Palestine.
250 prisonniers palestiniens seront libérés par Israël à
l’occasion du grand Baïram. Un acte qui rapproche encore un
peu Mahmoud Abbass du gouvernement d’Olmert, au détriment du
Hamas.
Un cadeau empoisonné
Il
l’avait promis, c’est chose faite. Le Conseil des ministres
israéliens a ratifié ce dimanche, à treize voix contre cinq,
la libération de 250 prisonniers palestiniens pour le 8
décembre. Mark Regev, porte-parole d’Olmert, parle d’un «
geste de confiance » apparemment habituel, à l’occasion
annuelle du grand Baïram. Il signifie cependant plus qu’une
« bonne vieille coutume » cette année, quoi qu’en dise le
premier ministre israélien.
Cette libération se tient à l’écart de toute négociation
avec le Hamas pour la libération du soldat Gilad Shalit,
prisonnier à Gaza depuis deux ans. Les 250 libérables ne
seront donc choisis que hors des rangs du parti gazaoui, par
une commission spéciale. « Israël doit systématiquement
prendre pour cible le Hamas et les organisations
terroristes, parallèlement au geste envers Abou-Mazen (le
président Abbass) que représentent ces libérations de
prisonniers », a affirmé Tzipi Livni, ministre des Affaires
étrangères.
On ne s’étonnera donc pas que l’Autorité palestinienne se
soit « félicitée de la décision israélienne » en attendant
des libérations numériquement plus significatives. 11 000
Palestiniens sont encore détenus en Israël. Cette « largesse
», accordée de façon magnanime par Israël, fait suite à la
rencontre Olmert/Abbass à Jérusalem le 17 novembre dernier.
Un cadeau qui est loin d’être du goût de tous les ministres
juifs. Eli Yishaï, leader du parti Shass (ultra-orthodoxe)
et ministre de l’Industrie et du Commerce, a déclaré voter
contre ce projet qui amenuiserait la marge de négociation
pour libérer le soldat Shalit. Le Hamas demande pour son
échange 1 400 activistes de ses rangs. D’autres ministres,
même issus de Kadima (parti majoritaire), ont désavoué cette
libération « compromettant la sécurité d’Israël ». Yaakoy
Edery estime que ce genre de faveur n’a pas à être accordée,
alors que l’Etat sioniste « avait fait suffisamment de
gestes en faveur des Palestiniens et n’avait rien obtenu en
retour » … Sauf des roquettes. Huit soldats israéliens sont
actuellement hospitalisés après avoir essuyé des tirs de
mortier dans leur base au sud d’Israël, vendredi dernier. La
presse israélienne elle-même s’insurge contre ces
libérations gratuites de « terroristes » taxant le
gouvernement d’irresponsabilité.
Cette décision, laissant donc de côté une certaine frange de
l’opinion israélienne, ainsi que le Hamas, resserre les
liens entre l’Autorité palestinienne et le tandem Olmert/Livni.
Un rapprochement qui ne laisse pas de surprendre. La
concurrence du parti islamiste a toujours incité le Fatah à
se conduire en bon élève des négociations, jetant ainsi
l’opprobre sur le Hamas. On se rappelle que c’est à la
demande expresse de M. Abbass qu’Israël a cessé de fournir
l’électricité à la bande de Gaza, il y a plus d’un an.
La menace plane sur le Hamas
A l’heure où la réunification palestinienne est plus
sensible que jamais, une libération aussi arbitraire et
partiale n’entraînera pas l’accalmie. Ce qui fait bien
l’affaire de Mahmoud Abbas, qui parle actuellement de
réélections législatives et présidentielles dès janvier
prochain. On devine, au vu des conditions géopolitiques et
humaines de la bande de Gaza, que de telles élections
n’auraient réellement lieu qu’en Cisjordanie, consacrant
définitivement le pouvoir du Fatah. La menace qui pèse sur
le Hamas s’alourdit, notamment depuis le refus de ce dernier
de participer aux négociations du Caire, organisées au début
du mois par le gouvernement égyptien. Sans compter les
récentes rumeurs de la défense israélienne sur la
possibilité d’une manœuvre de grande envergure dans la bande
de Gaza. Matan Vilnai, vice-ministre de la Défense, a
annoncé que les « provocations (du Hamas) ne laissaient pas
beaucoup de choix à Israël », prévoyant de passer outre le
cessez-le-feu négocié par l’Egypte entre son Etat et le
mouvement de résistance islamique. Le jeu conjoint d’Israël
et de Abbass pourrait signer l’arrêt de mort du Hamas,
d’autant plus que ce dernier fait preuve d’une inflexibilité
à toute épreuve. Les 250 libérations d’Olmert sont loin
d’être un signal de paix ou un message de fête pour tous les
Palestiniens.
Vincent Fortin