OPEP.
Lors de la réunion consultative tenue au Caire le 29
novembre, l’organisation a demandé une hausse de 35 % des
prix du baril, sans préciser l’ampleur de la baisse de
production.
Consensus et message indirect
Parler
de prix plus haut n’implique-t-il pas une production moins
importante ? Si l’Opep a reporté de deux semaines l’annonce
de la baisse exacte de la production de brut, elle n’a pas
raté l’occasion de la réunion de consultation au Caire, le
29 novembre, pour annoncer qu’elle opte pour une
augmentation des prix de 35 %. Le signal le plus fort a été
transmis par le roi Abdallah d’Arabie saoudite, premier
producteur mondial, quand il a déclaré à un journal
koweïtien, le jour même de la réunion, qu’il favorisait un
prix à 70 dollars le baril, contre quelque 45 dollars
actuellement.
Pour augmenter le prix de 25 dollars, la baisse devra être
de grande ampleur. Surtout que la demande sur le brut,
pendant le 3e trimestre 2008, a beaucoup fléchi pour cause
de récession mondiale. Le ministre iranien du Pétrole,
Gholam Hossein Nozari, a estimé dimanche que le marché
pétrolier mondial souffrait d’un excédent de l’offre de deux
millions de barils par jour. « Il y a un excédent de deux
millions de barils par jour sur le marché et nous cherchons
à créer un équilibre entre l’offre et la demande », a-t-il
dit à la presse à l’occasion d’un forum sur le pétrole et le
gaz à Téhéran.
Ainsi, d’ici le 17 décembre, le secrétariat général du
Cartel observera le marché et étudiera l’impact des
précédentes baisses de quotas, lors de leur réunion
exceptionnelle qui aura lieu à Oran (Algérie).
Qu’y aura-t-il de neuf d’ici deux semaines ? L’Opep, qui
représente 40 % de la production mondiale de brut, fait
entendre la voix de prudence. Ainsi, pour ne pas créer de
désaccord dans un moment si critique, les pays connus par
leurs positions radicales ont atteint un compromis avec
l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe, grands
fournisseurs de brut aux Etats-Unis. « Notre opinion est
celle de l’Opep », a annoncé lors d’une conférence de
presse, Rafael Ramirez, ministre vénézuélien du Pétrole, à
la fin de la réunion exceptionnelle. Par ailleurs, l’effet
de l’hiver, qui commence à se ressentir, peut à lui seul
freiner la baisse des cours. La « wait and see » attitude
s’explique aussi par le fait que le Cartel a décidé, le 24
octobre, une réduction de sa production de 1,5 million de
barils par jour (mbj), entrée en vigueur le 1er novembre. Un
mois auparavant, l’organisation avait appelé ses membres à
ne pas dépasser leurs quotas, ce qui équivalait à une baisse
de production de 500 000 barils par jour. Ces décisions qui
ont réduit de 7 % la production de l’Opep n’ont cependant
pas eu l’effet souhaité sur les prix qui ont continué de
baisser.
Investissements menacés
En quatre mois, le prix du panier de l’Opep qui indique le
prix moyen des produits des 12 pays membres a chuté à moins
de 50 dollars le baril, contre un niveau record de quelque
140 dollars en juillet dernier. Une chute qui ne plaît à
aucun des membres. Même pas au plus grand producteur
mondial, dont les coûts de productions sont les plus bas au
monde. Le roi Abdallah de l’Arabie saoudite, souverain du
premier producteur mondial du brut, a déclaré samedi, dans
une interview au quotidien koweïtien Al-Sieyassah, que 70
dollars le baril serait un prix « équitable ». Pour le Qatar
également, un plancher à 70 dollars est « nécessaire », a
déclaré son ministre du Pétrole, Abdallah Al-Attiyah, sans
quoi « il y aura peut-être une pénurie (de pétrole) quand la
demande repartira ». L’Iran et l’Iraq, deux économies qui
dépendent lourdement des revenus pétroliers, ont dû revoir à
la baisse leurs dépenses publiques pour l’année prochaine
suite à la chute des prix. Certaines multinationales comme
Total ont averti qu’un baril inférieur à 70 dollars sera non
profitable. De plus, les nouveaux investissements dans le
domaine, comme la construction de nouvelles raffineries,
sont menacés d’être suspendus si les prix ne se redressent
pas. Ainsi, pour aboutir à ce prix, il faut inviter d’autres
producteurs à prendre des mesures parallèles à celles de l’Opep.
La Russie est le plus grand producteur hors Opep. Son
ministre du Pétrole, Sergei Shmatko, a indiqué que son pays
pourrait également baisser la production, pour soutenir l’Opep
à redresser les prix.
Baisse trop faible
La réunion du Caire a abordé l’ampleur d’une réduction des
quotas de production en décembre, la baisse étant un sujet
de consensus. L’Organisation des pays arabes exportateurs de
pétrole, dont l’Egypte a accueilli la réunion exécutive, le
même jour, a appelé à une baisse de 1,5 million de barils
par jour. Mais cette baisse est trop faible pour produire
seule l’impact souhaité. Hussein Abdallah, expert pétrolier,
estime que quelle que soit la baisse qui sera annoncée, elle
ne pourra pas réaliser la hausse des prix souhaitée. « Il y
a des positions politiques qui s’imposent à chacun des pays.
Si l’Iran propose une baisse de 3 millions de barils par
jour, le Koweït en proposera 500 000, et un compromis sera
ainsi atteint », explique-t-il. Ainsi pour lui, « les 1,5
mbj ne feront pas augmenter les prix, surtout si la
spéculation renchérit la tendance à la baisse des prix ».
Les prix n’atteindront pas 70 dollars en deux semaines. Sauf
si les grands producteurs hors Opep, comme la Russie, le
Mexique et la Norvège sacrifient eux aussi une partie de
leur production. Il faut attendre encore deux semaines avant
que plus d’informations ne soient dévoilées à Oran.
Marwa
Hussein
Salma Hussein