Double discours et souffrance
Hassan Abou-Taleb
Les
nouvelles sur la Palestine et ses habitants suscitent plus de problématiques et
d’interrogations qu’elles ne présentent de solutions à un vécu douloureux et à
une division aiguë qui paraît parfois comme un inévitable destin. A chaque fois
qu’une partie fait une proposition pour sortir de la spirale de la division et
de l’embargo, un obstacle juridique et pratique rend impossible sa
concrétisation sur le terrain. Cependant, la plupart du temps, les
justifications semblent fragiles et sont une simple couverture pour la
consécration du statu quo avec toute la souffrance qui en découle et la perte
des droits.
Certains
observateurs attentifs sur les événements en Palestine occupée et divisée sur
elle-même sont pris dans un tourbillon de désarroi, faute de compréhension. Même
si les indices actuels affirment que la poursuite du statu quo actuel
n’entraîne aucune issue à qui que ce soit et ne représente aucune victoire à
aucune partie. Tout le monde est perdant et tout le monde est responsable. Les
dirigeants actuels ne font que compliquer la situation non seulement pour les
générations actuelles, mais également pour les prochaines générations. Et ceci
s’applique aux tenants du discours révolutionnaire radical et au discours de
l’aile modérée. A cause de cet écart énorme séparant les deux discours, la
cause palestinienne perdurera. Malheureusement, les Palestiniens ne saisissent
pas les occasions que leur présentent des parties honnêtes comme l’Egypte qui
s’entête à assurer son rôle de réconciliateur entre les frères palestiniens
ennemis malgré les circonstances qui s’érigent en obstacle devant elle.
Le
président palestinien Mahmoud Abbass (Abou-Mazen) a déclaré récemment que la
solution réside entre deux choix. Le premier, qui constitue l’essence du papier
de la réconciliation arabe, c’est d’engager un dialogue palestinien qui se
soldera par une entente et en vertu duquel sera définie la formation du
gouvernement. Le deuxième choix c’est l’appel à la tenue d’élections
prématurées présidentielles et législatives au début de l’année prochaine. La
proposition d’Abou-Mazen semble être une dernière tentative pour éviter que la
cause et l’Autorité palestiniennes ne se trouvent entraînées dans les méandres
de la confusion et du démantèlement institutionnel après le 9 janvier prochain,
qui est l’échéance du mandat d’Abou-Mazen. Après cette date, les Palestiniens
ignoreront la manière adéquate de choisir le prochain chef de l’Autorité qui
sera leur porte-parole et le défenseur de leur cause.
La
surenchère et la tergiversation sont l’essence de la politique. C’est une règle
que tout le monde connaît bien, même le Hamas qui regarde les choses d’un œil
tout à fait différent. Sans hésitation ni méditation, le mouvement a rapidement
refusé l’offre d’Abou-Mazen et a suspecté son intégrité politique. Il y a vu
une simple manœuvre pour la prorogation du mandat de Mahmoud Abbass. Il affirme
que juridiquement parlant, la proposition est rejetée parce que la loi
fondamentale de l’Autorité palestinienne détermine 4 ans pour chaque mandat
présidentiel.
La
position de l’Autorité est caractérisée par la faiblesse et la fragilité
parfois et par la soumission à des calculs factionnels comme cela s’est produit
deux jours avant la réunion de la réconciliation palestinienne à laquelle a
appelé l’Egypte. Et ceci lorsqu’il a été décidé l’assassinat d’un certain
nombre de membres du Hamas en Cisjordanie, ce qui a empoisonné le climat du
dialogue. Vu l’incapacité de parvenir à un terrain d’entente au cours de
négociations ayant duré plus d’un an et demi, ou à annuler un point de passage
israélien, ou bien à empêcher des ingérences israéliennes dans les villes
palestiniennes, ou encore à libérer un quelconque prisonnier palestinien, la
position du Hamas est devenue aussi fragile que les discours révolutionnaires. Probablement
ce qui caractérise le plus ce discours est le fait qu’il soit un amalgame entre
la loi et la réalité vécue et le discours religieux et le maintien de
l’autorité en Cisjordanie. Il existe, entre tout ce lexique comme on le
constate, une contradiction du point de vue concept, sens et comportement. Ceci
vient refléter la surréalité de la scène palestinienne.
A
Damas, en marge du colloque des sommets arabes et l’avenir de la solidarité arabe
qui s’est tenu à la fin du mois de septembre dernier, j’ai eu l’occasion de
rencontrer Khaled Méchaal, président du bureau politique du Hamas à Damas, en
présence de trois autres dirigeants dont Abou-Moussa Marzouk, membre du bureau
politique du mouvement.
De
nombreuses interrogations ont été suscitées autour de la position du Hamas sur
le dialogue et la réconciliation totale, sur les suspicions qui planent autour
de la légitimité du mandat présidentiel d’Abou-Mazen après le 9 janvier
prochain. En réalité, les réponses de Khaled Méchaal laissaient entendre que le
Hamas n’était pas prêt au principe même de la réconciliation globale, mais
qu’il voulait imposer ses propres conditions. Les déclarations de Méchaal à ce
moment-là ont justifié la position ultérieure du Hamas qui s’est abstenu des
sessions du dialogue palestinien tenues le 9 novembre dernier et qui ont valu à
l’Egypte des préparatifs de 6 mois. L’homme avait affiché sa disposition à la
réconciliation et avait dit que chaque mesure entreprise par Abou-Mazen
trouverait un écho auprès du Hamas. Mais il avait néanmoins estimé que la
question de la participation des factions n’était pas une mission facile et que
la rencontre devait être bilatérale entre le Hamas et le Fatah. Et qu’une fois
ils s’entretiendront bilatéralement, ils pourront obtenir l’approbation des
autres factions le plus facilement possible.
Méchaal
a également signalé qu’il n’est pas possible que la situation à Gaza revienne à
ce qu’elle était avant juin 2007, parce que de nouvelles données sont entrées
en jeu. Mais le fait de suspecter la légitimité du président Mahmoud Abbass
peut faire l’objet de discussion avec le Hamas. A mon avis, ceci permettrait de
négocier plusieurs autres questions avec le président de l’Autorité
palestinienne.
Ces
constantes ont été évoquées par les dirigeants du Hamas et sont en
contradiction dans leur essence avec les tentatives égyptiennes visant à
rassembler toutes les factions palestiniennes qui seront disposées à présenter
des concessions. Cependant, il semble que les deux factions essentielles ne
sont pas prêtes à le faire.
Ce
discours enthousiaste refusant pratiquement de s’engager dans une
réconciliation globale est celui-là même qui aspire au marchandage avec la
partie israélienne pour préserver l’accalmie qui est sur le point d’être
sabordée. Pour que cela ait lieu, il faut que les factions cessent de tirer des
missiles à partir de Gaza à destination des colonies israéliennes et qu’Israël
en contrepartie rouvre les points de passage fermés voilà plus de 19 jours. Surtout
que les Palestiniens encerclés à Gaza sont en proie à une famine insupportable
qu’il faudra à tout prix alléger. La question actuellement est la suivante :
pourquoi ne pas penser à une solution qui irait au-delà de l’allégement de leur
souffrance ? En d’autres termes, pourquoi ces dirigeants n’assument-ils pas
leur responsabilité de sortir de l’impasse politique, humanitaire et
stratégique dans laquelle ils se sont embrasés ?