Iraq.
Le référendum en juillet prochain, décidé par le Parlement
sur l’accord de sécurité avec les Etats-Unis, place la
prochaine Administration américaine devant une inconnue
politique de taille.
Un retrait à risque
Salué
par la plupart des protagonistes iraqiens et par
l’Administration du président George W. Bush, l’accord de
sécurité prévoyant le retrait américain d’ici fin 2011
marque un pas important vers la fin de l’occupation
américaine de l’Iraq, après plus de cinq années de guerre et
près d’un an de négociations sur les conditions du maintien
des soldats américains.
Mais le Parlement iraqien a réservé des surprises aux
Etats-Unis en réclamant, après avoir approuvé l’accord, un
référendum populaire pour l’avaliser. Cette consultation
aurait lieu le 30 juillet et demanderait aux Iraqiens ce
qu’ils pensent de l’accord six mois après son entrée en
vigueur, selon le conseiller iraqien à la Sécurité
nationale, Mouaffak Al-Roubaïe. L’accord négocié entre
l’Administration Bush et le gouvernement iraqien pourrait
ainsi être remis en cause, quelques mois après que le
nouveau président américain, Barack Obama, aura repris
l’affaire iraqienne des mains de George W. Bush.
En l’état actuel, l’accord stipule que tous les soldats
américains auront quitté l’Iraq d’ici à fin 2011, quelle que
soit la situation sur le terrain. Il impose une date limite
de retrait que M. Bush a refusée pendant des mois. Mais au
moins, M. Bush pouvait-il faire valoir que M. Obama avait
environ trois ans pour se retourner et mettre fin à une
guerre, que deux Américains sur trois continuent à
désapprouver selon les sondages. M. Obama a promis, pendant
sa campagne électorale, de faire rentrer le gros des soldats
en 16 mois, d’ici à l’été 2010. C’est a priori ce qu’il
pourrait avoir à faire effectivement si les Iraqiens
disaient non en juillet 2009. Car les termes de l’accord
stipulent que celui-ci peut être dénoncé à tout moment, avec
un an de préavis, ce qui renverrait précisément à l’été
2010.
La secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, et la Maison Blanche
ont minimisé la portée du référendum. « En aucun cas cela ne
pourra retarder la mise en œuvre » de l’accord au 1er
janvier, a dit Mme Rice. Mais ce référendum créerait une
incertitude politique potentiellement dangereuse, surtout
dans une période proche des prochaines élections
provinciales en Iraq, prévues fin janvier. « Les
conséquences possibles d’un tel référendum ne sont pas
claires, mais pourraient bien compliquer un retrait en
douceur », a noté le centre de réflexion américain du
National Security Network. Ce centre redoute que les
Iraniens ou les Sadristes n’en profitent pour troubler le
jeu. M. Obama devra « avoir des plans de secours s’ils (les
Iraqiens) rejettent » l’accord, a dit Michael E. O’Hanlon,
expert à l’Institution Brookings, qui se garde bien de
prédire l’issue du référendum.
Toujours est-il que M. Bush, après avoir ordonné il y a plus
de cinq ans l’invasion de l’Iraq, peut désormais se targuer
de quitter la Maison Blanche fort d’une date fixant à trois
ans la fin de la guerre, bien que le président sortant se
soit longtemps opposé à l’établissement d’un calendrier
précis. Mais il reviendra au président élu Barack Obama,
opposé au déclenchement de la guerre en Iraq, de superviser
ce retrait et d’en fixer les modalités.
Le texte de l’accord prévoit notamment que « toutes les
forces américaines », actuellement au nombre de 146 000 et
réparties sur plus de 30 bases à travers le pays, « devront
avoir quitté le territoire iraqien le 31 décembre 2011 au
plus tard ». Fin juin 2009 au plus tard, toutes les forces
de combat américaines devront s’être retirées des villes,
villages et localités d’Iraq.
Or, M. Obama a promis pendant de faire rentrer le gros des
soldats d’ici à l’été 2010, soit plus rapidement que prévu
par l’accord entre Washington et Bagdad. Il devra donc
décider de s’en tenir au calendrier négocié, ou d’accélérer
le mouvement, alors qu’il a promis d’envoyer des renforts
massifs en Afghanistan dès que possible, pour y enrayer une
insurrection en montée de puissance.
