Al-Ahram Hebdo, Evénement | A la merci des pirates ?
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Evénement

Canal de Suez. Les pirates ont attaqué au moins 100 bateaux dans le Golfe d’Aden et au large de la Somalie. La panique s’empare de la marine marchande. La voie d’eau qui est l’une des principales sources de revenus pour l’Egypte est en danger.

A la merci des pirates ?

Les Egyptiens ont toutes les raisons de s’inquiéter. Depuis le passage du premier bateau par le Canal de Suez en 1867, jamais le commerce maritime transitant par la voie d’eau n’a été menacé qu’en temps de guerre. D’abord en 1956, sur fond de la nationalisation par le président Nasser. Une agression tripartite israélo-franco-britannique contre l’Egypte jugule le trafic maritime dans le canal pendant un peu plus d’une semaine. Et 11 ans plus tard, la guerre avec Israël provoquera la fermeture totale du Canal jusqu’en 1975. Aujourd’hui pour la première fois en temps de paix, les craintes alimentent les différentes sources officielles en Egypte.

Tous les matins, ce canal de 190 km de long ravitaille le Trésor égyptien avec environ 16 millions de dollars. Une somme importante qui ne représente pourtant que 60 % de la rançon réclamée par les pirates qui ont capturé le superpétrolier saoudien Sirius Star au large de la Somalie. Une cible d’une dimension inédite qui a mis la piraterie à la une des événements internationaux : c’est un bâtiment de 330 mètres de long transportant 2 millions de barils de pétrole brut à la vitesse moyenne de 15 nœuds. Depuis le début de l’année, 100 bateaux ont été attaqués par des pirates somaliens, 40 ont été détournés et 14 sont toujours sous leur contrôle. L’Egypte avait sa part, avec un seul bateau, une rançon a été payée et les otages libérés. Un autre navire, Badr 1, est porté disparu depuis le début de l’année, mais n’est pas considéré comme piraté. Depuis la capture du pétrolier géant saoudien, les pirates n’ont pas baissé les bras, ils se sont encore emparés de trois nouveaux bateaux dans le Golfe d’Aden. C’est à l’entrée sud de la mer Rouge, au niveau du Golfe d’Aden, que s’activent ces pirates. Munis d’armes de guerre et à bord de vedettes ultra-rapides, ils profitent du non-droit en place en Somalie. Depuis la chute de Siad Barré en 1991, les clans adverses se déchirent. Et le gouvernement fédéral de transition peine à marquer le point à Mogadiscio (lire page 5). Les pirates adoptent ainsi toujours le même modèle d’assaut et avec une vitesse d’exécution remarquable. Ils mettent un quart d’heure à peine entre le départ du bateau-mère et l’irruption sur le pont du cargo. Si c’est un défi sécuritaire pour le trafic maritime, pour l’Egypte c’est toute son économie qui risque d’être prise en otage par les pirates somaliens. Le Canal de Suez, c’est la troisième recette du pays, gonflant le budget, l’an dernier, avec 5,2 milliards de dollars. Des revenus qui, selon le Regional Monthly Report de EFG-Hermes, pourraient augmenter de 18 % cette année pour atteindre un chiffre record, soit 6,1 milliards de dollars. La baisse éventuelle suite à la crise mondiale se tablerait plutôt dans l’année 2009-2010. L’économie égyptienne pourrait davantage être touchée si les activités des pirates faisaient diminuer le trafic dans le canal. Les analystes du think-tank britannique, Chatham House, estiment en fait que si des mesures fermes ne sont pas prises immédiatement, un trafic sécurisé via le Canal de Suez pourrait être interrompu. Dans ce cas, certains armateurs pourraient choisir d’emprunter la route maritime la plus ancienne et la plus longue du Cap de Bonne-Espérance.

Un risque éloigné ?

Une hypothèse jugée peu vraisemblable par les responsables du canal. Le président de l’Organisme du Canal, Ahmad Fadel, assure que quelques dizaines de cas de piraterie qui se déroulent dans l’océan Indien ne représentent vraiment rien par rapport aux 1 800 bateaux qui transitent tous les mois par le Canal de Suez. « La piraterie, c’est vraiment assez loin de nous d’autant plus qu’aucun des bateaux capturés par les otages n’était en route vers le Canal de Suez », précise de son côté le porte-parole du Canal, Mahmoud Abdel-Wahab. Un détour par le sud de l’Afrique via le Cap de Bonne-Espérance est certes plus long et plus coûteux.

