Hommage.
L’Egypte a perdu une des figures de proue de son mouvement
intellectuel et l’un des plus ardents défenseurs de la
liberté de la presse, Kamel
Zoheiri.
L’humaniste n’est plus
Kamel
Zoheiri, décédé la semaine
dernière à 81 ans, ancien président du syndicat des
Journalistes, écrivain et historien, est l’exemple de ce
qu’on appelait dans la tradition de la pensée classique « un
honnête homme », et pour utiliser une définition plus
moderne et en contact avec le contexte actuel, on dirait que
c’était un humaniste.
Né en 1927, il a obtenu en 1947 sa licence en droit de
l’université du Caire. Il a également étudié la littérature
à la Sorbonne en 1949.
Kamel
Zoheiri est issu de la haute
bourgeoisie nationaliste pivot de l’action libertaire. Son
père était un commerçant et il a participé à la révolution
de 1919 contre l’occupation britannique. Il a accordé
beaucoup de soin à l’éducation et la culture de ses enfants.
Il avait l’espoir que son fils Kamel
deviendrait un avocat, surtout que les membres de cette
profession représentaient l’élite intellectuelle d’une
société de droit naissante et étaient les leaders et les
révolutionnaires en ce temps.
En effet, Kamel
Zoheiri a commencé son travail
comme avocat, il s’est spécialisé notamment dans la défense
des droits des ouvriers. Mais la littérature et la pensée le
passionnaient, d’où ce départ à Paris, sous le couvert de
poursuivre des études de droit pour faire plutôt des études
de littérature. La voie était pavée donc pour d’autres
options, celle du journalisme notamment. En 1954, il se
consacre au journalisme et à la littérature et abandonne son
cabinet d’avocat.
Son parcours l’a mené à d’importantes fonctions. Il a été
rédacteur en chef du mensuel culturel
Al-Hilal de 1964 à 1969 et puis président du conseil
d’administration de Rose Al-Youssef,
qui publiait alors l’hebdomadaire du même nom et Sabah
Al-Kheir, les deux publications
les plus frondeuses, de 1969 à 1971. Il est devenu écrivain
au quotidien Al-Gomhouriya en
1972. Il était président du Syndicat des journalistes de
1968 à 1971 et puis de 1979 à 1981.
Il a occupé le poste de président de la Fédération des
journalistes arabes et du conseil d’administration de la
Bibliothèque du Grand Caire et a été un membre du Conseil
suprême de la culture, autant de fonctions où il a fait
valoir ces mêmes principes d’ouverture.
En tant que président du syndicat des Journalistes, il était
dévoué à la garantie de la liberté de
pensée, il a élaboré la loi sur la presse qui a
assuré aux journalistes de larges droits syndicaux. Une de
ses batailles les plus importantes fut cette campagne contre
les tentatives de l’ancien président
Anouar Al-Sadate de
limiter le rôle du syndicat des Journalistes. Sadate voulait
le transformer en club des journalistes, juste une sorte de
foyer social sans participation à la politique ou à la
défense des droits des citoyens, dans le contexte d’une
action dont tous les syndicats ont été la victime. Cette
volonté de Sadate de mettre au pas, en particulier, le
syndicat des Journalistes, est intervenue après le refus du
syndicat du traité de paix entre l’Egypte et Israël. Jusqu’à
présent, le syndicat rejette la normalisation.
Zoheiri a dirigé une autre
campagne contre les tentatives d’Israël de bénéficier du
quota de l’eau du Nil à travers un canal. A cause de toutes
ces confrontations, le président Sadate a fait tous les
efforts pour que Zoheiri perde
les élections du syndicat.
En tant qu’écrivain, Zoheiri a
écrit plusieurs ouvrages tels que Encyclopédie socialiste,
Le Nil en péril, Conflits de la démocratie et du socialisme,
En colère et d’autres ouvrages.
Zoheiri
a remporté de nombreux prix, tels que l’Ordre du Mérite de
première classe par le président de la République en 1988,
, Prix du journalisme arabe en 2002 aux Emirats
arabes unis. Il a obtenu aussi le Prix de la Méditerranée en
2004, et enfin le Prix Moubarak dans le domaine des sciences
sociales en 2005.
Des prix qui sont des distinctions bien méritées pour un
écrivain qui représente une des figures marquantes de
l’intelligentsia égyptienne.
Ahmad
Loutfi