Agriculture.
Face à une hausse accrue des cours mondiaux du blé, l’Egypte
révise sa politique agricole pour diminuer la grosse facture
des denrées céréalières. Etat des lieux.
Les fruits de mauvaises semences
Les
prix du blé montent à un niveau historique sur le marché
international. Et la hausse devrait se poursuivre. « Les
conditions climatiques défavorables, une forte demande de la
Chine et de l’Inde, ainsi que la montée en puissance des
bio-carburants. Ces facteurs sont à la base de la hausse du
prix international », souligne Gamal Siyam, professeur
d’économie agricole à la faculté d’agronomie du Caire.
Mauvaise nouvelle pour l’Egypte, dont la facture
d’importation ne cesse de s’alourdir. En effet, l’Egypte
importe 6 millions de tonnes par an, et en l’espace d’un an,
le prix de la tonne de blé est passé de 200 dollars en 2007
à 400 dollars actuellement. Face à la polémique d’une
pénurie des réserves en blé, Saïd Hefni, vice-président de
l’Organisation générale pour les produits
d’approvisionnement, souligne que « les réserves actuelles
sont suffisantes pour cinq mois et demi. Les réserves
égyptiennes sont donc sécurisées. L’Etat tente d’importer 3
millions de tonnes de blé supplémentaires, pour augmenter
les réserves stratégiques ».
L’Egypte était autrefois le grenier à blé de l’empire
romain, et à l’époque de la grande famine, le peuple
d’Israël s’est rendu en Egypte afin de se nourrir et ne pas
périr. Même à l’ère du roi Farouk, l’Egypte pouvait encore
se permettre de faire des dons de blé aux pays voisins.
Aujourd’hui, 55 % du blé égyptien est importé. La ligne
rouge est donc dépassée pour cet ingrédient essentiel dans
la composition des galettes de pain, l’un des principaux
éléments de la nourriture quotidienne d’une majeure partie
du peuple égyptien.
L’Etat est dans l’impasse, notamment parce qu’il a fait le
choix dans les années 1990 d’importer du blé au détriment de
réaliser une autosuffisance locale. L’argument avancé était
à l’époque de substituer les surfaces de terres cultivées en
blé par des légumes et des fruits destinés à l’exportation.
Les cours internationaux du blé étaient moins élevés que les
cours locaux, le blé n’était pas rentable.
Incohérences d’une politique
Beaucoup de critiques ont été adressées à cette politique
agricole égyptienne. Selon Siyam, le problème est plus
profond. « La superficie cultivée en légumes et fruits ne
dépasse pas un million et demi de feddans (420 000
hectares), alors que l’Egypte possède entre 7 et 7,5
millions de feddans. Si l’on compte que chaque feddan peut
être cultivé 2 fois par an par du blé et trois fois par des
légumes et une seule fois par des fruits, on aura donc un
potentiel de 15 millions de feddans, dont les légumes et les
fruits en couvriraient à peine 2 millions. Le problème de
l’expansion de la culture du blé n’est pas freinée par les
fruits et les légumes ». Et d’ajouter : « Même la question
de l’exportation est une fausse question. On n’exporte que
10 % de notre production, car l’exportation dépend en
premier lieu de la qualité et non pas de la quantité ».
Par ailleurs, Karam Saber, directeur du Centre Al-Ard (la
Terre) pour les droits de l’homme, reproche à l’Etat sa
politique agricole incohérente. « L’Etat récolte les fruits
de sa mauvaise politique agricole. Il ajoute que l’Egypte
est en fait l’un des marchés les plus importants pour le blé
américain. « Les Etats-Unis refusent l’usage de leurs dons
pour la culture du blé, mais on ne vit pas que sur les dons
américains? Il est trop facile de blâmer l’autre. Ce n’est
pas la seule raison. On manque d’une politique agricole
cohérente », déplore Siyam.
Pour faire face à ce problème, le ministère de l’Agriculture
a décidé de parier sur l’expansion des terres cultivées en
blé. La solution réside, selon le ministère, dans une
expansion verticale et horizontale, soit augmenter la
productivité de chaque feddan et augmenter le nombre de
feddans cultivés en blé. « On essaie d’augmenter la
productivité de chaque feddan tout en introduisant de
nouvelles variétés à haute productivité. En parallèle,
l’Etat a augmenté le prix d’achat aux paysans pour les
inciter à investir dans les cultures céréalières. Pour le
blé, le prix d’achat atteindra 240 L.E. pour chaque ardab (1
ardab = 150 kilos), contre 170 L.E. actuellement », a
souligné Saad Nassar, conseiller du ministre de
l’Agriculture. Et d’ajouter : « on vise à atteindre une
superficie cultivée en blé de 3 millions de feddans. C’est
ainsi qu’on essaie dans la nouvelle vallée de Tochka et la
Côte-Nord, tout en rationalisant l’usage du blé, puisque les
pertes atteignent 11 % dans toutes les phases de production,
de transport et de distribution ».
En revanche, les experts restent sceptiques à l’égard de
cette nouvelle politique. « L’expansion horizontale est
illusoire. La vallée de Tochka reste encore un rêve, de même
que la Côte-Nord qui dépend beaucoup des pluies, et les
surfaces cultivables ne pèseraient pas dans la balance »,
ajoute Siyam.
L’autosuffisance à 100 % semble donc lointaine, notamment à
la lueur de la politique agricole actuelle. Le défi majeur
reste de réduire le fossé entre consommation et importation
avec une augmentation annuelle de la population de 2,9 % ...
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Ibtessam Zayed