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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Iraq. Le référendum en juillet prochain, décidé par le Parlement sur l’accord de sécurité avec les Etats-Unis, place la prochaine Administration américaine devant une inconnue politique de taille.

Un retrait à risque

Salué par la plupart des protagonistes iraqiens et par l’Administration du président George W. Bush, l’accord de sécurité prévoyant le retrait américain d’ici fin 2011 marque un pas important vers la fin de l’occupation américaine de l’Iraq, après plus de cinq années de guerre et près d’un an de négociations sur les conditions du maintien des soldats américains.

Mais le Parlement iraqien a réservé des surprises aux Etats-Unis en réclamant, après avoir approuvé l’accord, un référendum populaire pour l’avaliser. Cette consultation aurait lieu le 30 juillet et demanderait aux Iraqiens ce qu’ils pensent de l’accord six mois après son entrée en vigueur, selon le conseiller iraqien à la Sécurité nationale, Mouaffak Al-Roubaïe. L’accord négocié entre l’Administration Bush et le gouvernement iraqien pourrait ainsi être remis en cause, quelques mois après que le nouveau président américain, Barack Obama, aura repris l’affaire iraqienne des mains de George W. Bush.

En l’état actuel, l’accord stipule que tous les soldats américains auront quitté l’Iraq d’ici à fin 2011, quelle que soit la situation sur le terrain. Il impose une date limite de retrait que M. Bush a refusée pendant des mois. Mais au moins, M. Bush pouvait-il faire valoir que M. Obama avait environ trois ans pour se retourner et mettre fin à une guerre, que deux Américains sur trois continuent à désapprouver selon les sondages. M. Obama a promis, pendant sa campagne électorale, de faire rentrer le gros des soldats en 16 mois, d’ici à l’été 2010. C’est a priori ce qu’il pourrait avoir à faire effectivement si les Iraqiens disaient non en juillet 2009. Car les termes de l’accord stipulent que celui-ci peut être dénoncé à tout moment, avec un an de préavis, ce qui renverrait précisément à l’été 2010.

La secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, et la Maison Blanche ont minimisé la portée du référendum. « En aucun cas cela ne pourra retarder la mise en œuvre » de l’accord au 1er janvier, a dit Mme Rice. Mais ce référendum créerait une incertitude politique potentiellement dangereuse, surtout dans une période proche des prochaines élections provinciales en Iraq, prévues fin janvier. « Les conséquences possibles d’un tel référendum ne sont pas claires, mais pourraient bien compliquer un retrait en douceur », a noté le centre de réflexion américain du National Security Network. Ce centre redoute que les Iraniens ou les Sadristes n’en profitent pour troubler le jeu. M. Obama devra « avoir des plans de secours s’ils (les Iraqiens) rejettent » l’accord, a dit Michael E. O’Hanlon, expert à l’Institution Brookings, qui se garde bien de prédire l’issue du référendum.

Toujours est-il que M. Bush, après avoir ordonné il y a plus de cinq ans l’invasion de l’Iraq, peut désormais se targuer de quitter la Maison Blanche fort d’une date fixant à trois ans la fin de la guerre, bien que le président sortant se soit longtemps opposé à l’établissement d’un calendrier précis. Mais il reviendra au président élu Barack Obama, opposé au déclenchement de la guerre en Iraq, de superviser ce retrait et d’en fixer les modalités.

Le texte de l’accord prévoit notamment que « toutes les forces américaines », actuellement au nombre de 146 000 et réparties sur plus de 30 bases à travers le pays, « devront avoir quitté le territoire iraqien le 31 décembre 2011 au plus tard ». Fin juin 2009 au plus tard, toutes les forces de combat américaines devront s’être retirées des villes, villages et localités d’Iraq.

Or, M. Obama a promis pendant de faire rentrer le gros des soldats d’ici à l’été 2010, soit plus rapidement que prévu par l’accord entre Washington et Bagdad. Il devra donc décider de s’en tenir au calendrier négocié, ou d’accélérer le mouvement, alors qu’il a promis d’envoyer des renforts massifs en Afghanistan dès que possible, pour y enrayer une insurrection en montée de puissance.

