Al-Ahram Hebdo, Economie | La ville s’enrichit
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Economie

Assiout. Des moyens considérables ont été déployés pour sortir la ville de sa torpeur. La volonté du gouvernement de faire de la capitale du sud un centre économique actif porte ses fruits. Reportage. 

La ville s’enrichit 

35 km séparent l’aéroport du centre-ville d’Assiout. La route passe par la toute nouvelle autoroute Le Caire-Assiout, inaugurée il y a quelques semaines. Elle passe également par la cimenterie Ciment Assiout, acquise il y a une dizaine d’années par la multinationale Cemex. A l’entrée de la ville, de hauts immeubles peints de couleurs vives bloquent la vue sur le Nil et la verdure qui s’étend sur l’autre rive jusqu’au pied de la petite montagne qui entoure le côté Est de la ville. C’est bel et bien une nouvelle Assiout.

Il y a dix ans, Assiout était une ville vieille, avec un mode de développement parfaitement compatible au modèle des années 1960. Les importantes industries étaient publiques. Sur la corniche du Nil se situaient les différents sièges des institutions publiques, des bâtiments à trois ou quatre étages. Le splendide campus de l’Université d’Assiout était en taille, le troisième du pays. Le centre-ville présentait une autre Assiout, naissante, celle de l’Infitah (politique de l’ouverture économique des années 1970) : un siège modeste de l’Association des hommes d’affaires, de petits magasins de prêt-à-porter, d’automobiles et de meubles. C’était la fin des années 1990, mais le décor dominant et le goût dans ces magasins étaient ceux du début des années 1980. Aux abords de la ville, se situaient des villes fantômes, nommées zones industrielles, où à peine quelques petites usines étaient en place, ou en construction. Dans le temps, la ville sortait à peine d’une bataille contre les intégristes islamistes qui a duré plusieurs années, et le gouvernement chantait jour et nuit le rythme du développement du sud, tant négligé. Le secteur privé y a cru et s’est lancé dans de nouveaux projets. Mais les années passant, le gouvernement a échoué à tenir ses engagements. Côté investissements privés, deux problèmes majeurs persistaient : manque d’infrastructures adéquates et mauvais marketing. Conséquence : un grand nombre de faillites de projets privés, et les diplômés universitaires ont émigré au Caire pour trouver un emploi.

La situation est toute autre aujourd’hui : depuis 2004, Assiout, un des gouvernorats les plus pauvres du pays, est entré dans une nouvelle ère. Le gouvernement Nazif a renouvelé son engagement envers le Saïd (le sud), lui allouant un budget de 17 milliards de L.E. sur trois ans. Ainsi, un réseau d’autoroutes — reliant Assiout aux autres gouvernorats du Saïd au Caire et aux ports de la mer Rouge — prend forme. L’aéroport d’Assiout a été rouvert. De plus, l’Autorité d’investissement a joué un grand rôle à régler les problèmes des entreprises déficitaires. La capitale du Saïd a donc fait peau neuve. Les usines publiques sont privatisées, la corniche étouffe avec ses hauts immeubles les uns collés aux autres dont les rez-de-chaussée sont occupés par de célèbres chaînes de fast-food. Au centre-ville, les magasins portent les grands noms mondiaux du prêt-à-porter. Des cybercafés et des magasins vendant des gadgets de haute technologie poussent comme des champignons. Les filiales des banques privées côtoient celles des banques publiques. Plus de 600 usines ont été ouvertes dans les zones industrielles de la ville.

 

Opportunités d’investissement

C’est dans ce cadre que la semaine dernière, lors de l’inauguration du bureau de la banque d’investissement Delta Rasmala, une rencontre avec les hommes d’affaires du Saïd a été organisée sur le thème de l’investissement au Saïd. Quatre principaux interlocuteurs y ont assisté : Névine Al-Tahri, présidente de Delta Rasmala, Ziyad Bahaeddine, président de l’entreprise Saïd pour l’investissement, Magued Chawqi, président de la Bourse du Caire, ainsi que Nabil Al-Ezabi, gouverneur d’Assiout. Ce dernier a présenté le développement actuel de l’infrastructure dans le gouvernorat, appelant les étrangers et les nationaux à venir s’y installer. « Il y a d’énormes potentiels d’investissements ici. Il suffit de regarder les camions venant du Caire, transportant toutes sortes de produits locaux ou importés, pour se rendre compte de la diversité et de l’ampleur de la demande dans cette région. Ne s’agit-il pas d’opportunités d’investissement ? », lance le gouverneur.

