Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les risques du métier
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Egypte

Ecoles. La mort d’un élève à Alexandrie, frappé par son professeur de mathématiques, fait partie d’une série d’incidents qui relancent le débat sur la profession d’enseignant en Egypte.

Les risques du métier

Un phénomène, un fait divers, ou un système d’éducation qu’il est temps de changer ? Quatre cas de violence, pratiqués par des professeurs sur des élèves dans le seul mois d’octobre, ont relancé le débat sur le métier d’enseignant en Egypte. Dans une école primaire à Alexandrie, Islam a succombé à un coup de pied de son professeur de mathématiques. Raison : il n’avait pas fait son devoir. Le professeur lui lance des coups de pied au ventre et à la poitrine jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Le père d’Islam a intenté un procès contre le professeur qui a tué son fils et contre le ministère de l’Education, qui n’a pas réussi à imposer des sanctions dissuasives pour obliger les enseignants à arrêter cette pratique. Et en attendant l’aboutissement de l’enquête, l’enseignant a été suspendu de sa fonction. Une semaine plus tard, un professeur à l’école Ezbet Toma, au gouvernorat de Gharbiya, a battu violemment ses élèves avec un balai, dont 15 ont été blessés. Le même scénario s’est répété deux jours plus tard, lorsqu’une élève, effrayée par les menaces du professeur contre les élèves qui n’ont pas fait leurs devoirs, a été atteinte d’un arrêt cardiaque, dès qu’elle a vu son instituteur poser sur son bureau un morceau de tuyau d’arrosage. Le quatrième incident n’est pas moins troublant. Dans une école à Port-Saïd, un jeune élève reçoit un coup de poing au ventre, pour avoir tardé à recopier la leçon sur son cahier.

Considéré comme une noble profession, le travail d’enseignant s’est-il transformé en métier cruel et indigne ?

Selon Mohamad Kamal Soliman, secrétaire général du conseil d’administration du syndicat des Enseignants, ces incidents ont un caractère individuel. « Je ne pense pas que le métier d’enseignant soit devenu un métier cruel et impitoyable. Les incidents auxquels nous avons assisté ces dernières semaines sont le reflet d’un système éducatif défaillant et c’est l’Etat qui en porte la responsabilité », affirme-t-il. Et d’expliquer que les professeurs en Egypte travaillent dans de très mauvaises conditions et sont soumis à des pressions constantes. « Il ne s’agit pas bien entendu de justifier ces actes violents qui doivent être punis, mais de comprendre les raisons qui nous amènent à cette situation », affirme Mohamad Kamel Soliman. Les pressions auxquelles les enseignants sont soumis sont nombreuses : sureffectifs des classes, salaires de misère qui les poussent à recourir aux leçons particulières. Et même après les promesses du ministère de leur accorder un nouveau statut salarial, les enseignants ont senti qu’ils ont été humiliés et qu’ils sont soumis à une sorte de chantage, à cause des examens qu’ils ont été obligés de passer. « L’enseignant a senti qu’il n’est pas apprécié. Il est obligé de passer un examen pour obtenir une hausse de salaire. Qu’est-ce qu’on peut attendre d’un enseignant qui travaille sous ces pressions ? Est-ce qu’on attend à ce qu’il fasse son travail aisément ? », se demande Hussein Abdel-Maqsoud, professeur de langue arabe dans une école publique. Les enseignants sont soumis à toutes sortes de pressions à l’intérieur de la classe. Outre le surnombre, les élèves font tout ce qui est interdit en classe : certains écoutent de la musique et des clips sur leurs portables en pleine classe et les actes d’indiscipline ne manquent pas. C’est ce qu’a affirmé le professeur accusé de tuer Islam, dans la première séance du verdict : « Je ne voulais pas tuer l’enfant, mais je voulais le discipliner car il m’a répondu d’une façon impolie ».

Les spécialistes s’attaquent profondément à l’origine du problème. Hanane Hafez, pédagogue et professeure à la faculté de pédagogie à l’Université de Hélouan, pense qu’il est prévisible que de tels actes se produisent. « Le métier de professeur est très sensible, car il exige une communication avec les enfants, d’où l’importance de fournir aux professeurs une ambiance propice », assure Hanane. Pour elle, le professeur fait partie de la société qui souffre de nombreux problèmes sociaux et économiques, tels que la hausse des prix et les mauvaises rémunérations, ce qui a eu comme conséquence que la violence a gagné une grande partie de la société. Mohamad Gamal, pédagogue, renchérit : « Parfois, l’enseignant a recours à la violence pour faire peur aux enfants et les obliger à prendre des leçons particulières pour ne pas perdre des points dans les travaux d’année. Un professeur qui n’est pas bien payé sera toujours soumis à une forte tension et aura recours à un châtiment qui n’est pas du tout approprié à la faute commise par l’élève ». Il explique qu’on s’attend à des cas de violence de l’élève contre son professeur, et on a déjà vu en 2006 un lycéen qui a giflé son professeur.

Pour sa part, le ministère annonce qu’il existe un décret ministériel en vertu duquel les châtiments corporels sont interdits dans les écoles. Réda Abou-Série, sous-secrétaire au ministère, pense qu’il ne faut rien exagérer. « Ces accidents sont loin de constituer un phénomène caractéristique de nos écoles. Cela ne veut pas dire que le ministère ne prendra pas les mesures nécessaires pour mettre un terme à ce genre de pratique », assure-t–il. Il se contente d’affirmer que des comités ont été formés pour discuter des sanctions dissuasives, obligeant les enseignants à arrêter cette pratique. Or, il est bien connu en Egypte que la création d’un comité pour la résolution d’une affaire signifie la placer dans l’oubli.

Mirande Youssef

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