Théâtre.
Le comédien Hussein Fahmi, le dramaturge Lénine Al-Ramli et
le metteur en scène Essam Al-Sayed parodient un cabinet
ministériel dans la pièce comique Zaki fil wezara (Zaki au
ministère). Une satire politique qui fait mouche.
Le trio des sarcasmes
Une
œuvre dramatique présente toujours une fiction, un rêve ou
plutôt une illusion qui constitue l’autre face de la
réalité. La part imaginée vient contredire la réalité, la
compléter ou encore la pousser à l’extrême. Dans Zaki fil
wezara (Zaki au ministère), écrite par Lénine Al-Ramli et
mise en scène par Essam Al-Sayed, actuellement au Théâtre
national, la réalité se mêle à l’illusion.
Il s’agit du professeur Zaki, le prototype de l’intellectuel
opposant, défiant le régime via ses articles de presse. Le
nouveau cabinet vient d’être annoncé et le premier ministre
garde toujours sa place. Zaki imagine être membre de ce
nouveau cabinet. De quoi lui permettre d’affronter le
premier ministre et de lui dire ses sept vérités. Il ne
manquera pas de lui proposer aussi plein de nouveaux
projets. Mais ce ne sont que les illusions d’un
schizophrène, déçu par le fait de ne pas être nommé
ministre. Zaki vit un vrai cauchemar. Même en rêvant, il se
trouve contraint de renoncer à ses projets de réforme et de
se plier aux stratagèmes du cabinet ministériel. Il offre,
comme le reste des hauts responsables, cadeaux, pots-de-vin
… aux personnes influentes, favorise sa famille, flatte les
champions sportifs, reconnaît une danseuse ignorante et peu
douée comme une vraie valeur artistique, devient star des
podiums médiatiques, etc. Le jour où il regagnera
conscience, il sera choisi vraiment comme ministre.
La pièce constitue la troisième rencontre entre Lénine
Al-Ramli, Hussein Fahmi et Essam Al-Sayed. Ce, après les
pièces Ahlan ya bakawat (bienvenue les Beck, 1989) et
Al-Hadssa (l’accident, 1993). A l’aide d’un humour noir et
d’un sarcasme bien étudié, le trio dénonce ouvertement
plusieurs aspects négatifs de la société, déclenchant les
rires du public.
Lénine Al-Ramli a bien dessiné ses personnages, présentant
des stéréotypes très touchants. Zaki reflète toutes les
nuances de l’intellectuel frustré qui croit en son rôle,
mais ne pouvant agir. Il finit par accepter les compromis
qu’on lui impose. « J’appelle le public à ne pas se moquer
de lui, ni à lui en vouloir. Au contraire, il faut essayer
de le comprendre. Il faut peut-être compatir avec lui, car
on a tous besoin d’une certaine sympathie », souligne le
dramaturge.
On retrouve aussi, dans la pièce, l’incarnation du
personnage populaire, pauvre, faisant office de
porte-parole, c’est Soliman, le serviteur de Zaki, qui
multiplie prières et dictons. Il y a également l’image d’un
premier ministre, ayant l’air calme et souriant, lequel
s’avère un vrai manipulateur.
A son tour, le metteur en scène Essam Al-Sayed accentue le
jeu des stéréotypes. Il pousse les traits de caractère à
leur paroxysme comme c’est le cas avec : le médecin toujours
en tenue de chirurgien, le footballeur bohémien avec ses
couleurs criardes et ses cheveux épars, la danseuse des
vidéo-clips grosse et vulgaire …
Le vrai pari du metteur en scène a été de donner à la pièce
un rythme rapide, grâce notamment au décor mobile de Hazem
Chebl qui nous déplace en un clin d’œil de la réalité au
monde chimérique de Zaki. Par contre, une certaine longueur
se fait sentir au bout des trois heures de la
représentation, évoquant trop de points négatifs et de
laxisme social, à la fois.
La star Hussein Fahmi varie son jeu, allant d’une
interprétation légère et comique à une autre plus complexe.
C’est un personnage déçu, tiraillé entre ses rêves et ses
compromis. Les expressions du visage comptent pour beaucoup
dans le jeu, changeant de peau d’un monologue à l’autre.
D’un coup, il n’est plus le ministre heureux et frivole et
devient un écorché vif. A un moment, il est le fou se
livrant à un discours d’aparté.
Apparemment, le trio a gagné son pari.
May
Sélim