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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Egypte

Hommage. L’Egypte a perdu une des figures de proue de son mouvement intellectuel et l’un des plus ardents défenseurs de la liberté de la presse, Kamel Zoheiri.

L’humaniste n’est plus

Kamel Zoheiri, décédé la semaine dernière à 81 ans, ancien président du syndicat des Journalistes, écrivain et historien, est l’exemple de ce qu’on appelait dans la tradition de la pensée classique « un honnête homme », et pour utiliser une définition plus moderne et en contact avec le contexte actuel, on dirait que c’était un humaniste.

Né en 1927, il a obtenu en 1947 sa licence en droit de l’université du Caire. Il a également étudié la littérature à la Sorbonne en 1949.

Kamel Zoheiri est issu de la haute bourgeoisie nationaliste pivot de l’action libertaire. Son père était un commerçant et il a participé à la révolution de 1919 contre l’occupation britannique. Il a accordé beaucoup de soin à l’éducation et la culture de ses enfants. Il avait l’espoir que son fils Kamel deviendrait un avocat, surtout que les membres de cette profession représentaient l’élite intellectuelle d’une société de droit naissante et étaient les leaders et les révolutionnaires en ce temps.

En effet, Kamel Zoheiri a commencé son travail comme avocat, il s’est spécialisé notamment dans la défense des droits des ouvriers. Mais la littérature et la pensée le passionnaient, d’où ce départ à Paris, sous le couvert de poursuivre des études de droit pour faire plutôt des études de littérature. La voie était pavée donc pour d’autres options, celle du journalisme notamment. En 1954, il se consacre au journalisme et à la littérature et abandonne son cabinet d’avocat.

Son parcours l’a mené à d’importantes fonctions. Il a été rédacteur en chef du mensuel culturel Al-Hilal de 1964 à 1969 et puis président du conseil d’administration de Rose Al-Youssef, qui publiait alors l’hebdomadaire du même nom et Sabah Al-Kheir, les deux publications les plus frondeuses, de 1969 à 1971. Il est devenu écrivain au quotidien Al-Gomhouriya en 1972. Il était président du Syndicat des journalistes de 1968 à 1971 et puis de 1979 à 1981.

Il a occupé le poste de président de la Fédération des journalistes arabes et du conseil d’administration de la Bibliothèque du Grand Caire et a été un membre du Conseil suprême de la culture, autant de fonctions où il a fait valoir ces mêmes principes d’ouverture.

En tant que président du syndicat des Journalistes, il était dévoué à la garantie de la liberté de pensée, il a élaboré la loi sur la presse qui a assuré aux journalistes de larges droits syndicaux. Une de ses batailles les plus importantes fut cette campagne contre les tentatives de l’ancien président Anouar Al-Sadate de limiter le rôle du syndicat des Journalistes. Sadate voulait le transformer en club des journalistes, juste une sorte de foyer social sans participation à la politique ou à la défense des droits des citoyens, dans le contexte d’une action dont tous les syndicats ont été la victime. Cette volonté de Sadate de mettre au pas, en particulier, le syndicat des Journalistes, est intervenue après le refus du syndicat du traité de paix entre l’Egypte et Israël. Jusqu’à présent, le syndicat rejette la normalisation. Zoheiri a dirigé une autre campagne contre les tentatives d’Israël de bénéficier du quota de l’eau du Nil à travers un canal. A cause de toutes ces confrontations, le président Sadate a fait tous les efforts pour que Zoheiri perde les élections du syndicat.

En tant qu’écrivain, Zoheiri a écrit plusieurs ouvrages tels que Encyclopédie socialiste, Le Nil en péril, Conflits de la démocratie et du socialisme, En colère et d’autres ouvrages.

Zoheiri a remporté de nombreux prix, tels que l’Ordre du Mérite de première classe par le président de la République en 1988, , Prix du journalisme arabe en 2002 aux Emirats arabes unis. Il a obtenu aussi le Prix de la Méditerranée en 2004, et enfin le Prix Moubarak dans le domaine des sciences sociales en 2005.

Des prix qui sont des distinctions bien méritées pour un écrivain qui représente une des figures marquantes de l’intelligentsia égyptienne.

Ahmad Loutfi

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