Pakistan.
Les premiers résultats des législatives de lundi annoncent
la défaite du camp présidentiel face à l’opposition. De quoi
menacer l’avenir d’un Musharraf
de plus en plus isolé.
Musharraf
en mauvaise posture
Dans un pays en proie à une vague meurtrière d’attentats
islamistes, les résultats des législatives de lundi dernier
« mère de toutes les élections », comme l’a appelé le chef
de l’Etat pakistanais, sont d’autant plus « décisifs » que
la crise politique qui secoue le Pakistan depuis un an.
Intervenu dans un moment crucial après l’assassinat du chef
de l’opposition, Benazir Bhutto, ce scrutin dessinera le
paysage politique d’un pays à la croisée des chemins.
Surtout que le nouveau Parlement aura la lourde tâche de
faire face à l’activisme croissant des extrémistes
musulmans, à l’apathie de l’économie et à la question de
rétablir, ou non, dans leurs fonctions les juges les plus
indépendants limogés par le président
Musharraf pendant l’état d’urgence en novembre
dernier.
Selon les premiers résultats, mais déjà significatifs, le
camp du président du Pakistan Pervez
Musharraf se prépare à une
défaite cinglante face aux principaux partis d’opposition,
dont celui de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto,
assassinée le 27 décembre et celui de l’ex-premier ministre
Nawaz Sharif. Selon des
résultats partiels, les partis soutenant le président ne
peuvent plus mathématiquement, à eux seuls, emporter la
majorité pour gouverner, le principal parti soutenant M.
Musharraf, ainsi que ses alliés
traditionnels, n’ont obtenu que 57 sièges à l’Assemblée
nationale sur les 241 circonscriptions dont les résultats
ont déjà été annoncés, et ne peuvent donc, même s’ils
emportaient la totalité de celles qui restent en suspens,
atteindre la majorité absolue de 272 députés.
En « fervent démocrate », le président Musharraf a assuré
mardi à son peuple : « Quels que soient ceux qui gagneront
les élections, je travaillerai avec eux de manière
totalement harmonieuse », a-t-il promis alors que la Ligue
musulmane du Pakistan (PML-Q), principal parti du chef de l’Etat,
a promis de respecter le choix du peuple, reconnaissant que
la PML-N de M. Sharif et le Parti du Peuple Pakistanais
(PPP) de la défunte Benazir Bhutto seraient nettement en
tête du scrutin. Selon des résultats partiels diffusés par
la télévision publique, sur 125 sièges des 272 de
l’Assemblée nationale, 50 reviennent à la PML-N, 39 au PPP,
18 à la PML-Q et le reste aux petits partis. « Nous sommes
sous le choc. Malheureusement, nous perdons », a déploré le
porte-parole de la PML-Q , Tareq
Azeem.
En effet, le jeu est fort dangereux pour M. Musharraf qui
joue maintenant son avenir politique : si l’opposition
s’unissait et s’emparait des deux tiers des sièges, il
pourrait même être destitué. Selon les experts, le chef de
l’Etat peut, soit s’allier au PPP, soit rester président,
mais avec des pouvoirs amoindris sous une coalition PPP/PML-N.
Il pourrait aussi s’allier à des partis islamistes
indépendants et nationalistes pour disposer d’une majorité
de circonstance.
Reste à savoir le sort des partis islamistes radicaux au
Pakistan qui avaient effectué une percée remarquée lors du
précédent scrutin en 2002. Il semble que cette fois-ci, ces
partis sont en passe d’essuyer un revers cuisant. Mardi
matin, sur les résultats dépouillés de plus de 160 des 272
sièges en jeu à l’Assemblée nationale, les partis religieux
fondamentalistes n’en ont remporté que trois.
Ce revers électoral, s’il se confirme officiellement,
marquerait un rejet clair de la campagne extrêmement
meurtrière que mènent depuis près d’un an les groupes armés
proches des Talibans et d’Al-Qaëda.
Selon les analystes, la défaite cuisante qui s’impose au
président du Pakistan le met face à deux alternatives
extrêmement pénibles : inaugurer
les chrysanthèmes ou quitter le pouvoir. Seuls les jours à
venir dessineront l’itinéraire d’un président déchu ... mais
soutenu par les Américains .
Maha
Al-Chirbini