De l’avis de nombre de militaires et d’experts américains,
la dernière option constitue toutefois un choix périlleux en
matière de sécurité, qui pourrait se dégrader en cas de
retrait précipité, et complexe en termes logistiques, alors
que des dizaines de milliers de pièces d’équipement doivent
être rapatriées. Le chef d’état-major américain, l’amiral
Michael Mullen, a récemment prévenu qu’un retrait en trois
ans était « faisable », tout en montrant des réserves quant
à un calendrier de 16 mois. « Nous avons quelque 150 000
hommes en Iraq. Nous avons de nombreuses bases. Nous avons
énormément d’équipement sur place. Et clairement, nous
voudrions (effectuer le retrait) en toute sécurité », a-t-il
déclaré.
Mais le futur occupant de la Maison Blanche pourrait bien
être obligé de respecter sa promesse de campagne.
Maliki renforce sa position
Si le référendum de juillet place la prochaine
Administration américaine devant une inconnue de taille,
l’accord de sécurité lui-même renforce l’autorité du premier
ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, qui a franchi une étape
dans sa quête de stature d’homme d’Etat en obtenant la
ratification par le Parlement de l’accord controversé avec
les Etats-Unis. « Son objectif est d’apparaître comme un
homme d’Etat intransigeant y compris avec ses alliés
puissants, comme les Kurdes, ou avec ses protecteurs, les
Américains », affirme Hosham Dawood, spécialiste de l’Iraq
au Centre national de la recherche scientifique français.
C’est donc sur ce registre qu’a joué ces derniers mois cet
homme de 59 ans, choisi comme premier ministre par défaut en
mai 2006. « Pour survivre, Maliki devait éviter d’être
dépeint comme une marionnette des Américains et avec cet
accord de retrait (des soldats américains) il peut
apparaître comme un héros de l’indépendance nationale »,
estime Juan Cole, professeur d’histoire de l’Université de
Michigan aux Etats-Unis.
Le premier ministre a rejeté la première puis la deuxième
copie du projet, clamé qu’on ne lui forcerait pas la main,
présenté 110 modifications et en a changé au passage
l’intitulé en « Accord sur le retrait des troupes étrangères
». Pour Hamid Hassan, politologue à l’Université de Bagdad,
« cet accord avec les Etats-Unis renforce considérablement
la position de M. Maliki qui va désormais se concentrer sur
les élections provinciales » du 31 janvier. Le premier
ministre devrait utiliser ses succès et en particulier cet
accord face à ses rivaux chiites : le courant du chef
radical Moqtada Sadr et le Conseil Suprême Islamique en Iraq
(CSII) d’Abdel-Aziz Al-Hakim. Le premier ministre dirigerait
une liste intitulée « l’alliance pour l’Etat de droit », qui
sera présente dans toutes les provinces.
Pourtant, il y 15 mois, tout le monde le croyait fini.
Membre du parti chiite Dawa, revenu en Iraq en 2003 après un
exil en Iran et surtout en Syrie, M. Maliki est devenu
premier ministre à l’apogée des dissensions
confessionnelles, et au moment où les milices chiites et
sunnites tenaient le haut du pavé face à des forces armées
iraqiennes anémiques. « A l’été 2007, il avait perdu la
confiance de tous. Réussir aujourd’hui à faire adopter une
loi aussi controversée par le Parlement est un vrai triomphe
et montre qu’il a pris de l’étoffe », assure M. Cole.
Car dans ce tableau rouge sang, il a bénéficié d’un concours
de circonstances favorables : la réussite du plan de
sécurité de Bagdad lancé en février 2007 et le rejet
d’Al-Qaëda par les tribus sunnites qui ont créé des milices
anti-djihadistes. Son coup de génie a été la bataille de
Bassorah, en mars 2008, contre une milice de sa confession :
il a croisé le fer avec l’Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr
jusque dans son bastion de Sadr City. Ce fait d’armes lui a
permis d’élargir sa popularité hors de sa communauté, et son
nom a même été acclamé par les tribus sunnites de Tikrit,
région natale de Saddam Hussein. Populaire, M. Maliki l’est
sûrement, mais pour réussir il doit élargir sa base
politique. A la tête d’un petit parti (Dawa), il essaie de
créer une dynamique autour de sa personne. Pour cela, il
cherche à obtenir le soutien des tribus, des technocrates,
des classes moyennes, des habitants de grandes villes, voire
des Arabes sunnites dans les zones disputées avec les
Kurdes. Avec les tribus, il glorifie leur rôle de défense du
pays, avec les technocrates, il insiste sur le renforcement
de l’Etat central et, vis-à-vis des Arabes, sunnites comme
chiites, il assure qu’il ne laissera pas les Kurdes obtenir
plus que ce à quoi ils ont droit.
Hicham Mourad