Organisation Mondiale du Tourisme.
La réponse aux turbulences économiques et au changement
climatique a été le thème principal de la première
conférence pour le Moyen-Orient et la Méditerranée qui s’est
tenue cette semaine à Charm Al-Cheikh.
L’avenir est aux pays verts
Bien
que le thème essentiel de la conférence régionale de
l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) ait porté sur le
changement climatique et son impact sur l’économie de
tourisme, les circonstances actuelles que vit le monde à
cause de la crise financière ont imposé aux organisateurs
d’inclure cette problématique dans l’ordre du jour.
Nécessité exige donc, surtout avec la présence de ce nombre
très important de responsables haut de gamme du domaine sous
un même toit. Des discussions sur l’impact de la crise sur
le tourisme se sont imposées donc lors de la plupart des
sessions de la conférence sans bien sûr que soit ignoré le
thème essentiel, à savoir celui de l’influence du climat sur
le tourisme.
Le tourisme mondial n’a pas beaucoup célébré les bénéfices
acquis en 2007 avec plus de 903 millions de touristes qui
ont voyagé dans les quatre coins du monde avec un taux
record de plus de 6 % de croissance. Par contre, les
recettes des huit premiers mois de cette année ne sont pas
satisfaisantes. La croissance a registré jusqu’à présent une
augmentation de 3,6 % seulement. « Cette croissance positive
ne va pas durer en 2009, surtout après ce qu’on a touché
dernièrement dans le changement rationnel du comportement
des passagers, notamment les Américains et les Européens qui
ont beaucoup réduit leurs dépenses de voyages en optant pour
des destinations qui leur sont proches et en choisissant
aussi des compagnies aériennes moins chères que celles
traditionnelles », explique Fransisco Friangelli, secrétaire
général de l’OMT. Mais le comportement individuel n’est pas
tout ce qui inquiète dans le domaine du tourisme, mais le
pire est la catastrophe des crédits qui menace les petites
et les moyennes entreprises touristiques, considérées comme
la colonne vertébrale de cette industrie dans le monde
entier. A cet égard, Friangelli a voulu éviter toute
panique. « Il est vrai qu’on est inquiet, mais on n’est pas
du tout effaré. Malgré tout, on est convaincu de la capacité
du secteur de tourisme à affronter cette crise financière
ainsi qu’à alléger ses effets, surtout qu’il a auparavant
gagné plusieurs coup lors du terrorisme, du Sras ou
dernièrement lors de l’épidémie de la grippe aviaire »,
reprend Friangelli. Cet optimisme a certainement ses
raisons. Premièrement, l’augmentation des flux touristiques
venant des marchés émergents qui étaient les moins affectés
par la crise financière. Plus de 40 millions de Chinois ont
voyagé en 2007. Un chiffre qui sera largement dépassé en
2008 et 2009. Deuxièmement, le besoin de voyager et de jouir
de vacances dans les sociétés industrielles est devenu une
nécessité enracinée dans les esprits des gens à un tel point
qu’ils font tout leur possible pour voyager. « Lorsque
j’étais à Londres la semaine dernière pour assister au World
Travel Market, j’ai demandé si les Anglais, un des peuples
les plus affectés par la crise, voyageraient l’année
prochaine, on m’a répondu à l’unanimité par oui, mais par
exemple au lieu de voyager trois ou quatre fois par an, ils
le feront une ou deux fois tout au plus », indique Ahmad
Al-Nahhas, président de l’Union des chambres de tourisme en
Egypte, qui a beaucoup insisté sur le fait qu’il ne faut pas
perdre la raison et toucher aux prix. « Celui qui a
l’intention de visiter l’Egypte ne changera pas d’avis,
surtout que les prix sont raisonnables voire très modérés si
l’on songe à la qualité des services et des atouts
touristiques », ajoute-t-il.
En fait, le concept de casser les prix des voyages a pris
une grande part des discussions à cette conférence, puisque
dans des grands pays comme l’Espagne et la France, les prix
ont baissé pour attirer plus de touristes. Quant à l’Afrique
du Sud, elle n’a pas baissé ses prix. « Au temps des crises,
il ne faut pas baisser les prix parce qu’au contraire, le
touriste réfléchit mille et une fois avant d’aller à un
voyage à bas prix. Il a peur de failles dans les normes de
sécurité et de la qualité du service présenté si le prix est
médiocre. Ce qu’on doit faire en temps de crise, c’est de
maintenir notre campagne publicitaire qui doit être
constante et permanente dans tous les marchés, même ceux qui
souffrent d’une forte crise », assure Anita Mendiratta,
experte de campagnes touristiques à CNN.
Le tourisme et le changement climatique
Mais qu’en est-il du thème principal ? « La crise financière
qui envahit le monde entier ne doit pas nous faire oublier
une des préoccupations les plus importantes même si c’est à
long terme : le changement climatique qui pourrait lui aussi
avoir un effet négatif sur le tourisme », explique Frangelli.
L’attraction que représente une destination touristique est
le résultat de nombreux facteurs. Patrimoine, paysage,
accessibilité, convivialité et qualité de l’offre
touristique dessinent la spécificité de chaque destination.
Le climat est directement ou indirectement lié à ces
facteurs. « C’est d’abord au soleil ou à la pluie que le
touriste pense, mais au-delà le climat influe sur
l’existence et la qualité des ressources sur lesquelles le
tourisme s’appuie : le soleil rayonnant en Egypte par
exemple, la présence de neige en hiver en moyenne montagne
en France, la quantité d’eau présente dans les cours d’eau
pour les activités sportives en Espagne. Le changement
climatique qui s’annonce et qui est devenu dans une certaine
mesure inévitable est susceptible de bouleverser les données
du tourisme », explique Tierry De Lacy, professeur à
l’Université de Victoria en Australie.
« On a déjà commencé en 2003, lors de l’organisation de la
première conférence pour le changement climatique à Djerba
en Tunisie, de sensibiliser les gens au danger du changement
climatique. Les responsables de ce domaine doivent œuvrer à
le diminuer, surtout que les activités touristiques, et
notamment le transport, causent plus de 2 % des émissions de
dioxyde de carbone dans le monde », explique Geoffrey
Lipmann, secrétaire général adjoint à l’OMT. Pour améliorer
la situation, l’OMT lance un programme qui consiste à
encourager les professionnels du tourisme, notamment les
transporteurs, les hôteliers et les voyagistes, à faire
évoluer leurs activités et à utiliser des techniques et une
logistique plus propres et plus économes en énergie afin de
minimiser le plus que possible leur contribution au
changement climatique. Autres propositions : inviter les
gouvernements à encourager le recours aux sources d’énergie
renouvelables dans les entreprises et les activités de
tourisme et de transport, en apportant une assistance
technique et en offrant des avantages fiscaux et d’autres.
Il faut aussi responsabiliser les touristes en matière de
préservation de l’environnement et ceci en encourageant les
associations de consommateurs, les entreprises et les médias
à sensibiliser les consommateurs dans les destinations et
sur les marchés émetteurs, afin de modifier leur
comportement et qu’en matière de tourisme, de faire des
choix nuisant moins au climat. « Ceci sera très utile au
développement du tourisme dans les pays qui respectent les
normes écologiques, puisque dans dix ans, les touristes ne
demanderont paysage, divertissement et qualité de service
seulement, mais opteront plus pour les pays appelés pays
verts ».
Dalia
Farouk