Kenya.
Après plusieurs rounds de négociations sous l’égide du
médiateur, Kofi Annan, et un plan de réformes entre le
gouvernement et l’opposition, le pays est toujours en
attente d’un compromis sur la composition d’un nouveau
gouvernement.
Une paix en suspens
La
secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, dépêchée à
Nairobi en vue d’apporter un soutien au médiateur de l’Union
africaine dans la crise au Kenya, Kofi Annan, a tenté de
convaincre le gouvernement et l’opposition de la nécessité «
d‘un partage de pouvoir » et d’une « grande coalition
gouvernementale pour sortir le Kenya de sept semaines de
crise post-électorale ». Condoleezza Rice a indiqué son
intention de faire savoir aux rivaux kényans « combien il
est important qu’ils atteignent désormais la dernière étape
» et a voulu exprimer sa confiance envers les efforts déjà
entrepris par Kofi Annan. « Je pense que les progrès
accomplis jusqu’ici montrent qu’une solution peut être
trouvée à la question de la gouvernance », a-t-elle estimé.
Cette visite n’a pas été vraiment bien accueillie par le
gouvernement kényan. Lors d’une allocution, le ministre
kényan des Affaires étrangères, Moses Wetangula, a déclaré
que le Kenya ne souhaitait pas d’ingérence extérieure pour
le règlement de la crise. « Nous encourageons tous nos amis
à nous soutenir, à nous encourager, mais à ne pas faire
l’erreur de pointer un pistolet sur la tempe de quelqu’un et
de dire c’est ça ou rien, parce que ça ne peut pas marcher
», a-t-il affirmé.
Georges W. Bush a toutefois tenté de rassurer le
gouvernement kényan en précisant que les Etats-Unis ne
voulaient pas « imposer » une solution au Kenya. M. Annan a,
lui aussi, tenté de rassurer les Kényans en affirmant, lors
d’une conférence de presse conjointe avec Condoleezza Rice,
que « personne n’allait imposer (une solution), nous sommes
ici en solidarité ».
Cette visite de Condoleezza Rice, ayant pour but de
reprendre les pourparlers, intervient au moment même où
Georges Bush entame une tournée africaine axée sur la lutte
contre le sida et le paludisme. A l’occasion de sa première
journée sur le continent, le président des Etats-Unis avait
exprimé son souhait en faveur de la résolution du conflit au
Kenya et lancé un message clair concernant la visite de
Condoleezza Rice. « […] L’essentiel est que les dirigeants
se verront délivrer de première main le message des
Etats-Unis qui désirent la fin des violences et un accord de
partage du pouvoir qui aidera ce pays à surmonter ses
difficultés », a-t-il déclaré depuis le Bénin.
Dans l’attente d’une réconciliation nationale, Kofi Annan
s’est, de son côté, prononcé samedi sur le contenu des
négociations « secrètes » entamées la semaine dernière.
L’ancien secrétaire des Nations-Unies a affirmé que les deux
camps avaient « défini un nouveau programme de réforme pour
un nouveau gouvernement » sans pour autant être parvenus à
un réel accord sur le partage de pouvoir. En revanche, le
chef de l’Etat, Mwai Kibaki, et le chef de l’opposition,
Raila Odinga, se sont entendus sur un plan de réformes en
dix points, destiné à trouver une issue à la crise qui sévit
au Kenya.
Ce plan comprend notamment la création d’une commission
indépendante chargée d’enquêter sur l’élection
présidentielle controversée du 27 décembre dernier. Celle-ci
devrait débuter ses travaux le 15 mars prochain et soumettre
un rapport dans un délai de trois à six mois. La composition
d’une nouvelle Constitution a également été un point
d’accord entre les deux parties qui s’engagent à sa
rédaction dans les douze prochains mois. Enfin, les
représentants du gouvernement et de l’opposition se sont mis
d’accord sur une réorganisation de la police, une meilleure
répartition des richesses et la résolution de conflits
fonciers récurrents au Kenya.
« Un vrai élan »
Reste l’essentiel, c’est-à-dire la formation du
gouvernement. Les négociations, qui ont repris mardi,
doivent porter essentiellement sur ce point. En effet, un
accord de gouvernement est impératif pour la mise en œuvre
du volet de réformes dont le principe a reçu l’aval des deux
camps, selon le médiateur Kofi Annan. Ce dernier avait
déclaré vendredi, à la suspension des discussions pour le
week-end, qu’un accord global était « très proche », mais
nécessitait encore un compromis sur la composition « d’un
nouveau gouvernement ».
Affichant un certain optimisme quant à cette évolution, Kofi
Annan s’est néanmoins prononcé en faveur du soutien de
Condoleezza Rice à sa médiation afin de parvenir à une
résolution absolue du conflit ces prochains jours. Le
médiateur a assuré qu’il ne souhaitait pas quitter le pays
avant de trouver une solution efficace à la crise. « Je vous
assure qu’il y a un vrai élan. Nous sommes au milieu du gué
et la dernière étape, aussi difficile soit-elle, sera
franchie », a assuré le médiateur vendredi dernier.
Ces réformes et cet enthousiasme de Kofi Annan ont suscité
un regain d’espoir auprès de la population kényane qui,
depuis le début de la médiation le 29 janvier dernier, n’a
ressenti aucune avancée tangible de part et d’autre pour
sortir le pays de l’impasse. Aujourd’hui, la question
cruciale concernant le partage de pouvoir reste toujours en
suspens et la résolution du conflit dépend en grande partie
des futures négociations.
La crise politique qui fait rage au Kenya a fait plus de 1
000 morts et environ 300 000 déplacés depuis les dernières
élections contestées par l’opposition. Ce pays réputé pour
être l’un des pays africains les plus stables a fait
resurgir de vieilles tensions sur les plans ethnique et
foncier, restées enfouies depuis son indépendance en 1963.
Lynda
Kartout