Al-Ahram Hebdo,Arts | Des hommes et la mer
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Arts

Exposition. Dans Fantaisie de la vie, Gazbia Sirry nous permet de contempler des êtres, dans leur densité, qui rêvent de la fluidité de l’eau et de la fête des couleurs.

Des hommes et la mer 

Dans le prolongement de son exposition de 2006, Gazbia Sirry continue à s’intéresser à ses femmes et ses hommes encastrés dans le béton de leur vie quotidienne. Ils continuent à nous fixer, dans le blanc des yeux, comme pour nous prendre à partie de ce qui leur arrive, tout en baignant dans les couleurs vives du bien-être et de la gaieté. Qui croire de leurs têtes maussades ou de la fête des couleurs qui les entourent ? C’est cette contradiction inhérente à leurs êtres, même portés au bonheur et à ces situations difficiles dans lesquels ils évoluent qui nous touche profondément chez cette peintre qui ne cesse de nous étonner et de créer toujours et encore du nouveau.

Qui sont ces êtres ? Des visages en détresse et des formes allongées qui se tiennent debout avec dignité. Mais aussi, de nombreuses femmes aux seins ronds et aux formes féminines qui évoluent tout contre les hommes pour donner une touche sexuée et personnalisée à ces êtres qui ne sont pas toujours indéfinis. Le rouge dont elles s’habillent et leurs formes floues et évaporées forment des espaces d’évasion.

Car si ces êtres sont emprisonnés dans ce monde emmuré dont ils ne s’en sortent pas, ils savent encore rêver. Non loin d’eux, dans l’espace de la toile, en long ou en large dans ce monde que Gazbia Sirry a décidé de compartimenter, se trouve la mer. Une ouverture de bleu qui sillonne les toiles comme autant de béances porteuses de souffle marin où l’on peut encore peut-être s’évader. D’innombrables petites barques comme autant de sourires qui éclairent les visages lugubres.

Cette exposition qui pourrait s’intituler Des Hommes et la mer, cache en son intérieur ce souffle de vie de l’artiste peintre. Dans l’embrasement de ces énormes êtres en rouge cristallin ou en marron brique, des espaces de bleu léger et mousseux font éclater la toile. Comme deux mondes diamétralement séparés, ils se contemplent dans leur impuissance. Toutefois, ailleurs et sur d’autres espaces de toile, ils communiquent et même se confondent. Sur certaines toiles, les innombrables barques que Gazbia Sirry chérit tant en général deviennent des êtres humains. Dans les visages aux yeux ronds et aux regards tristes sillonnent les barques en lignes fines, quelquefois, à peine perceptibles, qui prolongent les traits de ces visages qui aspirent au bonheur. Collés les uns aux autres, sur toute l’étendue de la toile, ne laissant aucun espace vide, à l’image de cette Egypte qui ploie sous la densité de son nombre, ces êtres se confondent avec ces barques qui, sans eaux, se laissent elles aussi emprisonnées.

Car la nature est toujours présente chez Gazbia Sirry. Aspirant à faire corps avec elle, les êtres en sont irrémédiablement séparés par cette densité, cette détresse qui les entourent. Le béton est là partout et toujours. Et la mer est loin tout au bas de la toile ou de côté. Ailleurs, de toute manière. Est-ce elle qui permet à ces êtres de continuer à exister ? On l’espère.

Cependant, ces êtres continuent à rôder autour de nous dans ces petites toiles qui jonchent cette exposition comme autant de petits bijoux tout en grâce. Des hommes font la queue de profils sur de petites fresques égyptiennes des temps modernes. En effet, on ne peut en aucun cas se méprendre sur leurs origines. Ils forment bel et bien cette foule de personnes que l’on peut rencontrer au coin d’une rue en Egypte. On est loin des couleurs éclatantes, à travers lesquelles l’artiste peintre défit la morosité du quotidien. Dans les couleurs brique, gris et noir, ils forment des êtres qu’on peut identifier. C’est le cheikh, c’est la femme du peuple, le paysan ou autre. Dans leurs corps allongés, ils ne nous contemplent plus, mais vaquent à leurs activités quotidiennes. Quelquefois même, nous les voyons alors qu’ils communiquent entre eux dans ce besoin qu’ils ont comme tous les êtres de Gazbia Sirry de se retrouver rapprochés les uns des autres.

Gazbia Sirry sait les décrire sans en dire trop long sur eux pour laisser à notre regard une part de mystère qui nous fait découvrir une relation que nous n’avions pas perçue entre ces êtres et nous dans cette course effrénée de notre quotidien tout aussi emmuré. Mais peut-on nous empêcher de rêver ? C’est la grande leçon de Gazbia Sirry.

Soheir Fahmi

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Jusqu’au 10 mars,

à la galerie Zamalek,

de 10h30 à 21h (sauf le vendredi).

11, rue Brazil, Zamalek.

Tél. : 27 35 12 40

 




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