Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy ; Une rencontre originale avec Rahimi
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Opinion

Une rencontre originale avec Rahimi

Mohamed Salmawy 

J’ai cherché l’écrivain afghan Atiq Rahimi au célèbre Salon du livre de Montréal, rendez-vous d’un grand nombre d’écrivains d’origine canadienne, et d’autres venus des 4 coins du monde, surtout celui de la francophonie. Cette année, j’étais l’invité d’honneur du Salon du livre et j’ai été occupé par les rencontres, les colloques et les séances de dédicace, c’est pourquoi je n’ai pas eu le temps de rencontrer Rahimi.

Le nom de atiq rahimi, âgé de 46 ans, avait retenti récemment après qu’il eut obtenu le prestigieux prix français Goncourt pour son premier roman Syngué sabour (Pierre de patience). Il a d’ailleurs insisté à préserver son titre afghan Syngué sabour bien qu’il ait été écrit en français. Il raconte l’histoire d’une épouse qui vit dans son pays déchiré et dévasté par la guerre, sans préciser pour autant qu’il s’agit de l’Afghanistan. Le roman se cantonne à un monologue unilatéral de la part d’une épouse à son mari qui a été atteint par une balle à l’arrière de sa tête et qui fut en proie à un profond coma qui l’a totalement paralysé. Telle une pierre muette écoutant l’histoire de la vie de son épouse qu’il ne connaissait pas. Elle lui raconte les secrets de son enfance, puis de son adolescence, lorsque son père la força à épouser son mari qui était sévère avec elle, mais elle a réussi malgré ce trait de caractère à l’aimer et à mettre deux filles au monde.

Les avis en France étaient contradictoires sur le roman primé de cette année. Un grand nombre a fait l’éloge du livre, mais d’autres ont vu qu’il était écrit dans un style français simpliste. Le roman a obtenu le prix avec 7 voix contre 3 pour Michel Le Bris et son livre La beauté du monde. Pour reprendre les propos publiés dans Le Journal de Genève, le comité du prix a voulu décerner cette année le prix au tiers-monde pour avoir bonne conscience. Un prétexte que nous entendons souvent à chaque fois qu’un écrivain du tiers-monde remporte un prix, comme si cette partie du monde ne méritait pas de prix que pour des raisons politiques.

A 2h du matin, deux jours avant la clôture du Salon du livre et alors que tous les participants étaient dans leur chambre à l’hôtel Hilton à proximité de la foire, l’alarme de l’incendie retentit dans toutes les chambres, entrecoupée d’appels appelant les clients à descendre immédiatement en prenant les escaliers et non pas l’ascenseur. Au début, je pensais à une expérience de routine arrivant souvent à l’étranger. Mais l’alarme a perduré durant plus de 10 minutes, ce qui m’a poussé à appeler la réception leur demandant si ce dérangement allait durer longtemps. Je leur ai dit que j’avais un rendez-vous de bonne heure le lendemain, et que je n’arrivais pas à dormir. Le réceptionniste fut étonné parce que j’étais toujours dans ma chambre. Il m’informa que les clients avaient déjà quitté leurs chambres. Je suis alors descendu rapidement huit étages à pied, jusqu’à ce qu’à l’entrée de l’hôtel, l’un des fonctionnaires m’ait amené avec d’autres clients dans un lieu pour les urgences, où nous sommes restés pliés à cause du froid cinglant qui sifflait à l’extérieur. Surtout que le degré de température était de moins 3 et que la neige avait commencé à couvrir les rues de Montréal.

Dans ce sous-sol, je rencontrai de nombreux écrivains que j’avais déjà vus dans le salon. Certains d’entre eux étaient descendus habillés de leurs vêtements de nuit dès qu’ils entendirent retentir l’alarme. D’autres ont eu simplement le temps de porter leurs peignoirs et quelques-uns étaient à demi-nus ou pieds nus. A ce moment-là, je rencontrai l’éditeur René Bonanfant, président de la foire, ainsi que le poète français Jacques Salomé qui a obtenu le lendemain un prix pour son livre A qui ferais-je de la peine si j’étais moi-même.

Je croyais être le dernier venu et je fus surpris de voir arriver une personne habillée au complet avec un foulard autour du cou et un chapeau. En le scrutant du regard, je découvris que c’était Atiq Rahimi, qui m’a reconnu en s’acclamant : Vous êtes Mohamed Salmawy, l’invité d’honneur du salon, j’ai lu votre entretien journalistique publié aujourd’hui.

Nous sommes tous restés enfermés pendant 4 longues heures, jusqu’à ce que les ambulanciers aient pu contrôler l’incendie qui avait éclaté dans la cuisine de l’hôtel. Rahimi m’a alors dit en me faisant ses adieux : Je sens qu’il y a un lien étroit entre nous. Nous avons vécu ensemble une expérience difficile qui ressemble à celle que vivent ceux qui mènent une guerre ensemble.

Avant qu’on ne soit libérés, nous avions échangé nos adresses et nos numéros de téléphone. Rahimi m’a informé que Syngué sabour n’était pas son premier roman et qu’il avait écrit deux autres en afghan et non pas en français avant le roman primé. Je lui ai demandé des nouvelles à propos de son prochain roman. Il m’informa qu’il partirait le lendemain pour l’Inde afin de réaliser un film adapté à partir d’un roman de Tagore. D’après lui, on ne peut pas terminer un roman pour en commencer immédiatement un autre. Il m’a également dit qu’il était invité au Salon du livre du Caire, mais qu’il ne savait pas encore si son emploi de temps le permettrait.

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