Al-Ahram Hebdo, Evénement | Les loups de la mer
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Evénement

Canal de Suez. Entre mythologique, imaginaire et réalisme politique cru, la vision qui se fait de la piraterie témoigne de la complexité du phénomène.

Les loups de la mer

« Je vais te dire le vrai du vrai au sujet des gentilshommes de fortune. Ils ont la vie dure et ils risquent la corde ; mais ils mangent et boivent comme des coqs de combat, et quand un voyage est fini ; c’est des centaines de livres qu’ils empochent, et non pas des centaines de milliards ? Presque tous dépensent leur magot à boire du rhum et à tirer de bonnes cordées ; après ça, ils reprennent la mer sans rien que leur chemise sur le dos », R..  L’île au trésor 1883.

Cette citation de l’un des plus célèbres auteurs de romans d’aventure figure dans la présentation d’un ouvrage intitulé Sous le pavillon noir, pirates et flibustiers, éditions La Découverte Gallimard. Il témoigne en fait du caractère très ambigu du pirate dans l’histoire et dans la littérature. En fait dans cette dernière et aussi au cinéma, il y a tout un culte du pirate, qui se présente sous tous les aspects de l’homme le plus cruel au bandit, au grand cœur. Une ambiguïté de la mer et du comportement humain.

De toute façon, les historiens et chercheurs font remonter la piraterie aux temps les plus reculés.

Certains soulignent que la piraterie, c’est l’origine même de la navigation et que dans les temps anciens, pirates et navigateurs étaient deux mots synonymes. La piraterie est liée étroitement aux grands événements de la vie des peuples primitifs, à leurs migrations, à leurs conquêtes, à leurs luttes et aussi à la naissance du commerce et du droit maritimes dans les pays méditerranéens.

Et comme dans beaucoup de formes de représentation humaine, au commencement était la légende. Nous voyons dans Homère que l’on demandait ingénument aux voyageurs inconnus, abordant sur quelque côte, s’ils étaient marchands ou pirates. Thucydide, le grave historien, nous fournira d’abondantes preuves que les Grecs se livraient à la piraterie aussi bien que les barbares. « C’était une profession avouée », souligne un historien, J.M. Sestier, 1880. Que ce soit du côté historique ou légendaire, on voit bien que le commerce et la  navigation se mêlent à toutes sortes d’actes de violence en mer. Sestier raconte ainsi que les vaisseaux phéniciens, chargés de marchandises de l’Assyrie et de l’Egypte, abordaient sur les divers points de la Grèce, et de préférence à Argos qui tenait, à cette époque, le premier rang entre toutes les villes de la contrée hellénique. Un jour que les Phéniciens avaient étalé leur riche cargaison, ils virent arriver sur le rivage un nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait Io, fille du roi Inachus. Ces femmes s’approchèrent des navires pour faire leurs emplettes, et alors, les Phéniciens, s’étant donné le mot, se jetèrent sur elles. Quelques-unes s’échappèrent, mais Io et les autres furent enlevées. Les Phéniciens montèrent aussitôt sur leurs vaisseaux et mirent à la voile pour l’Egypte. Après cela, des Grecs, ayant abordé à Tyr, en Phénicie, enlevèrent Europe, fille du roi. Les récits se suivent et les pirates poursuivent leur évolution. On suit avec intérêt toutes les histoires et d’ailleurs un des derniers succès est un bipack comprenant 2 films : Sindbad, le marin. Dans l’Orient des Mille et une nuits, Sindbad navigue à la recherche de la célèbre île au trésor de Deryabar. En route, il fait la connaissance de l’envoûtante Shireen qui espère se servir de l’aventurier pour mettre la main sur le fabuleux trésor ... Le second c’est Barbe Noire, le pirate. Au XVIIe siècle dans la mer des Caraïbes, Sir Henry Morgan, ancien pirate, a pour mission de détruire Barbe Noire, flibustier des Antilles. Un aventurier, Robert Maynard, essaie d’obtenir une récompense en prouvant que Morgan est toujours de mèche avec les pirates. Des histoires qui sont en fait celles de l’Occident et de l’Orient en pleine navigation.

Les pirates de l’imaginaire qui restent fascinants diffèrent-ils de ceux du réel ? Sans doute oui. On n’aimerait pas se trouver captifs des pirates somaliens ou autres. Voici un récit plutôt réel retransmis par l’AFP : « Il aura fallu cinq minutes vendredi à cinq pirates somaliens, naviguant sur un bateau de pêche, pour prendre le contrôle du Biscaglia, un chimiquier libérien, croisant dans le Golfe d’Aden. Trois marins se sont jetés à l’eau avant d’être sauvés par les marines européennes (...) Un officier de quart apporte quelques précisions : En cinq minutes, les pirates étaient à bord, grâce à une échelle qu’ils transportaient dans leur embarcation » ... Pour dire qu’au fil des siècles, la piraterie a maintenu les mêmes procédés.

Ahmed Loutfi

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