De l’avis de nombre de militaires et d’experts américains, la dernière option constitue toutefois un choix périlleux en matière de sécurité, qui pourrait se dégrader en cas de retrait précipité, et complexe en termes logistiques, alors que des dizaines de milliers de pièces d’équipement doivent être rapatriées. Le chef d’état-major américain, l’amiral Michael Mullen, a récemment prévenu qu’un retrait en trois ans était « faisable », tout en montrant des réserves quant à un calendrier de 16 mois. « Nous avons quelque 150 000 hommes en Iraq. Nous avons de nombreuses bases. Nous avons énormément d’équipement sur place. Et clairement, nous voudrions (effectuer le retrait) en toute sécurité », a-t-il déclaré.

Mais le futur occupant de la Maison Blanche pourrait bien être obligé de respecter sa promesse de campagne.

Maliki renforce sa position

Si le référendum de juillet place la prochaine Administration américaine devant une inconnue de taille, l’accord de sécurité lui-même renforce l’autorité du premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, qui a franchi une étape dans sa quête de stature d’homme d’Etat en obtenant la ratification par le Parlement de l’accord controversé avec les Etats-Unis. « Son objectif est d’apparaître comme un homme d’Etat intransigeant y compris avec ses alliés puissants, comme les Kurdes, ou avec ses protecteurs, les Américains », affirme Hosham Dawood, spécialiste de l’Iraq au Centre national de la recherche scientifique français. C’est donc sur ce registre qu’a joué ces derniers mois cet homme de 59 ans, choisi comme premier ministre par défaut en mai 2006. « Pour survivre, Maliki devait éviter d’être dépeint comme une marionnette des Américains et avec cet accord de retrait (des soldats américains) il peut apparaître comme un héros de l’indépendance nationale », estime Juan Cole, professeur d’histoire de l’Université de Michigan aux Etats-Unis.

Le premier ministre a rejeté la première puis la deuxième copie du projet, clamé qu’on ne lui forcerait pas la main, présenté 110 modifications et en a changé au passage l’intitulé en « Accord sur le retrait des troupes étrangères ». Pour Hamid Hassan, politologue à l’Université de Bagdad, « cet accord avec les Etats-Unis renforce considérablement la position de M. Maliki qui va désormais se concentrer sur les élections provinciales » du 31 janvier. Le premier ministre devrait utiliser ses succès et en particulier cet accord face à ses rivaux chiites : le courant du chef radical Moqtada Sadr et le Conseil Suprême Islamique en Iraq (CSII) d’Abdel-Aziz Al-Hakim. Le premier ministre dirigerait une liste intitulée « l’alliance pour l’Etat de droit », qui sera présente dans toutes les provinces.

Pourtant, il y 15 mois, tout le monde le croyait fini. Membre du parti chiite Dawa, revenu en Iraq en 2003 après un exil en Iran et surtout en Syrie, M. Maliki est devenu premier ministre à l’apogée des dissensions confessionnelles, et au moment où les milices chiites et sunnites tenaient le haut du pavé face à des forces armées iraqiennes anémiques. « A l’été 2007, il avait perdu la confiance de tous. Réussir aujourd’hui à faire adopter une loi aussi controversée par le Parlement est un vrai triomphe et montre qu’il a pris de l’étoffe », assure M. Cole.

Car dans ce tableau rouge sang, il a bénéficié d’un concours de circonstances favorables : la réussite du plan de sécurité de Bagdad lancé en février 2007 et le rejet d’Al-Qaëda par les tribus sunnites qui ont créé des milices anti-djihadistes. Son coup de génie a été la bataille de Bassorah, en mars 2008, contre une milice de sa confession : il a croisé le fer avec l’Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr jusque dans son bastion de Sadr City. Ce fait d’armes lui a permis d’élargir sa popularité hors de sa communauté, et son nom a même été acclamé par les tribus sunnites de Tikrit, région natale de Saddam Hussein. Populaire, M. Maliki l’est sûrement, mais pour réussir il doit élargir sa base politique. A la tête d’un petit parti (Dawa), il essaie de créer une dynamique autour de sa personne. Pour cela, il cherche à obtenir le soutien des tribus, des technocrates, des classes moyennes, des habitants de grandes villes, voire des Arabes sunnites dans les zones disputées avec les Kurdes. Avec les tribus, il glorifie leur rôle de défense du pays, avec les technocrates, il insiste sur le renforcement de l’Etat central et, vis-à-vis des Arabes, sunnites comme chiites, il assure qu’il ne laissera pas les Kurdes obtenir plus que ce à quoi ils ont droit.

Hicham Mourad

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