Ministre du Tourisme, Zoheir Garana fait le bilan de l’année touristique
et évoque les plans en préparation pour faire face à la crise économique et
financière mondiale.
« L’Egypte a reçu cette année plus de
13 millions de touristes »
Al-Ahram Hebdo : La crise économique et
financière mondiale aura-t-elle un impact sur le tourisme égyptien ?
Zoheir Garana : Personne ne peut prédire exactement la portée de
l’influence de la crise sur le secteur de tourisme. Mais ce que je peux
souligner à l’heure actuelle est que jusqu’à la fin du mois de décembre 2008,
on n’a pas de problème puisque les réservations du tourisme se font trois ou
quatre mois à l’avance. Jusqu’à présent, aucune annulation n’a été faite. Mais
on ressent un ralentissement dans les réservations du premier quart de l’année
prochaine. C’est normal sous la frayeur qu’a engendrée la crise. Pourtant,
l’Egypte a de la chance grâce à la diversité de son produit touristique, la
compétitivité des prix par rapport à la qualité du service présenté ou ce qu’on
appelle « Good Value for Money ». En outre, la proximité géographique de la
destination égyptienne lui donne un privilège.
— Donc, quels sont les plans que
prépare le ministère pour faire face à la crise ?
— On
essaye d’intensifier les campagnes de promotion dans nos grands marchés
traditionnels, comme la Russie, l’Angleterre et l’Italie ainsi que dans les
marchés émergents comme la Chine, l’Inde, la Pologne et le Brésil. Sur le plan
de nos clients traditionnels, on peut en attirer plus, puisque les destinations
lointaines comme celles du sud-est de l’Asie deviennent trop coûteuses pour les
touristes, à cause des frais du transport. Quant aux marchés émergents, ils
sont les moins influencés par la crise économique mondiale. On pourra ainsi
compenser n’importe quelle diminution dans le nombre de touristes provenant de
nos marchés traditionnels.
— Cela signifie-t-il que les campagnes
internationales de promotion pour le tourisme en Egypte vont changer ?
—
L’époque des campagnes inchangeables est révolue ; maintenant, c’est le temps
des campagnes qui changent plusieurs fois par an selon les circonstances, les
saisons et aussi les exigences du marché. Actuellement, par exemple, au temps
de la crise économique, on doit mettre l’accent sur les prix compétitifs de la
destination égyptienne, tout en insistant sur la qualité du service présenté. En
outre, on a recours à d’autres moyens de promotion comme par exemple les
voyages qu’on appelle de connaissance, au cours desquels on invite les
méga-tour-opérateurs ainsi que les journalistes spécialisés dans le domaine du
tourisme d’un marché déterminé, afin qu’ils connaissent de près les capacités
du secteur du tourisme en Egypte. Ils touchent aussi du doigt le grand
développement de ce secteur qu’ils n’auraient jamais imaginé en restant chez
eux. Ce contact direct leur permet aussi de connaître les mœurs et les
traditions de ce peuple hospitalier. De retour dans leur pays, ils seront les
meilleurs ambassadeurs du tourisme égyptien surtout qu’ils sont dans la plupart
les leaders du tourisme et des voyages.
— Les recettes touristiques de 2008
seront-elles affectées par la crise économique ?
— Non,
pas du tout, parce que la crise a été déclenchée vers la fin de l’année. On a
reçu cette année plus de 13 millions de touristes avec une hausse de 18 % par
rapport à l’année précédente. Ceux-ci ont passé plus de 136 millions de nuitées
en Egypte. Les revenus du secteur du tourisme ont dépassé les 11,7 milliards de
dollars avec une hausse de 20 % (en 2007 les recettes étaient de 9 milliards de
dollars). Ceci nous a permis facilement de réaliser et même dépasser le
programme électoral du président en matière du tourisme. Ce programme prévoit
d’attirer 14 millions de touristes en Egypte en 2011.
— Quelles sont les nationalités qui visitent
le plus l’Egypte ?
