Al-Ahram Hebdo, Arts | Un cri face aux menaces
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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Arts

Musique. Accompagné de musiciens arabes et occidentaux, le luthiste iraqien Nassir Chamma lance sur les planches de l’Opéra du Caire un appel universel à la vie pour son pays. 

Un cri face aux menaces 

« Notre mère, la terre ». Sous ce titre assez évocateur, le musicien-compositeur Nassir Chamma resserre les mailles de l’existence. Accompagné de 14 musiciens arabes et européens vêtus en noir « à la recherche d’un monde meilleur », le luthiste iraqien renouvelle son invitation pour lancer une veine de concerts symboliquement politiques. « Les musiciens européens que j’ai contactés par courrier électronique ont accueilli chaleureusement l’idée, sans discuter les détails matériels. Eux aussi pensent que pour pouvoir connaître l’Autre, il faut absolument s’approcher de lui, touchant de près sa manière de voir et d’être », précise Chamma, expliquant que les revenus de ces concerts seront entièrement consacrés aux œuvres de bienfaisance. Ayant déjà lancé une initiative en solidarité avec le Liban à l’été 2006, avec l’événement « Le Liban se construit et se développe par le rêve », à l’Opéra du Caire, puis au Festival de la musique classique d’Abou-Dhabi, cette fois c’est son propre pays, l’Iraq, qui sollicite son soutien. D’où la campagne « Arabes et Iraqiens, main dans la main », laquelle se déroule sous l’égide de la Ligue arabe, la commission des réfugiés et l’Organisation mondiale de la santé. Il s’agit en premier lieu d’un appel visant à mettre terme à la violence et à condamner le recours à la force et aux armes interdites. « Ces concerts expriment un rejet de l’occupation, de la souffrance, de la réalité amère qui s’est imposée sur-le-champ. Je me suis rappelé ce qui s’est passé à Hiroshima et Nagasaki. Car on n’est pas là à soutenir uniquement les pays arabes déchirés et ensanglantés, mais pour dire que la terre entière est menacée », dit Chamma sur un ton ferme, ajoutant : « La musique, qui est ma manière de communiquer, est une carte de pression contre les régimes agresseurs et puissants ». Sur scène, une belle fusion allie musiciens arabes et européens dont entre autres Midko à la trompette et Andrée à la contrebasse (Bulgarie) ; Daniel au saxophone (Allemagne) ; Mohamad Hamdi à la clarinette, Waël Al-Naggar à l’accordéon, Mohamad Abdallah au piano, Saber Abdel-Sattar au qanoun et Yousri Abdel-Maqsoud aux percussions (Egypte). Tous contribuent à jouer des rythmes souvent dansants, faisant dialoguer l’Orient et l’Occident. Deux mondes se juxtaposent et quelquefois se répondent. La convivialité, entre le luth de Chamma et les musiciens qui l’entourent, est ressentie davantage. La musique qui en résulte est très émouvante, mêlant affliction et espérance, romantisme et mysticisme, classique et moderne à la fois.

Avec cet événement, Chamma présente 9 de ses compositions : Halet farah (état de joie), Daawa lil hayat (invitation à vivre), Banafseg al-assabée (doigts de violette), Ala guenah faracha (sur les ailes d’un papillon), Imraa fil zakéra (femme en mémoire), Souret hob (image d’amour), Tab sabahek Baghdad (bonjour Bagdad), Massir wahed (un seul destin), Aam yaguië wa anti habibati (d’une année à l’autre et tu es toujours mon amour), Mawlana Jalaleddine Al-Roumi. « Ce dernier morceau est dédié au maître soufi Jalaleddine Al-Roumi, lequel a été choisi en 2004 par l’Unesco comme symbole de la tolérance et des valeurs humaines. Cela va de pair avec l’idée directrice des concerts », indique Chamma qui, par le biais de ses improvisations, parvient à toucher les âmes, communiquant l’espoir en un nouveau siècle moins brutal. « Avec la musique, il y a moins de confusion qu’avec les mots. C’est une langue qui va direct au cœur », dit le musicien-compositeur qui s’attelle en ce moment à la formation de l’Orchestre de l’Orient. Celui-ci doit se produire pour la première fois, le 9 mars au Caire, au centre culturel Saqiet Al-Sawi et le 1er avril au Festival de la musique classique d’Abou-Dhabi. Une manière de faire revivre la magie de l’Orient.

Névine Lameï

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« Notre mère, la terre »,

le 20 février à 20h,

dans la grande salle de l’Opéra du Caire.

 




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