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 Semaine du 20 au 26 février 2008, numéro 702

 

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Arts

Théâtre. Le comédien Hussein Fahmi, le dramaturge Lénine Al-Ramli et le metteur en scène Essam Al-Sayed parodient un cabinet ministériel dans la pièce comique Zaki fil wezara (Zaki au ministère). Une satire politique qui fait mouche. 

Le trio des sarcasmes  

Une œuvre dramatique présente toujours une fiction, un rêve ou plutôt une illusion qui constitue l’autre face de la réalité. La part imaginée vient contredire la réalité, la compléter ou encore la pousser à l’extrême. Dans Zaki fil wezara (Zaki au ministère), écrite par Lénine Al-Ramli et mise en scène par Essam Al-Sayed, actuellement au Théâtre national, la réalité se mêle à l’illusion.

Il s’agit du professeur Zaki, le prototype de l’intellectuel opposant, défiant le régime via ses articles de presse. Le nouveau cabinet vient d’être annoncé et le premier ministre garde toujours sa place. Zaki imagine être membre de ce nouveau cabinet. De quoi lui permettre d’affronter le premier ministre et de lui dire ses sept vérités. Il ne manquera pas de lui proposer aussi plein de nouveaux projets. Mais ce ne sont que les illusions d’un schizophrène, déçu par le fait de ne pas être nommé ministre. Zaki vit un vrai cauchemar. Même en rêvant, il se trouve contraint de renoncer à ses projets de réforme et de se plier aux stratagèmes du cabinet ministériel. Il offre, comme le reste des hauts responsables, cadeaux, pots-de-vin … aux personnes influentes, favorise sa famille, flatte les champions sportifs, reconnaît une danseuse ignorante et peu douée comme une vraie valeur artistique, devient star des podiums médiatiques, etc. Le jour où il regagnera conscience, il sera choisi vraiment comme ministre.

La pièce constitue la troisième rencontre entre Lénine Al-Ramli, Hussein Fahmi et Essam Al-Sayed. Ce, après les pièces Ahlan ya bakawat (bienvenue les Beck, 1989) et Al-Hadssa (l’accident, 1993). A l’aide d’un humour noir et d’un sarcasme bien étudié, le trio dénonce ouvertement plusieurs aspects négatifs de la société, déclenchant les rires du public.

Lénine Al-Ramli a bien dessiné ses personnages, présentant des stéréotypes très touchants. Zaki reflète toutes les nuances de l’intellectuel frustré qui croit en son rôle, mais ne pouvant agir. Il finit par accepter les compromis qu’on lui impose. « J’appelle le public à ne pas se moquer de lui, ni à lui en vouloir. Au contraire, il faut essayer de le comprendre. Il faut peut-être compatir avec lui, car on a tous besoin d’une certaine sympathie », souligne le dramaturge.

On retrouve aussi, dans la pièce, l’incarnation du personnage populaire, pauvre, faisant office de porte-parole, c’est Soliman, le serviteur de Zaki, qui multiplie prières et dictons. Il y a également l’image d’un premier ministre, ayant l’air calme et souriant, lequel s’avère un vrai manipulateur.

A son tour, le metteur en scène Essam Al-Sayed accentue le jeu des stéréotypes. Il pousse les traits de caractère à leur paroxysme comme c’est le cas avec : le médecin toujours en tenue de chirurgien, le footballeur bohémien avec ses couleurs criardes et ses cheveux épars, la danseuse des vidéo-clips grosse et vulgaire …

Le vrai pari du metteur en scène a été de donner à la pièce un rythme rapide, grâce notamment au décor mobile de Hazem Chebl qui nous déplace en un clin d’œil de la réalité au monde chimérique de Zaki. Par contre, une certaine longueur se fait sentir au bout des trois heures de la représentation, évoquant trop de points négatifs et de laxisme social, à la fois.

La star Hussein Fahmi varie son jeu, allant d’une interprétation légère et comique à une autre plus complexe. C’est un personnage déçu, tiraillé entre ses rêves et ses compromis. Les expressions du visage comptent pour beaucoup dans le jeu, changeant de peau d’un monologue à l’autre. D’un coup, il n’est plus le ministre heureux et frivole et devient un écorché vif. A un moment, il est le fou se livrant à un discours d’aparté. Apparemment, le trio a gagné son pari.

May Sélim

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Zaki fil wezara,

tous les soirs à 21h (relâche le mercredi)

au Théâtre national, place Ataba, centre-ville.

Tél. : 25791 7783

 




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