hamas, perçu comme l’allié des Frères
musulmans, principal groupe d’opposition en Egypte.
Le mois dernier, une série de manifestations « de solidarité
», organisées principalement par les Frères, ont éclaté à
travers le pays, alors que des centaines de milliers de
Gazaouis traversaient vers le côté égyptien de la ville de
Rafah pour s’approvisionner en vivres et en marchandises.
Cette « invasion » a mis mal à l’aise les autorités
égyptiennes qui ont laissé faire plusieurs jours avant de
reprendre les choses en main. Actuellement, des opérations
de ratissage se poursuivent à Rafah et dans les environs
pour expulser les Palestiniens qui y résident de manière
illégale.
L’opinion publique égyptienne subit, en termes de division,
les séquelles de ces événements. Le régime et certains
courants libéraux mettent en avant — et avant tout —
l’inviolable souveraineté du territoire national et la
sécurité, alors qu’islamistes et Nassériens accusent l’Egypte
de participer indirectement au « complot israélien visant à
affamer les habitants de Gaza ».
L’implication active de l’Egypte dans la recherche d’une
solution vise donc entre autres à réduire ces pressions
intérieures.
Chérif Albert