— Les
Russes ont marqué cette année un record avec deux millions de touristes. Les
Anglais les suivent avec un peu plus d’un million. Les Italiens et les
Allemands demeurent à égalité. Quelques nationalités ont témoigné d’une baisse
légère comme les Tchèques.
— Comment interprétez-vous ce genre de
baisse ?
—
Cette baisse est due à plusieurs facteurs, dont les plus importants sont
l’instabilité économique du marché de ces pays ainsi que le nombre de
programmes de vol à destination de l’Egypte. Par exemple, il y a beaucoup de
Chinois qui veulent venir en Egypte mais les vols, qu’ils soient réguliers ou
charters, ne sont pas suffisants et c’est une grande entrave devant la
croissance du nombre de touristes venant surtout des marchés lointains.
— L’accident qui a eu lieu dans la
région d’Al-Guelf Al-Kébir, dans le sud-ouest de l’Egypte, a-t-il un effet
négatif sur le tourisme de safari ?
—
L’accident de l’enlèvement d’un groupe de touristes lors d’un voyage de safari
dans le désert ouest, sur les frontières égypto-soudanaises, aurait nui au
tourisme égyptien s’il y avait eu une fin dramatique. Mais heureusement, la fin
était heureuse ; il n’a pas du tout altéré ce genre de tourisme. Par contre,
ceci a causé une intensification médiatique au niveau du monde entier sur le
tourisme de safari en Egypte et lui a fait une campagne de promotion gratuite
pour un genre de tourisme en Egypte peu connu sur le plan mondial. La demande
sur les safaris a augmenté et tant mieux puisque c’est un genre très fructueux
pour l’économie du tourisme car les frais d’un safari sont considérablement
élevés.
— Qu’en est-il du tourisme arabe ? Peut–il
aider en temps de crise ?
— Le
tourisme arabe s’est développé cette année avec un taux de 4 %. Le marché
libyen vient en tête de liste des marchés arabes exportateurs de touristes vers
l’Egypte. Les Emiratis et les Koweïtiens viennent au second lieu. Il n’y a que
la Jordanie et la Syrie qui ont légèrement baissé de 4 % à cause de la
situation économique. L’augmentation du tourisme arabe est modeste mais en même
temps satisfaisant si on prend en considération la forte hausse dans les prix
des hôtels, qui a empêché beaucoup de touristes arabes de venir en Egypte
pendant l’été. Mais je veux mentionner ici que malgré le nombre modeste de
touristes ; les revenus sont grands puisque ces touristes ont dépensé beaucoup
plus que les années précédentes, c’est ce qu’on appelle le cycle économique.
— Pensez-vous que la baisse des prix du
pétrole aura un impact sur les prix des moyens de transport et par conséquent
une augmentation dans le nombre de touristes dans le futur ?
—
L’impact de la baisse des prix de pétrole ne sera pas clair avant trois à six
mois. Les grandes compagnies aériennes croyaient que les prix allaient
continuer à monter, alors ils ont acheté du pétrole avec des contrats à long
terme, à 120 et 130 dollars le baril. Ceci dit, elles ne vont pas baisser leurs
prix. Elles vont attendre la fin de leurs réserves en pétrole pour en acheter
de nouveau avec les prix bas. A ce moment, on pourra parler de baisse dans les
frais du transport et par suite dans ceux des voyages. En fait, le transport
est un des composants essentiels du « paquet » touristique. Cette baisse doit
logiquement engendrer une hausse dans le mouvement touristique dans le monde
entier.
— On a annoncé la création d’un grand
projet touristique sur le lac Nasser, au sud de l’Egypte. Qu’en est-il ?
— Il
s’agit de la création d’un complexe touristique écologique international sur le
lac Nasser. C’est un projet privé, qui a pris l’approbation de l’Organisme du
développement touristique. Cette approbation est conditionnée à l’acceptation
des ministères de l’Irrigation, de l’Environnement et de la Défense. En cas
d’exécution, ça sera un projet grandiose qui répond à un goût, qui devient de
plus en plus en vogue dans le monde entier, celui du tourisme écologique et
tout le secteur du tourisme va en bénéficier.
Propos recueillis par Dalia Farouk