Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Remous sur le nucléaire
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Syrie. Damas restera sans doute pour longtemps à l’ordre du jour de l’AIEA, de quoi susciter l’inquiétude au monde arabe et augmenter les tensions dans la région.

Remous sur le nucléaire

Si damas tente depuis un certain temps de redorer son blason, de rectifier son image au niveau international et de normaliser ses relations avec l’Occident, la question du nucléaire pèse toujours sur ses tentatives et vient compliquer la donne. Une sorte d’épée de Damoclès qui permet à l’Occident, avec en tête les Etats-Unis, de harceler la Syrie et d’y augmenter leurs pressions. Ce qui était le cas cette semaine. C’est ainsi que la présidence française de l’Union Européenne (UE) et les Etats-Unis ont affirmé que la Syrie a « nettoyé » des sites que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) veut inspecter dans le cadre de son enquête sur des activités nucléaires clandestines présumées. Washington a même affirmé que Damas recourait à des « tactiques d’entrave » élaborées par l’Iran.

L’UE a relevé que « la Syrie a procédé à des activités de terrassement sur les trois autres sites que l’AIEA a demandé d’inspecter, et cela peu après la demande d’accès de l’AIEA », a déclaré François-Xavier Deniaud, représentant la présidence française de l’UE, à la réunion des 35 pays membres du conseil des gouverneurs de l’agence onusienne, à Vienne. Son homologue américain, Gregory Schulte, a évoqué des « preuves spectaculaires que la Syrie a immédiatement pris des mesures pour nettoyer les trois sites auxquels l’AIEA avait demandé accès ». M. Schulte a également invité Damas à changer d’attitude et à ne pas s’engager dans une politique de blocage à l’instar de Téhéran. « La Syrie semble tester jusqu’à présent les tactiques d’entrave (...) que l’Iran a si finement élaborées », a-t-il ainsi déclaré. Américains et Européens ont demandé aux Syriens d’expliquer pourquoi ils ont procédé à des aménagements sur les sites suspects, d’où ils ont retiré des équipements que les inspecteurs voulaient voir, comme l’ont révélé des images satellites. MM. Schulte et Deniau ont, en outre, enjoint Damas de signer le Protocole additionnel qui permet davantage d’inspections. « La Syrie est l’un des Etats qui ont refusé d’adopter le protocole. Peut-être que nous comprenons maintenant pourquoi », a encore fait remarquer M. Schulte, ajoutant : « L’AIEA doit comprendre ce que la Syrie construisait en secret ». Pour sa part, M. Deniaud a estimé que les conclusions initiales de l’AIEA étaient « troublantes » et a exhorté la Syrie à « coopérer sans réserves » avec l’agence onusienne.

Dans un rapport diffusé le 19 novembre, les inspecteurs de l’AIEA ont conclu que le site d’Al-Kibar possédait des caractéristiques similaires à celles d’un réacteur nucléaire secret. Dans son rapport, qui met Damas sous pression, l’AIEA note que les « caractéristiques » du bâtiment de Dair Alzour, ajoutées aux capacités de pompage d’eau attenantes, « sont similaires à ce que l’on pourrait trouver en relation avec un site de réacteur » nucléaire.

L’agence affirme par ailleurs que les échantillons de sols prélevés sur place par ses inspecteurs ont révélé « un grand nombre de particules d’uranium artificiel », issus d’un traitement chimique (mais pas de l’uranium enrichi). La Syrie a affirmé que cet uranium provenait des missiles israéliens qui se sont abattus sur l’installation. L’AIEA a demandé à Israël de fournir des éléments de réponse à ce sujet.

L’incertitude

Toutefois, l’AIEA s’est dit incapable de tirer une conclusion définitive, sans une plus grande coopération des autorités syriennes et la visite des trois autres sites sensibles. Selon un diplomate occidental, le dossier syrien devrait à nouveau figurer à l’ordre du jour de la prochaine réunion de l’exécutif de l’AIEA prévue en mars, sur la base d’un nouveau rapport que réalisera l’agence.

Les discussions sur la Syrie à Vienne ont donné lieu à des échanges très tendus entre le directeur de l’AIEA, Mohamad Al-Baradei, et des pays occidentaux, en premier lieu les Etats-Unis, qui le taxent de vouloir minimiser l’ampleur des soupçons pesant sur Damas.

M. Al-Baradei, comme il l’a déjà fait par le passé à propos des activités nucléaires de l’Iran, craint la manipulation des données issues du renseignement — en invoquant le cas iraqien — et s’insurge contre l’utilisation de l’option militaire par Israël. Il demande que l’agence puisse recevoir plus d’informations des Etats qui en disposent. Contre l’avis des Occidentaux, mais avec le soutien des pays non-alignés, il a en outre obtenu que la Syrie puisse bénéficier d’une « coopération technique » de l’AIEA dans le domaine du nucléaire civil, en dépit de l’enquête qui la vise.

Loin des accusations occidentales et surtout américaines, il est peu probable que la Syrie soit sur le chemin de l’acquisition de l’arme nucléaire et ce pour plusieurs raisons. Primo l’industrie nucléaire exige des budgets assez colossaux, ce qui fait défaut au régime syrien qui ne reçoit aucune aide étrangère depuis deux décennies. Secundo, le niveau scientifique des instituts de recherche n’est pas à même d’aider le pays à promouvoir ce genre d’arme. Tertio, le potentiel humain syrien, pour qualifié qu’il soit dans ce domaine, vit majoritairement à l’étranger. Il s’agit donc de fomenter ces accusations pour faire croire qu’Israël est menacé par son voisin et pour justifier sa possession pour l’arme nucléaire et toute attaque militaire possible contre Damas. Le fantôme d’un Iraq soi-disant possesseur d’armes de destruction massive est là pour le rappeler.

Rania Adel

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