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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Egypte

Presse. Rien ne va plus encore une fois dans le camp des journalistes, dont cinq ont été déférés devant la justice pour avoir bravé l’interdiction de publication dans l’affaire Suzanne Tamim.

Nouvelle vieille bataille

Magdi Al-Gallad, rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom, et Abbass Al-Tarabili, rédacteur en chef du quotidien d’opposition Al-Wafd, ainsi que trois autres journalistes ont été déférés devant la justice, sur décision du procureur général, pour avoir bravé l’interdiction de publication relative au procès de l’assassinat de la chanteuse libanaise Suzanne Tamim, où les deux principaux accusés sont un ancien officier de police et l’homme d’affaires Hicham Talaat Moustapha.

Les trois plus grands quotidiens officiels, Al-Ahram, Al-Akhbar et Al-Gomhouria, ont été également accusés d’avoir violé cette interdiction de la publication, toutefois le Parquet a innocenté leurs responsables.

 Les responsables de ces journaux ont surtout critiqué le recours « injustifié » à l’interdiction de publication, qui constitue pour eux une sorte de « censure indirecte », et la « politique de deux poids deux mesures » adoptée dans l’application de cette interdiction.

« Si la décision de nous déférer devant la justice pour avoir bravé l’interdiction de publication est choquante, la mise hors de cause de la presse officielle, qui a publié les mêmes informations que nous, l’est encore plus. Cela n’est-il pas l’indice d’une hostilité contre la presse d’opposition ? Peut-on exclure un complot contre la liberté de la presse ? », se demande Abbass Al-Tarabili.

« S’il y a eu des infractions commises par certains journalistes, cela est dû au fait que la décision même du tribunal est loin d’être claire. Celle-ci ne précise pas sur quoi exactement portait l’interdiction de publication  : les propos des témoins, les enquêtes, les arrêts ? », commente Yéhia Qallach, membre du conseil du syndicat des Journalistes. « En outre, cette interdiction est d’autant plus surprenante qu’elle ne concerne que les médias égyptiens. Les séances restent après tout publiques et les médias arabes et internationaux continuent à les couvrir dans les détails », ajoute Qallach sans oublier de souligner « avec inquiétude » l’acquittement des journalistes appartenant à la presse officielle et accusés des mêmes accusations que leurs collègues de la presse indépendante.

Le 17 novembre, la Cour criminelle du Caire a décidé d’interdire définitivement toute publication d’informations sur le procès Suzanne Tamim. Une décision qui a été prise suite à la course effrénée des médias dans la couverture de cette affaire. Selon la cour, les journalistes ont joué tour à tour le rôle du juge, de l’avocat et des témoins. Les avis formulés au cours de ces analyses médiatiques risquent, selon la cour, de créer une opinion publique susceptible d’influencer le cours de la justice.

L’interdiction de publication est une procédure légale. La loi accorde au procureur général le droit d’interdire la publication dans certains procès, qui touchent à l’ordre public et aux secrets d’Etat. Aussi, le juge auquel l’affaire est confiée a-t-il le droit de prendre une décision pareille s’il l’estime nécessaire. Selon sa gravité, la violation de cette interdiction est passible d’une peine variant entre l’amende et la prison de 3 mois à un an.

Toutefois, beaucoup contestent ce pouvoir absolu d’imposer le black-out. « L’interdiction de publication sans raisons valables est inconstitutionnelle dans la mesure où elle représente une violation à la liberté de la presse qui, elle, est garantie par la Constitution », estime le président du Réseau arabe pour les droits de l’homme, Adel Eid, qui a décidé de saisir la Cour suprême pour contester la constitutionnalité de la loi sur l’interdiction de publication.

« Je ne suis pas contre l’interdiction de publication si c’est pour éviter à des criminels de prendre la fuite, mais je m’y oppose si elle a pour but de protéger certains hauts responsables », affirme pour sa part l’écrivain journaliste Salah Issa.

Pour lui, une remise à plat des textes s’impose. Il suggère que l’interdiction soit limitée au maximum à une période de deux ou trois semaines et que la loi soit modifiée de façon à préciser les cas qui permettent au Parquet et au tribunal d’avoir recours à une telle décision. Les journaux, quant à eux, devraient avoir le droit de contester l’interdiction devant la justice.

May Al-Maghrabi

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