Al-Ahram Hebdo, Evénement | La piraterie comme unique ressource
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Canal de Suez. La Somalie est en proie à une guerre civile qui dure depuis 17 ans avec plus de 35 % de la population vivant dans une privation extrême. De quoi expliquer qu’elle soit le repaire des pirates qui sillonnent la mer Rouge.

La piraterie comme unique ressource

Une zone de non loi et de non Etat … C’est la Somalie en quelques mots. Ce pays, qui est en proie à une guerre civile depuis 17 ans, est considéré comme le plus pauvre de la Corne d’Afrique. Des chiffres choquants : 30 000 morts, 750 000 déplacés et 43 % de la population dépendent de l’aide internationale. « La somalisation » est un ancien terme politique qui veut désigner des pays en état de dissociation.

De pire en pire. Ce pays est devenu, ces derniers mois, le point chaud de la piraterie planétaire. Une piraterie, pour plusieurs analystes, qui n’est que le fruit d’une Somalie en faillite par excellence.

Aujourd’hui, tout le monde parle de la nécessité d’aider ce pays à résoudre ses problèmes comme première étape dans la lutte contre la piraterie qui a lieu au large de ses côtes. Un intérêt intervenu après une longue période de négligence. La Somalie a été, depuis des décennies, l’oubliée de la communauté internationale et même arabe, qui l’ont laissée affronter seule son obscur destin. Et cela malgré les estimations qui disent que la crise somalienne est pire que celle du Darfour, qui bénéficie d’une large préoccupation internationale.

En fait, tout commence en 1991, année qui marque la chute subite du régime dictatorial du Siad Barré. Et c’est depuis cette date que la Somalie est sans gouvernement central et est en proie à un grand désordre politique, économique et social. Le pays est soumis alors à une succession de conflits tribaux, qui l’ont divisé faisant de lui un assemblage de territoires sous domination clanique.  La situation a été alors hors contrôle. Les Etats-Unis, en 1993, lors du règne de Bush père, qui ont essayé d’intervenir, prétendant de faire régner l’ordre dans ce pays, en menant l’opération de Restore Hope, sous l’égide de l’Onu, se sont échappés, terrifiés, après un massacre atroce commis contre leurs soldats.  Et c’est en 2004,  après une dizaines de tentatives de résolution de la guerre civile, que des négociations de paix aboutissent à la mise en place d’un gouvernement de transition. Mais ce gouvernement transitoire, qui dirigeait la Somalie à partir d’Addis-Abeba, n’était qu’une fiction. Des milices tribales armées, avec en tête le groupe des Tribunaux islamiques, ont pris le contrôle de presque tout le pays. Et, c’est en juin 2006, que cette union prit le contrôle de Mogadiscio avec l’aide financière et matérielle de nombreux entrepreneurs de la capitale. Ces islamistes ont bénéficié de soutien auprès de la population somalienne, en raison de leur efficacité dans le maintien de l’ordre.

Chose qui a tellement inquiété Washington, qui accuse les Tribunaux d’avoir des relations avec Al-Qaëda. Les Etats-Unis ont recouru à l’Ethiopie, qui n’a pas tardé à intervenir et expulser les Tribunaux islamiques après six mois de règne.

Installé au pouvoir en 2006 avec l’appui des forces éthiopiennes, le Gouvernement Fédéral de Transition (GFT) n’est qu’un autre gouvernement de  fiction. Formée avec l’aide de l’Onu, cette instance devait en théorie mettre un terme à l’anarchie qui ravage la Somalie. Il n’en fut rien. Une évidence que ne conteste même plus le chef de ce gouvernement, Abdullahi Yusuf. « On connaît la situation, l’opposition armée a pris le contrôle de presque tout le pays ». La milice islamiste dite les « Chebabes » s’emparait ces derniers mois de deux grands ports, Marka et Kismaayo, détenant désormais tout le sud du pays. L’armée éthiopienne est la cible d’attaques quasi quotidiennes. Consciente de l’échec, l’Ethiopie a annoncé ces jours-ci un programme de retrait de ses soldats dans les mois à venir. Officiellement, le maintien de l’ordre reviendra aux 3 000 soldats de l’Union africaine, déployés dans le pays et qui sont mal équipés.

D’un côté, des combats font rage et de l’autre côté des dizaines meurent chaque jour de famine. Une importante détérioration de la situation humanitaire se voit en Somalie. Selon les estimations, plus de 2,6 millions de personnes, ce qui correspond à 35 % de la population, soit 40 % de plus qu’en janvier dernier, sont de plus en plus exposées à la malnutrition et aux maladies et ont besoin d’une aide d’urgence.

« Que peut-on attendre alors d’une population en famine et qui sent de la négligence mondiale ? », s’interroge Abdallah Abdel-Razeq, chercheur au Centre d’études africaines. La piraterie est un phénomène nouveau pour le peuple somalien, explique-t-il, qui y a seulement recours pour faire attirer l’attention du monde quant à sa crise. Une situation qui a empiré, à cause des attaques qui se multiplient contre les travailleurs humanitaires dans le sud et le centre de la Somalie, causant la mort d’une quarantaine d’entre eux. De nombreuses organisations ont suspendu alors leurs programmes et procédé au retrait de leur personnel. Qui sont ces pirates ? Abdel-Razeq explique que la piraterie a des racines historiques en Somalie, elle a débuté dans les années 1990 avec l’instabilité qui régnait au pays depuis cette période. « A cause des conflits continuels en Somalie, la plupart du peuple est armé. Il y a beaucoup d’armes à l’intérieur du pays. Ce qui a encouragé des groupes de jeunes à collaborer avec des pêcheurs somaliens, pour faire de la piraterie et gagner de l’argent, exploitant la situation géographique stratégique de la Somalie en tant qu’un pays littoral de  la mer Rouge ».

Sortir la Somalie de son impasse est une chose importante pour tous, après que tout le monde a assuré que ce conflit local a débordé en dehors du pays et s’est transformé en une grande crise mondiale. « La solution réside dans le fait de ne pas seulement se contenter de sauver un navire d’ici ou de là mais aussi de sauver toute la Somalie. Et cela en l’aidant à trouver un régime central réel capable d’imposer son hégémonie sur le pays », conclut Abdel-Razeq.

Aliaa Al-Korachi

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