Canal de Suez.
Entre mythologique, imaginaire et réalisme politique cru, la
vision qui se fait de la piraterie témoigne de la complexité
du phénomène.
Les loups de la mer
« Je vais te dire le vrai du vrai au sujet des gentilshommes
de fortune. Ils ont la vie dure et ils risquent la corde ;
mais ils mangent et boivent comme des coqs de combat, et
quand un voyage est fini ; c’est des centaines de livres
qu’ils empochent, et non pas des centaines de milliards ?
Presque tous dépensent leur magot à boire du rhum et à tirer
de bonnes cordées ; après ça, ils reprennent la mer sans
rien que leur chemise sur le dos », R..
L’île au trésor 1883.
Cette citation de l’un des plus célèbres auteurs de romans
d’aventure figure dans la présentation d’un ouvrage intitulé
Sous le pavillon noir, pirates et flibustiers, éditions La
Découverte Gallimard. Il témoigne en fait du caractère très
ambigu du pirate dans l’histoire et dans la littérature. En
fait dans cette dernière et aussi au cinéma, il y a tout un
culte du pirate, qui se présente sous tous les aspects de
l’homme le plus cruel au bandit, au grand cœur. Une
ambiguïté de la mer et du comportement humain.
De toute façon, les historiens et chercheurs font remonter
la piraterie aux temps les plus reculés.
Certains soulignent que la piraterie, c’est l’origine même
de la navigation et que dans les temps anciens, pirates et
navigateurs étaient deux mots synonymes. La piraterie est
liée étroitement aux grands événements de la vie des peuples
primitifs, à leurs migrations, à leurs conquêtes, à leurs
luttes et aussi à la naissance du commerce et du droit
maritimes dans les pays méditerranéens.
Et comme dans beaucoup de formes de représentation humaine,
au commencement était la légende. Nous voyons dans Homère
que l’on demandait ingénument aux voyageurs inconnus,
abordant sur quelque côte, s’ils étaient marchands ou
pirates. Thucydide, le grave historien, nous fournira
d’abondantes preuves que les Grecs se livraient à la
piraterie aussi bien que les barbares. « C’était une
profession avouée », souligne un historien, J.M.
Sestier, 1880. Que ce soit du
côté historique ou légendaire, on voit bien que le commerce
et la navigation se mêlent à toutes sortes d’actes de
violence en mer. Sestier raconte
ainsi que les vaisseaux phéniciens, chargés de marchandises
de l’Assyrie et de l’Egypte, abordaient sur les divers
points de la Grèce, et de préférence à Argos qui tenait, à
cette époque, le premier rang entre toutes les villes de la
contrée hellénique. Un jour que les Phéniciens avaient étalé
leur riche cargaison, ils virent arriver sur le rivage un
nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait Io, fille du
roi Inachus. Ces femmes
s’approchèrent des navires pour faire leurs emplettes, et
alors, les Phéniciens, s’étant donné le mot, se jetèrent sur
elles. Quelques-unes s’échappèrent, mais Io et les autres
furent enlevées. Les Phéniciens montèrent aussitôt sur leurs
vaisseaux et mirent à la voile pour l’Egypte. Après cela,
des Grecs, ayant abordé à Tyr, en Phénicie, enlevèrent
Europe, fille du roi. Les récits se suivent et les pirates
poursuivent leur évolution. On suit avec intérêt toutes les
histoires et d’ailleurs un des derniers succès est un
bipack comprenant 2 films :
Sindbad, le marin. Dans l’Orient
des Mille et une nuits, Sindbad
navigue à la recherche de la célèbre île au trésor de
Deryabar. En route, il fait la
connaissance de l’envoûtante Shireen
qui espère se servir de l’aventurier pour mettre la main sur
le fabuleux trésor ... Le second c’est Barbe Noire, le
pirate. Au XVIIe siècle dans la mer des Caraïbes, Sir Henry
Morgan, ancien pirate, a pour mission de détruire Barbe
Noire, flibustier des Antilles. Un aventurier, Robert
Maynard, essaie d’obtenir une récompense en prouvant que
Morgan est toujours de mèche avec les pirates. Des histoires
qui sont en fait celles de l’Occident et de l’Orient en
pleine navigation.
Les pirates de l’imaginaire qui restent fascinants
diffèrent-ils de ceux du réel ? Sans doute oui. On
n’aimerait pas se trouver captifs des pirates somaliens ou
autres. Voici un récit plutôt réel retransmis par l’AFP : «
Il aura fallu cinq minutes vendredi à cinq pirates
somaliens, naviguant sur un bateau de pêche, pour prendre le
contrôle du Biscaglia, un
chimiquier libérien, croisant
dans le Golfe d’Aden. Trois marins se sont jetés à l’eau
avant d’être sauvés par les marines européennes (...) Un
officier de quart apporte quelques précisions : En cinq
minutes, les pirates étaient à bord, grâce à une échelle
qu’ils transportaient dans leur embarcation » ... Pour dire
qu’au fil des siècles, la piraterie a maintenu les mêmes
procédés.
Ahmed
Loutfi