Syrie.
Damas restera sans doute pour longtemps à l’ordre du jour de
l’AIEA, de quoi susciter l’inquiétude au monde arabe et
augmenter les tensions dans la région.
Remous sur le nucléaire
Si
damas tente depuis un certain temps de redorer son blason,
de rectifier son image au niveau international et de
normaliser ses relations avec l’Occident, la question du
nucléaire pèse toujours sur ses tentatives et vient
compliquer la donne. Une sorte d’épée de Damoclès qui permet
à l’Occident, avec en tête les Etats-Unis, de harceler la
Syrie et d’y augmenter leurs pressions. Ce qui était le cas
cette semaine. C’est ainsi que la présidence française de
l’Union Européenne (UE) et les Etats-Unis ont affirmé que la
Syrie a « nettoyé » des sites que l’Agence Internationale de
l’Energie Atomique (AIEA) veut inspecter dans le cadre de
son enquête sur des activités nucléaires clandestines
présumées. Washington a même affirmé que Damas recourait à
des « tactiques d’entrave » élaborées par l’Iran.
L’UE a relevé que « la Syrie a procédé à des activités de
terrassement sur les trois autres sites que l’AIEA a demandé
d’inspecter, et cela peu après la demande d’accès de l’AIEA
», a déclaré François-Xavier Deniaud,
représentant la présidence française de l’UE, à la réunion
des 35 pays membres du conseil des gouverneurs de l’agence
onusienne, à Vienne. Son homologue américain, Gregory
Schulte, a évoqué des « preuves
spectaculaires que la Syrie a immédiatement pris des mesures
pour nettoyer les trois sites auxquels l’AIEA avait demandé
accès ». M. Schulte a également
invité Damas à changer d’attitude et à ne pas s’engager dans
une politique de blocage à l’instar de Téhéran. « La Syrie
semble tester jusqu’à présent les tactiques d’entrave (...)
que l’Iran a si finement élaborées », a-t-il ainsi déclaré.
Américains et Européens ont demandé aux Syriens d’expliquer
pourquoi ils ont procédé à des aménagements sur les sites
suspects, d’où ils ont retiré des équipements que les
inspecteurs voulaient voir, comme l’ont révélé des images
satellites. MM. Schulte et
Deniau ont, en outre, enjoint Damas de signer le Protocole
additionnel qui permet davantage d’inspections. « La Syrie
est l’un des Etats qui ont refusé d’adopter le protocole.
Peut-être que nous comprenons maintenant pourquoi », a
encore fait remarquer M. Schulte,
ajoutant : « L’AIEA doit comprendre ce que la Syrie
construisait en secret ». Pour sa part, M.
Deniaud a estimé que les
conclusions initiales de l’AIEA étaient « troublantes » et a
exhorté la Syrie à « coopérer sans réserves » avec l’agence
onusienne.
Dans un rapport diffusé le 19 novembre, les inspecteurs de
l’AIEA ont conclu que le site d’Al-Kibar
possédait des caractéristiques similaires à celles d’un
réacteur nucléaire secret. Dans son rapport, qui met Damas
sous pression, l’AIEA note que les « caractéristiques » du
bâtiment de Dair
Alzour, ajoutées aux capacités
de pompage d’eau attenantes, « sont similaires à ce que l’on
pourrait trouver en relation avec un site de réacteur »
nucléaire.
L’agence affirme par ailleurs que les échantillons de sols
prélevés sur place par ses inspecteurs ont révélé « un grand
nombre de particules d’uranium artificiel », issus d’un
traitement chimique (mais pas de l’uranium enrichi). La
Syrie a affirmé que cet uranium provenait des missiles
israéliens qui se sont abattus sur l’installation. L’AIEA a
demandé à Israël de fournir des éléments de réponse à ce
sujet.
L’incertitude
Toutefois, l’AIEA s’est dit incapable de tirer une
conclusion définitive, sans une plus grande coopération des
autorités syriennes et la visite des trois autres sites
sensibles. Selon un diplomate occidental, le dossier syrien
devrait à nouveau figurer à l’ordre du jour de la prochaine
réunion de l’exécutif de l’AIEA prévue en mars, sur la base
d’un nouveau rapport que réalisera l’agence.
Les discussions sur la Syrie à Vienne ont donné lieu à des
échanges très tendus entre le directeur de l’AIEA, Mohamad
Al-Baradei, et des pays
occidentaux, en premier lieu les Etats-Unis, qui le taxent
de vouloir minimiser l’ampleur des soupçons pesant sur
Damas.
M. Al-Baradei, comme il l’a déjà
fait par le passé à propos des activités nucléaires de
l’Iran, craint la manipulation des données issues du
renseignement — en invoquant le cas iraqien — et s’insurge
contre l’utilisation de l’option militaire par Israël. Il
demande que l’agence puisse recevoir plus d’informations des
Etats qui en disposent. Contre l’avis des Occidentaux, mais
avec le soutien des pays non-alignés, il a en outre obtenu
que la Syrie puisse bénéficier d’une « coopération technique
» de l’AIEA dans le domaine du nucléaire civil, en dépit de
l’enquête qui la vise.
Loin des accusations occidentales et surtout américaines, il
est peu probable que la Syrie soit sur le chemin de
l’acquisition de l’arme nucléaire et ce pour plusieurs
raisons. Primo l’industrie nucléaire exige des budgets assez
colossaux, ce qui fait défaut au régime syrien qui ne reçoit
aucune aide étrangère depuis deux décennies. Secundo, le
niveau scientifique des instituts de recherche n’est pas à
même d’aider le pays à promouvoir ce genre d’arme. Tertio,
le potentiel humain syrien, pour qualifié qu’il soit dans ce
domaine, vit majoritairement à l’étranger. Il s’agit donc de
fomenter ces accusations pour faire croire qu’Israël est
menacé par son voisin et pour justifier sa possession pour
l’arme nucléaire et toute attaque militaire possible contre
Damas. Le fantôme d’un Iraq soi-disant possesseur d’armes de
destruction massive est là pour le rappeler.
Rania
Adel