Presse.
Rien ne va plus encore une fois dans le camp des
journalistes, dont cinq ont été déférés devant la justice
pour avoir bravé l’interdiction de publication dans
l’affaire Suzanne Tamim.
Nouvelle vieille bataille
Magdi
Al-Gallad, rédacteur en chef du quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom, et Abbass Al-Tarabili, rédacteur en chef du
quotidien d’opposition Al-Wafd, ainsi que trois autres
journalistes ont été déférés devant la justice, sur décision
du procureur général, pour avoir bravé l’interdiction de
publication relative au procès de l’assassinat de la
chanteuse libanaise Suzanne Tamim, où les deux principaux
accusés sont un ancien officier de police et l’homme
d’affaires Hicham Talaat Moustapha.
Les trois plus grands quotidiens officiels, Al-Ahram,
Al-Akhbar et Al-Gomhouria, ont été également accusés d’avoir
violé cette interdiction de la publication, toutefois le
Parquet a innocenté leurs responsables.
Les responsables de ces journaux ont surtout critiqué le
recours « injustifié » à l’interdiction de publication, qui
constitue pour eux une sorte de « censure indirecte », et la
« politique de deux poids deux mesures » adoptée dans
l’application de cette interdiction.
« Si la décision de nous déférer devant la justice pour
avoir bravé l’interdiction de publication est choquante, la
mise hors de cause de la presse officielle, qui a publié les
mêmes informations que nous, l’est encore plus. Cela
n’est-il pas l’indice d’une hostilité contre la presse
d’opposition ? Peut-on exclure un complot contre la liberté
de la presse ? », se demande Abbass Al-Tarabili.
« S’il y a eu des infractions commises par certains
journalistes, cela est dû au fait que la décision même du
tribunal est loin d’être claire. Celle-ci ne précise pas sur
quoi exactement portait l’interdiction de publication
: les propos des témoins, les enquêtes, les arrêts ? »,
commente Yéhia Qallach, membre du conseil du syndicat des
Journalistes. « En outre, cette interdiction est d’autant
plus surprenante qu’elle ne concerne que les médias
égyptiens. Les séances restent après tout publiques et les
médias arabes et internationaux continuent à les couvrir
dans les détails », ajoute Qallach sans oublier de souligner
« avec inquiétude » l’acquittement des journalistes
appartenant à la presse officielle et accusés des mêmes
accusations que leurs collègues de la presse indépendante.
Le 17 novembre, la Cour criminelle du Caire a décidé
d’interdire définitivement toute publication d’informations
sur le procès Suzanne Tamim. Une décision qui a été prise
suite à la course effrénée des médias dans la couverture de
cette affaire. Selon la cour, les journalistes ont joué tour
à tour le rôle du juge, de l’avocat et des témoins. Les avis
formulés au cours de ces analyses médiatiques risquent,
selon la cour, de créer une opinion publique susceptible
d’influencer le cours de la justice.
L’interdiction de publication est une procédure légale. La
loi accorde au procureur général le droit d’interdire la
publication dans certains procès, qui touchent à l’ordre
public et aux secrets d’Etat. Aussi, le juge auquel
l’affaire est confiée a-t-il le droit de prendre une
décision pareille s’il l’estime nécessaire. Selon sa
gravité, la violation de cette interdiction est passible
d’une peine variant entre l’amende et la prison de 3 mois à
un an.
Toutefois, beaucoup contestent ce pouvoir absolu d’imposer
le black-out. « L’interdiction de publication sans raisons
valables est inconstitutionnelle dans la mesure où elle
représente une violation à la liberté de la presse qui,
elle, est garantie par la Constitution », estime le
président du Réseau arabe pour les droits de l’homme, Adel
Eid, qui a décidé de saisir la Cour suprême pour contester
la constitutionnalité de la loi sur l’interdiction de
publication.
« Je ne suis pas contre l’interdiction de publication si
c’est pour éviter à des criminels de prendre la fuite, mais
je m’y oppose si elle a pour but de protéger certains hauts
responsables », affirme pour sa part l’écrivain journaliste
Salah Issa.
Pour lui, une remise à plat des textes s’impose. Il suggère
que l’interdiction soit limitée au maximum à une période de
deux ou trois semaines et que la loi soit modifiée de façon
à préciser les cas qui permettent au Parquet et au tribunal
d’avoir recours à une telle décision. Les journaux, quant à
eux, devraient avoir le droit de contester l’interdiction
devant la justice.
May
Al-Maghrabi