Al-Ahram Hebdo : Comment interprétez-vous la baisse actuelle
des cours du brut ?
Hussein El Chehrestani :
Je pense que les industriels passent par une crise profonde.
Il s’agit d’une récession économique, et en plus de cela, le
marché souffre actuellement d’un surplus de l’offre.
— A combien estimez-vous ce surplus ?
— Le secrétariat général de l’Organisation des pays
exportateurs du pétrole fait actuellement ses calculs, et
nous annoncerons les chiffres exacts à Oran en Algérie, le
17 décembre, date à laquelle se tiendra notre prochaine
réunion extraordinaire. Mais il existe déjà des preuves de
cela : certains pays exportateurs ne trouvent par exemple
plus d’acheteurs sur le marché instantané.
— Mais quand les prix étaient très hauts, vous avez parlé
aussi d’un surplus de l’offre, et en mai dernier, vous avez
blâmé les spéculateurs. L’Opep n’est-elle jamais en tort ?
— A l’heure actuelle, les spéculateurs ne conduisent plus le
marché à la hausse, car il y a un sentiment prévalent de la
crise économique. Et, ce sentiment est appuyé par un manque
énorme de demande sur le brut, à cause de la baisse de
l’activité économique. Il suffit de mentionner que la
demande des Etats-Unis sur le brut a baissé de 1,2 million
de barils par jour (mbj), pendant le troisième trimestre.
C’est le premier consommateur mondial, et il représente à
lui seul la moitié de la demande mondiale.
— Pourquoi estimez-vous qu’en dessous de 50 dollars, comme
en ce moment, le prix du baril est trop bas ?
— Un prix raisonnable est certainement au-delà de 45
dollars. Ce prix ne traduit pas la valeur du brut, ni ne
procure assez de revenus pour les pays producteurs, ce qui
entraînerait un manque dans les investissements
indispensables à l’industrie. Pour l’Iraq, ce prix est trop
bas, il ne lui permet pas de poursuivre son plan de
restructuration massive. Vous savez, la semaine dernière, le
gouvernement iraqien a dû revoir à la baisse son budget, en
raison de la baisse de moitié des cours pétroliers. C’est
pourquoi l’Iraq a opté pour une baisse de production, qui
soit annoncée au Caire, au lieu d’attendre encore deux
semaines. Mais les décisions sont prises par consensus au
sein de l’Opep. Nous respectons cela. D’autant plus que la
baisse de la production ne va pas nous toucher directement.
— Et pourquoi pas ?
— Car l’Iraq est exempté du système des quotas, qui indique
à chaque pays membre la quantité qu’il doit produire. Cela
est pour permettre à l’Iraq d’accroître sa production, pour
combler les dépenses indispensables à la reconstruction.
L’Iraq produit actuellement 2,1 mbj.
Propos recueillis par Marwa Hussein
et Salma Hussein