La société Delta Rasmala n’est pas une pionnière dans le Saïd. Elle a rejoint 15 autres bureaux de courtage dont le chiffre d’affaires total se chiffre en milliards de L.E. « Nous avions déjà du Saïd une petite clientèle à forte capacité financière qui se rendait à notre bureau de courtage du Caire », raconte Hossam Al-Garhi, membre du conseil d’administration. Névine Al-Tahri, elle, explique qu’elle envisageait depuis un an de s’installer au Saïd. « J’ai discuté longuement avec l’ancien président de l’Autorité de l’investissement. Et je suis convaincue que nous avons choisi le bon moment », dit-elle. En fait, Delta est la première institution financière qui présente au Saïd de nouveaux services financiers, au-delà du courtage. Elle aide les entreprises à chercher le meilleur outil de financement à travers la Bourse. Une activité qui rime parfaitement avec l’orientation du gouvernement. Celui-ci a introduit à la mi-2007 de nouvelles mesures encourageant l’investissement au Saïd, avec en tête un financement indirect pour chaque emploi permanent dans une entreprise privée. De plus, il a récemment créé une bourse des petites et moyennes entreprises, Nilex, qui sera également présidée par Magued Chawqi, dont le but est de fournir aux PME une multitude d’opportunités de financements. Par sa participation à cette rencontre à Assiout il veut donc inciter les investisseurs du Saïd à s’introduire dans Nilex. « Je me rappelle les années 1993-1994, quand l’ancien président de la Bourse rendait visite aux différentes entreprises privées pour les convaincre de s’introduire en Bourse. Je suis là pour faire à peu près la même chose. Mais je suis sûr que les choses seront désormais plus faciles, vu le développement de la notion de l’investissement en Bourse ».

 

Manque un catalyseur

Cependant, pour Bahaeddine, ces développements seuls ne pourront pas attirer les investissements privés vers le Saïd. Pour lui, il manque un catalyseur. « Nous avons toujours l’impression que cela n’est pas suffisant pour inciter les gens à s’installer au Saïd. Il y a un long héritage de conceptions d’un Saïd trop arriéré et sous-développé », regrette Bahaeddine. Alors, le gouvernement s’est résolu à créer à la mi-2007 une entreprise publique, Al-Saïd pour l’investissement, dont le président n’est autre que l’ex-président de l’Autorité de l’investissement originaire d’Assiout, Ziyad Bahaeddine. Dotée d’un capital de 10 millions de L.E. (qui a été augmenté en janvier dernier à 60 millions de L.E.), l’entreprise a pour objectif d’aider les entreprises privées à créer de nouveaux projets ou à chercher des partenaires pour étendre leurs activités. Pour se faire, elle mène des études de faisabilité pour de nouveaux projets et cherche des moyens de financements adéquats. Elle offre aussi des consultations en matière de marketing et de gestion. L’entreprise est de même prête à contribuer à hauteur de 20 % du capital — et pendant 7 ans — d’une nouvelle société, si elle juge le projet prometteur. Bahaeddine explique à Al-Ahram Hebdo comment est née l’idée de cette entreprise. « En tant que président du GAFI, je me rendais souvent au Saïd, comme membre du comité chargé de régler les problèmes des sociétés déficitaires. Les fondamentaux des entreprises étaient solides, l’insolvabilité était pourtant là, la plupart du temps à cause de mauvaises décisions de développement et de financements inadéquats », se rappelle Bahaeddine. Aujourd’hui, il se félicite de voir ces entreprises privées relancées.

L’une d’elles est une petite usine de pâtes alimentaires. La propriétaire a bénéficié d’un règlement de ses dettes envers la Banque Nationale (publique). Aujourd’hui, c’est un autre problème qui la préoccupe. « La flambée des prix de la farine a élevé les coûts. Pour une petite usine, qui dispose d’une production limitée, ce choc est trop dur. Je peine à tenir mes comptes », se plaint Nawal Békir, présidente de la société Princessa des produits alimentaires. « Pourquoi le gouvernement n’appelle-t-il pas à la fusion des petites usines de pâtes du Saïd, à l’instar des banques privées en difficultés ? », demande-t-elle à Bahaeddine qui a rencontré à Assiout une foule d’hommes d’affaires du cru, mardi 12 février. Une proposition qu’il a promis de prendre en considération. « La taille de nos entreprises est justement notre problème majeur », résume Ahmad Wahba, président de l’Association des investisseurs de la zone industrielle Safa, qui regroupe 80 % des usines privées autour d’Assiout. Bref, une vague de consolidation est attendue pour relancer croissance et développement du Saïd. Reste à voir si ses fruits seront équitablement distribués, un défi majeur qui menace le modèle de développement du gouvernement actuel.

Salma Hussein

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