Il allonge le trajet en moyenne à une dizaine de jours supplémentaires. Le coût d’exploitation d’un navire de taille conséquente est d’ordinaire de 6 000 dollars par jour. « Si l’on ajoute à cela d’autres facteurs tels que des clauses contractuelles avec le client et les assurances, on arrive vite à un demi-million de dollars », explique Arild Wegener, patron de la cellule sécurité de la Fédération norvégienne des armateurs.

Le Canal de Suez reste de loin la route la plus courte entre l’océan Indien et la Méditerranée.

Les Danois et Norvégiens sont apparemment les premiers à opter pour ce choix de détour. Le Norvégien Odfjell et le Danois A.P. Moeller-Maersk, deux gros acteurs du transport maritime, ont ainsi annoncé qu’une partie de leurs flottes passeraient désormais au large de l’Afrique du Sud plutôt que par la mer Rouge. L’itinéraire allongé coûte 200 000 à 300 000 dollars de plus par voyage, parce qu’il dure 10 jours de plus. Les autorités du Canal affirment pourtant n’avoir reçu « aucune notification ou annulation de passage en raison de la piraterie ».

Une réaction reste attendue

Une stabilité qui dissimule peu l’inquiétude de l’Egypte. Elle s’efforce ainsi de faire un front commun avec les pays de la région, et tout comme le Yémen qui a demandé une réunion à la Ligue arabe consacrée au sujet. Le Caire a convoqué une réunion d’urgence des pays riverains de la mer Rouge, au terme de laquelle ces pays ont affirmé qu’ils envisageaient toutes les options pour venir à bout de cette menace. Le ministre d’Etat aux Affaires juridiques et parlementaires, Moufid Chéhab, était plus explicite en déclarant : « l’Egypte est prête si nécessaire à une intervention militaire pour protéger le trafic maritime et s’en prendre aux pirates ». Seule ou dans le cadre d’une opération internationale, a-t-il ajouté. Le ministre fait peut-être allusion à la force aéronavale européenne qui devra sécuriser la corne de l’Afrique. Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne entend monter une opération navale dans le Golfe d’Aden, dite Eunavfor Atlanta. Au moins sept navires et des avions de patrouille devront donc se trouver sur place durant la première semaine de décembre. Ils auront pour mission de juguler la piraterie au large des côtes de Somalie. Les Etats-Unis, eux, ont préféré garder leurs distances, alors qu’ils disposent de la puissante Ve flotte dans l’océan Indien. Le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, estime ainsi que la solution à ce problème n’est pas militaire. Il ne faut pas oublier non plus que la France dispose d’une large base militaire de lutte anti-terroriste au large de Djibouti.

Les risques stratégiques

Ce n’est pas un secret, l’Egypte voit d’un mauvais œil un déploiement militaire international à ses frontières maritimes, même si officiellement le chef de la Diplomatie égyptienne, Ahmad Aboul-Gheit, a apporté le soutien de son pays aux efforts internationaux. Il a d’ailleurs précisé que de tels efforts devraient être « en coordination avec le droit international, respectant la souveraineté de chaque pays et son eau et respectant son droit de protéger ses terres, ports et eaux ». Le communiqué final de la réunion arabe tenue au Caire va dans ce même sens et précise que « la responsabilité de la sécurité de la mer Rouge incombe aux pays arabes riverains de cette mer ». C’est vrai, Le Caire préfère coordonner sa position surtout qu’il est sorti les mains vides de la réunion des pays arabes, non pas parce que les Arabes manquent d’enthousiasme, mais qu’ils ne savent pas comment contrer l’instabilité en Somalie, qui est à l’origine du problème. Car sur le court terme, la solution peut être militaire pour escorter les bateaux et renforcer les flottes sur place. Sur le long terme pourtant, il faudrait sauver la Somalie du chaos. Reste à savoir comment.

Samar Al-Gamal

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Manuel du pirate

1- Un petit groupe de pirates armés, des ex-pêcheurs ou des miliciens en armes désœuvrés, repèrent une cible. Ils sont souvent informés de cette cible, par des Somaliens vivant dans les ports des pays de la région.

 

2- Ils se lancent à la poursuite du navire à bord de vedettes. En haute mer, les attaques sont lancées à partir des bateaux-mères. Une fois dans l’eau, les vedettes mettent de 15 à 20 minutes avant d’arriver à la hauteur du cargo visé. L’approche s’accompagne de tirs de semonce ou d’autres armes à feu.

 

3- A l’aide d’échelle ou de grappins, les pirates se hissent sur le pont et prennent en otage l’équipage, avant d’évaluer la valeur de la cargaison et fixer la rançon.

 

4- Ils conduisent ensuite leur capture à Haradere, Hobyo ou Eyl, un des ports somaliens, puis négocient la libération des otages.

 

Sources : Reuters, Nouvel Observateur et New York Times.

 

 

 




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