Al-Ahram Hebdo,Monde | Musharraf en mauvaise posture
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Monde

Pakistan. Les premiers résultats des législatives de lundi annoncent la défaite du camp présidentiel face à l’opposition. De quoi menacer l’avenir d’un Musharraf de plus en plus isolé.

Musharraf en mauvaise posture

Dans un pays en proie à une vague meurtrière d’attentats islamistes, les résultats des législatives de lundi dernier « mère de toutes les élections », comme l’a appelé le chef de l’Etat pakistanais, sont d’autant plus « décisifs » que la crise politique qui secoue le Pakistan depuis un an. Intervenu dans un moment crucial après l’assassinat du chef de l’opposition, Benazir Bhutto, ce scrutin dessinera le paysage politique d’un pays à la croisée des chemins. Surtout que le nouveau Parlement aura la lourde tâche de faire face à l’activisme croissant des extrémistes musulmans, à l’apathie de l’économie et à la question de rétablir, ou non, dans leurs fonctions les juges les plus indépendants limogés par le président Musharraf pendant l’état d’urgence en novembre dernier.

Selon les premiers résultats, mais déjà significatifs, le camp du président du Pakistan Pervez Musharraf se prépare à une défaite cinglante face aux principaux partis d’opposition, dont celui de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre et celui de l’ex-premier ministre Nawaz Sharif. Selon des résultats partiels, les partis soutenant le président ne peuvent plus mathématiquement, à eux seuls, emporter la majorité pour gouverner, le principal parti soutenant M. Musharraf, ainsi que ses alliés traditionnels, n’ont obtenu que 57 sièges à l’Assemblée nationale sur les 241 circonscriptions dont les résultats ont déjà été annoncés, et ne peuvent donc, même s’ils emportaient la totalité de celles qui restent en suspens, atteindre la majorité absolue de 272 députés.

En « fervent démocrate », le président Musharraf a assuré mardi à son peuple : « Quels que soient ceux qui gagneront les élections, je travaillerai avec eux de manière totalement harmonieuse », a-t-il promis alors que la Ligue musulmane du Pakistan (PML-Q), principal parti du chef de l’Etat, a promis de respecter le choix du peuple, reconnaissant que la PML-N de M. Sharif et le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de la défunte Benazir Bhutto seraient nettement en tête du scrutin. Selon des résultats partiels diffusés par la télévision publique, sur 125 sièges des 272 de l’Assemblée nationale, 50 reviennent à la PML-N, 39 au PPP, 18 à la PML-Q et le reste aux petits partis. « Nous sommes sous le choc. Malheureusement, nous perdons », a déploré le porte-parole de la PML-Q , Tareq Azeem.

En effet, le jeu est fort dangereux pour M. Musharraf qui joue maintenant son avenir politique : si l’opposition s’unissait et s’emparait des deux tiers des sièges, il pourrait même être destitué. Selon les experts, le chef de l’Etat peut, soit s’allier au PPP, soit rester président, mais avec des pouvoirs amoindris sous une coalition PPP/PML-N. Il pourrait aussi s’allier à des partis islamistes indépendants et nationalistes pour disposer d’une majorité de circonstance.

Reste à savoir le sort des partis islamistes radicaux au Pakistan qui avaient effectué une percée remarquée lors du précédent scrutin en 2002. Il semble que cette fois-ci, ces partis sont en passe d’essuyer un revers cuisant. Mardi matin, sur les résultats dépouillés de plus de 160 des 272 sièges en jeu à l’Assemblée nationale, les partis religieux fondamentalistes n’en ont remporté que trois.

Ce revers électoral, s’il se confirme officiellement, marquerait un rejet clair de la campagne extrêmement meurtrière que mènent depuis près d’un an les groupes armés proches des Talibans et d’Al-Qaëda.

Selon les analystes, la défaite cuisante qui s’impose au président du Pakistan le met face à deux alternatives extrêmement pénibles :  inaugurer les chrysanthèmes ou quitter le pouvoir. Seuls les jours à venir dessineront l’itinéraire d’un président déchu ... mais soutenu par les Américains .

Maha Al-Chirbini

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