Al-Ahram Hebdo, Economie | Les fruits de mauvaises semences
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Economie

Agriculture. Face à une hausse accrue des cours mondiaux du blé, l’Egypte révise sa politique agricole pour diminuer la grosse facture des denrées céréalières. Etat des lieux. 

Les fruits de mauvaises semences 

Les prix du blé montent à un niveau historique sur le marché international. Et la hausse devrait se poursuivre. « Les conditions climatiques défavorables, une forte demande de la Chine et de l’Inde, ainsi que la montée en puissance des bio-carburants. Ces facteurs sont à la base de la hausse du prix international », souligne Gamal Siyam, professeur d’économie agricole à la faculté d’agronomie du Caire.

Mauvaise nouvelle pour l’Egypte, dont la facture d’importation ne cesse de s’alourdir. En effet, l’Egypte importe 6 millions de tonnes par an, et en l’espace d’un an, le prix de la tonne de blé est passé de 200 dollars en 2007 à 400 dollars actuellement. Face à la polémique d’une pénurie des réserves en blé, Saïd Hefni, vice-président de l’Organisation générale pour les produits d’approvisionnement, souligne que « les réserves actuelles sont suffisantes pour cinq mois et demi. Les réserves égyptiennes sont donc sécurisées. L’Etat tente d’importer 3 millions de tonnes de blé supplémentaires, pour augmenter les réserves stratégiques ».

L’Egypte était autrefois le grenier à blé de l’empire romain, et à l’époque de la grande famine, le peuple d’Israël s’est rendu en Egypte afin de se nourrir et ne pas périr. Même à l’ère du roi Farouk, l’Egypte pouvait encore se permettre de faire des dons de blé aux pays voisins. Aujourd’hui, 55 % du blé égyptien est importé. La ligne rouge est donc dépassée pour cet ingrédient essentiel dans la composition des galettes de pain, l’un des principaux éléments de la nourriture quotidienne d’une majeure partie du peuple égyptien.

L’Etat est dans l’impasse, notamment parce qu’il a fait le choix dans les années 1990 d’importer du blé au détriment de réaliser une autosuffisance locale. L’argument avancé était à l’époque de substituer les surfaces de terres cultivées en blé par des légumes et des fruits destinés à l’exportation. Les cours internationaux du blé étaient moins élevés que les cours locaux, le blé n’était pas rentable.

 

Incohérences d’une politique

Beaucoup de critiques ont été adressées à cette politique agricole égyptienne. Selon Siyam, le problème est plus profond. « La superficie cultivée en légumes et fruits ne dépasse pas un million et demi de feddans (420 000 hectares), alors que l’Egypte possède entre 7 et 7,5 millions de feddans. Si l’on compte que chaque feddan peut être cultivé 2 fois par an par du blé et trois fois par des légumes et une seule fois par des fruits, on aura donc un potentiel de 15 millions de feddans, dont les légumes et les fruits en couvriraient à peine 2 millions. Le problème de l’expansion de la culture du blé n’est pas freinée par les fruits et les légumes ». Et d’ajouter : « Même la question de l’exportation est une fausse question. On n’exporte que 10 % de notre production, car l’exportation dépend en premier lieu de la qualité et non pas de la quantité ».

Par ailleurs, Karam Saber, directeur du Centre Al-Ard (la Terre) pour les droits de l’homme, reproche à l’Etat sa politique agricole incohérente. « L’Etat récolte les fruits de sa mauvaise politique agricole. Il ajoute que l’Egypte est en fait l’un des marchés les plus importants pour le blé américain. « Les Etats-Unis refusent l’usage de leurs dons pour la culture du blé, mais on ne vit pas que sur les dons américains? Il est trop facile de blâmer l’autre. Ce n’est pas la seule raison. On manque d’une politique agricole cohérente », déplore Siyam.

Pour faire face à ce problème, le ministère de l’Agriculture a décidé de parier sur l’expansion des terres cultivées en blé. La solution réside, selon le ministère, dans une expansion verticale et horizontale, soit augmenter la productivité de chaque feddan et augmenter le nombre de feddans cultivés en blé. « On essaie d’augmenter la productivité de chaque feddan tout en introduisant de nouvelles variétés à haute productivité. En parallèle, l’Etat a augmenté le prix d’achat aux paysans pour les inciter à investir dans les cultures céréalières. Pour le blé, le prix d’achat atteindra 240 L.E. pour chaque ardab (1 ardab = 150 kilos), contre 170 L.E. actuellement », a souligné Saad Nassar, conseiller du ministre de l’Agriculture. Et d’ajouter : « on vise à atteindre une superficie cultivée en blé de 3 millions de feddans. C’est ainsi qu’on essaie dans la nouvelle vallée de Tochka et la Côte-Nord, tout en rationalisant l’usage du blé, puisque les pertes atteignent 11 % dans toutes les phases de production, de transport et de distribution ».

En revanche, les experts restent sceptiques à l’égard de cette nouvelle politique. « L’expansion horizontale est illusoire. La vallée de Tochka reste encore un rêve, de même que la Côte-Nord qui dépend beaucoup des pluies, et les surfaces cultivables ne pèseraient pas dans la balance », ajoute Siyam.

L’autosuffisance à 100 % semble donc lointaine, notamment à la lueur de la politique agricole actuelle. Le défi majeur reste de réduire le fossé entre consommation et importation avec une augmentation annuelle de la population de 2,9 % ... .

Ibtessam Zayed

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.