Al-Ahram Hebdo, Egypte | Equations difficiles
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Egypte

Gaza. A défaut de parvenir à un accord définitif sur le contrôle de la frontière, la réunion entre le chef des renseignements égyptiens à Arich et une délégation du Hamas aura été pour l’Egypte l’occasion de mettre les points sur les i. 

Equations difficiles 

Aucune des parties n’a fait des déclarations sur la teneur des entretiens tenus à Arich entre Mahmoud Al-Zahar, l’un des principaux chefs politiques du Hamas, quatre responsables du mouvement et le chef des services de renseignements, Omar Soliman.

L’Egypte et le Hamas ont discuté du fonctionnement du point de passage de Rafah, refermé par l’Egypte il y a près de deux semaines après avoir été ouvert de force par les activistes palestiniens. Le porte-parole du Hamas, Sami Abou-Zouhri, s’est contenté de préciser que certains problèmes s’opposaient toujours à la réouverture du terminal frontalier souhaité par le mouvement islamiste. Il a toutefois exprimé sa « confiance » que l’Egypte alimenterait la bande de Gaza en besoins de première nécessité pour éviter une crise humanitaire. « Nous discutons des mécanismes et des arrangements nécessaires pour permettre cela », a-t-il ajouté.

L’accord signé, via une médiation américaine, au lendemain du retrait israélien de Gaza en 2005, accorde à Israël un droit de veto sur le passage par la frontière, et implique dans le contrôle de celle-ci des éléments européens. Après le coup de force du Hamas, l’été dernier, les garde-frontières dépendant de l’Autorité palestinienne ont été remplacés par des militants du mouvement. Le président Mahmoud Abbass refuse de reconnaître le fait accompli et pose comme pré-condition à tout accord le retour à la situation qui prévalait à la veille du coup.

La réunion de jeudi intervient dans le cadre des tentatives égyptiennes de rapprocher les positions des rivaux.

Une source officielle égyptienne a affirmé sous le couvert de l’anonymat que, sans l’approbation de l’Autorité palestinienne, l’Egypte excluait la possibilité de conclure un accord avec le Hamas pour la réouverture de la frontière. En fait, un accord unilatéral avec le Hamas, très peu probable d’ailleurs, risque de porter atteinte aux relations égyptiennes avec Israël, l’Union européenne et les Etats-Unis. Un risque que l’Egypte n’est pas prête de prendre.

Il y a deux semaines, le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, menaçait déjà de « briser les jambes » à quiconque oserait enfreindre la ligne de frontière, dans une allusion évidente aux activistes du Hamas. « La protection de la sécurité nationale est une mission sacrée. Nous ne permettrons à personne de la violer », a également déclaré en écho le ministre de la Défense, Hussein Tantawi.

La réunion de Arich aurait servi également à mettre en garde le Hamas contre une nouvelle tentative de faire fi de la frontière. « En faisant sauter la frontière avec l’Egypte, le Hamas avait le double objectif d’alléger la pression sur les habitants du Gaza en leur permettant d’aller se ravitailler en Egypte et, du coup, d’activer la recherche d’une solution à la question des frontières en médiatisant la crise humanitaire des Palestiniens », analyse Hicham Hassan, de la faculté des sciences politiques de l’Université du Caire.

« Maintenant qu’ils ont réalisé les deux objectifs, il est peu probable qu’ils essayent d’actionner le même scénario, sinon, ils risqueraient de nourrir l’hostilité, affichée et directe cette fois, de l’Egypte qui est un partenaire incontournable dans la recherche d’une solution », ajoute le politologue.

La sympathie populaire avec les habitants de Gaza, soumis à un blocus israélien, détonne avec l’attitude officielle méfiante à l’égard du Hamas, perçu comme l’allié des Frères musulmans, principal groupe d’opposition en Egypte.

Le mois dernier, une série de manifestations « de solidarité », organisées principalement par les Frères, ont éclaté à travers le pays, alors que des centaines de milliers de Gazaouis traversaient vers le côté égyptien de la ville de Rafah pour s’approvisionner en vivres et en marchandises.

Cette « invasion » a mis mal à l’aise les autorités égyptiennes qui ont laissé faire plusieurs jours avant de reprendre les choses en main. Actuellement, des opérations de ratissage se poursuivent à Rafah et dans les environs pour expulser les Palestiniens qui y résident de manière illégale.

L’opinion publique égyptienne subit, en termes de division, les séquelles de ces événements. Le régime et certains courants libéraux mettent en avant — et avant tout — l’inviolable souveraineté du territoire national et la sécurité, alors qu’islamistes et Nassériens accusent l’Egypte de participer indirectement au « complot israélien visant à affamer les habitants de Gaza ».

L’implication active de l’Egypte dans la recherche d’une solution vise donc entre autres à réduire ces pressions intérieures.

Chérif Albert

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