Les Arabes attendent l’invitation
Salama A. Salama
La
vague d’optimisme qui a envahi le monde à la suite de l’élection de Barack Obama alimente encore
l’imagination des hommes politiques et des gens ordinaires dans le monde arabe.
Nombreux sont ceux qui pensent que la nouvelle Administration américaine
produira le changement longtemps attendu, après 8 ans de guerres et de
politiques incompétentes qui ont fermé tous les horizons chez certains peuples.
Pour
un large secteur de citoyens arabes, la personnalité du nouveau président
américain constitue un exemple de complémentarité entre les cultures et les
races. Et ce, à cause de ses racines mélangées, ses origines culturelles et
religieuses variées : blanche, noire, américaine, asiatique et africaine,
musulmane et chrétienne. Ce qui rendrait aux peuples du monde leurs espoirs de
voir régner la justice, la liberté et la prospérité.
Mais
la réalité a toujours prouvé que les rêves étaient une chose et leur
réalisation une toute autre chose. Il s’avère impossible de faire dépendre le
destin du monde et de l’humanité de la sagesse d’une seule personne ou d’un
seul président, quel que soit le nombre de conseillers qui l’entourent. Les
espoirs ne se réalisent que par les efforts et la persistance. C’est-à-dire que
les imaginations trop exagérées doivent retomber sur terre, car ceux qui
parient sur la sagesse, l’intelligence et la modération d’Obama doivent
eux-mêmes prendre des pas obligeant les autres à les traiter comme ils le
méritent.
C’est
ce que l’Europe a vite fait afin d’élaborer une base de relations où Washington
ne détiendra pas seul les rênes de la prise de décision. Et la crise financière
est survenue au bon moment pour redistribuer les rôles et les responsabilités. Surtout
pour réfuter les anciens dires propagés par Rumsfeld à propos de l’ancienne
Europe, et selon lesquels les Etats-Unis se seraient permis de déclencher la
guerre contre l’Iraq et d’installer des bases militaires en République tchèque
et en Pologne sans entrer en consultation avec l’Europe.
En ce
qui nous concerne dans le monde arabe, nous restons en attente de quelqu’un qui
nous inviterait ou qui frapperait à notre porte pour
résoudre nos problèmes. Et comme d’habitude, chaque Etat arabe tentera,
individuellement et sans aucune consultation avec les autres Etats, de trouver
une occasion pour renforcer ses relations avec la nouvelle Administration ou de
se tracer un chemin qui l’approcherait d’Obama ou du cercle de ses conseillers,
nouveaux ou hérités de l’ère de Clinton.
Après
8 ans de tergiversation avec l’Administration Bush, au cours desquels les
causes arabes ont perdu plus que ce qu’elles ont perdu
avec n’importe quelle autre Administration américaine, il semble nécessaire que
les Arabes se mettent d’accord sur une position unie et claire. Cette position
devra être annoncée à Obama et à son Administration de façon collective et
individuelle.
Aujourd’hui,
rien n’est plus dangereux que les divisions palestiniennes et les conflits qui
se déroulent entre le Fatah et le Hamas, sans dispenser les Etats arabes de la
responsabilité de leur échec à résoudre cette crise et parfois même de la
responsabilité de son aggravation.
L’administration
Bush a réussi avec la coopération d’Israël à produire cette fissure profonde
dans la cause palestinienne. Et quand les présidents arabes partiront à la
rencontre d’Obama et de Hillary Clinton, il se peut qu’ils ne trouvent devant
eux que Bush et Condoleezza Rice.