Al-Ahram Hebdo,Monde | En attendant la reconnaissance
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Kosovo . Au grand dam de la Serbie et de son alliée la Russie, la province a proclamé son indépendance avec l’appui des puissances occidentales. Un pas qui commence à alimenter les séparatismes à travers le monde.

En attendant la reconnaissance

Les Kosovars ont concrétisé leur rêve. L’indépendance a été proclamée dimanche dernier lors d’une session extraordinaire du Parlement kosovar : « A partir de maintenant, nous sommes un Etat indépendant, libre et souverain », a déclaré le président du Parlement, Jakup Krasniqi après le vote de la déclaration d’indépendance lue par le premier ministre kosovar, Hashim Thaçi. Le nouveau drapeau du Kosovo indépendant, qui montre le tracé du pays en jaune sur un fond bleu foncé, accompagné de six étoiles, a également été présenté aux députés lors de la session. « C’est le nouveau drapeau de l’Etat le plus jeune du monde », s’est réjoui le président du Parlement, en le présentant aux députés, qui ont éclaté en applaudissements. Lundi matin, Hashim Thaçi a annoncé avoir officiellement envoyé une demande de « reconnaissance » de l’indépendance du Kosovo à « tous les gouvernements du monde » et dit attendre les premières très prochainement.

Sans attendre, le peuple kososvar a accueilli la nouvelle de l’indépendance par des cris de joie dans les rues de Pristina qui vibrent aux cris de « indépendance », dans des concerts de klaxons et de pétards. Sans attendre, des dizaines de milliers de Kosovars ont envahi les rues de Pristina pour célébrer l’événement. De longs cortèges de voitures ont sillonné la capitale à grands coups de klaxon et des milliers de personnes ont exprimé leur joie en brandissant les nouveaux drapeaux du Kosovo indépendant.

Aux antipodes de cette image euphorique, une autre beaucoup plus funèbre se dessinait à Mitrovica, une ville du Nord peuplée par les Serbes. Dans cette ville, la journée de dimanche a pris des allures de veillée funèbre. « C’est un jour  difficile, affreux », a assuré l’évêque Artemije, primat de l’Eglise orthodoxe serbe du Kosovo.

Dans une tentative de calmer quelque 120 000 Serbes restant au Kosovo, le premier ministre kosovar s’est engagé, dimanche, à garantir leur sécurité : « Nous fermons le chapitre du passé et ouvrons le chapitre de l’avenir, le Kosovo est la patrie de tous ses citoyens », a-t-il indiqué, ajoutant que le Kosovo sera une société respectant la dignité humaine.

Malgré ces tentatives d’apaisement, il semble que les Serbes de la province sont décidés à poser de graves problèmes à la souveraineté kosovare. Ils ont menacé d’organiser dans leurs zones les élections  municipales prévues en mai en Serbie et de former leur propre « Parlement du Kosovo ». Selon les analystes, parmi les scénarios désormais possibles, figure une sécession du nord du Kosovo, où vivent 40 000 des 120 000 Serbes présents dans la province. Des violences entre Albanais et Serbes du Kosovo sont aussi à craindre. « Il y aura des coups de feu si les Albanais tentent d’exercer leur pouvoir sur le Nord », a prévenu un des leaders des Serbes du Kosovo, Oliver Ivanovic. Déjà, deux grenades ont été lancées, dimanche, à Kosovska Mitrovica, dans le nord du Kosovo, sans faire de victimes. Cet événement pourrait bien être la goutte qui annonce la pluie.

En effet, la colère des Serbes du Kosovo n’est qu’un écho de celle de la Serbie, en ébullition après la perte du Kosovo. A Belgrade, des milliers de Serbes ont envahi les rues, dimanche, pour protester contre cette indépendance « illégale ». « Nous sommes prêts à nous battre pour le Kosovo », a lancé l’un des manifestants. Même le président Boris Tadic, pro-européen, réélu au début du mois, a affirmé dimanche : « Je n’abandonnerai jamais la lutte pour notre Kosovo », a-t-il juré. Quant au pouvoir serbe, il a fait voter cette semaine une résolution par le Parlement, annulant par avance l’indépendance de la province. Il pourrait aussi prendre des mesures de sanctions, comme une fermeture des frontières ou la non reconnaissance des passeports délivrés à Pristina. Belgrade pourrait être tenté d’inciter les Serbes du Kosovo à faire sécession. Soutenant Belgrade, la Russie a réclamé dimanche une session en urgence du Conseil de sécurité de l’Onu. Réuni à la demande russe, ce dernier a de nouveau constaté dimanche son désaccord sur le Kosovo, entre les pays occidentaux qui acceptent sa proclamation d’indépendance, et la Russie qui s’y oppose et veut que l’Onu la rejette. Les puissances occidentales ont comme prévu fait le constat que le Conseil de sécurité est inapte à s’accorder sur l’avenir du Kosovo, et réaffirmé qu’il appartenait à l’Otan et à l’UE d’assurer la sécurité du territoire qui s’est déclaré indépendant.

 

Les Européens divisés

Soucieuse de superviser les premiers pas du plus jeune Etat du monde, l’Union européenne, dont la plupart des pays acceptent l’indépendance du Kosovo, a approuvé l’envoi de l’Eulex Kosovo, une force de police et de justice de 2 000 hommes, qui prendra le relais de l’Onu au terme d’une période transitoire de 120 jours suivant l’indépendance. Ce déploiement intervient malgré l’opposition de 6 pays européens à cette indépendance, y voyant un précédent dangereux de nature à alimenter les séparatismes à travers le monde (Chypre, Grèce, Espagne, Bulgarie, Roumanie, Slovaquie). Signe de la réalité de ce risque, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, deux régions séparatistes et pro-russes de Géorgie, ont annoncé peu après la proclamation kosovare qu’elles allaient demander à la Russie et à l’Onu de reconnaître leur indépendance. Et le Sri Lanka, qui combat les séparatistes tamouls, a estimé, lundi, que la proclamation kosovare, « violation de la Charte des Nations-Unies », était un grave précédent qui pourrait « constituer une menace grave pour la paix et la sécurité internationales ». Même appréhension partagée par Chypre, confrontée au séparatisme de la République Turque de Chypre du Nord (RTCN).

Dans une dernière tentative de sauver leur crédibilité aux yeux du monde, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept se sont retrouvés, lundi, à Bruxelles pour définir une position aussi unifiée que possible sur l’indépendance de la province. Lors de cette réunion, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont reconnu l’indépendance du Kosovo, et une quinzaine d’autres pays de l’Union européenne sont prêts à le faire prochainement. « C’est un grand succès pour l’Europe, un grand succès pour les Kosovars et certainement pas un échec pour les Serbes », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Pour sa part, le président américain George Bush a également reconnu, mardi, l’indépendance de la province, qu’il considère comme un facteur de paix pour les Balkans. Le même jour, des diplomates de la Turquie, de la France et de la Grande-Bretagne ont formellement établi à Pristina les relations diplomatiques avec le Kosovo indépendant.

Mais au moins six Etats membres — Bulgarie, Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie — campent sur leur position et ne devraient pas entériner la proclamation à court terme. En dépit de l’absence probable d’une reconnaissance internationale de cette province nouveau-née, la Commission européenne et la Banque mondiale préparent déjà une conférence des donateurs afin d’aider le Kosovo, dont l’économie est délabrée et qui est confronté à un chômage massif. Une porte-parole de la Commission a confirmé que cette conférence se tiendrait probablement en juin.

Maha Al-Cherbini

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