Musique.
Accompagné de musiciens arabes et occidentaux, le luthiste
iraqien Nassir Chamma lance sur les planches de l’Opéra du
Caire un appel universel à la vie pour son pays.
Un cri face aux menaces
«
Notre mère, la terre ». Sous ce titre assez évocateur, le
musicien-compositeur Nassir Chamma resserre les mailles de
l’existence. Accompagné de 14 musiciens arabes et européens
vêtus en noir « à la recherche d’un monde meilleur », le
luthiste iraqien renouvelle son invitation pour lancer une
veine de concerts symboliquement politiques. « Les musiciens
européens que j’ai contactés par courrier électronique ont
accueilli chaleureusement l’idée, sans discuter les détails
matériels. Eux aussi pensent que pour pouvoir connaître
l’Autre, il faut absolument s’approcher de lui, touchant de
près sa manière de voir et d’être », précise Chamma,
expliquant que les revenus de ces concerts seront
entièrement consacrés aux œuvres de bienfaisance. Ayant déjà
lancé une initiative en solidarité avec le Liban à l’été
2006, avec l’événement « Le Liban se construit et se
développe par le rêve », à l’Opéra du Caire, puis au
Festival de la musique classique d’Abou-Dhabi, cette fois
c’est son propre pays, l’Iraq, qui sollicite son soutien.
D’où la campagne « Arabes et Iraqiens, main dans la main »,
laquelle se déroule sous l’égide de la Ligue arabe, la
commission des réfugiés et l’Organisation mondiale de la
santé. Il s’agit en premier lieu d’un appel visant à mettre
terme à la violence et à condamner le recours à la force et
aux armes interdites. « Ces concerts expriment un rejet de
l’occupation, de la souffrance, de la réalité amère qui
s’est imposée sur-le-champ. Je me suis rappelé ce qui s’est
passé à Hiroshima et Nagasaki. Car on n’est pas là à
soutenir uniquement les pays arabes déchirés et
ensanglantés, mais pour dire que la terre entière est
menacée », dit Chamma sur un ton ferme, ajoutant : « La
musique, qui est ma manière de communiquer, est une carte de
pression contre les régimes agresseurs et puissants ». Sur
scène, une belle fusion allie musiciens arabes et européens
dont entre autres Midko à la trompette et Andrée à la
contrebasse (Bulgarie) ; Daniel au saxophone (Allemagne) ;
Mohamad Hamdi à la clarinette, Waël Al-Naggar à l’accordéon,
Mohamad Abdallah au piano, Saber Abdel-Sattar au qanoun et
Yousri Abdel-Maqsoud aux percussions (Egypte). Tous
contribuent à jouer des rythmes souvent dansants, faisant
dialoguer l’Orient et l’Occident. Deux mondes se juxtaposent
et quelquefois se répondent. La convivialité, entre le luth
de Chamma et les musiciens qui l’entourent, est ressentie
davantage. La musique qui en résulte est très émouvante,
mêlant affliction et espérance, romantisme et mysticisme,
classique et moderne à la fois.
Avec cet événement, Chamma présente 9 de ses compositions :
Halet farah (état de joie), Daawa lil hayat (invitation à
vivre), Banafseg al-assabée (doigts de violette), Ala guenah
faracha (sur les ailes d’un papillon), Imraa fil zakéra
(femme en mémoire), Souret hob (image d’amour), Tab sabahek
Baghdad (bonjour Bagdad), Massir wahed (un seul destin), Aam
yaguië wa anti habibati (d’une année à l’autre et tu es
toujours mon amour), Mawlana Jalaleddine Al-Roumi. « Ce
dernier morceau est dédié au maître soufi Jalaleddine
Al-Roumi, lequel a été choisi en 2004 par l’Unesco comme
symbole de la tolérance et des valeurs humaines. Cela va de
pair avec l’idée directrice des concerts », indique Chamma
qui, par le biais de ses improvisations, parvient à toucher
les âmes, communiquant l’espoir en un nouveau siècle moins
brutal. « Avec la musique, il y a moins de confusion qu’avec
les mots. C’est une langue qui va direct au cœur », dit le
musicien-compositeur qui s’attelle en ce moment à la
formation de l’Orchestre de l’Orient. Celui-ci doit se
produire pour la première fois, le 9 mars au Caire, au
centre culturel Saqiet Al-Sawi et le 1er avril au Festival
de la musique classique d’Abou-Dhabi.
Une
manière de faire
revivre la
magie de l’Orient.
Névine
Lameï