Thaïlande.
Le pays est en proie à une nouvelle vague de violences
visant à destituer le premier ministre,
Somchai Wongsawat, accusé
de corruption. Ce dernier n’est autre que le beau-frère de
l’ex-premier ministre exilé, Thaksin
Shinawatra, toujours homme fort
du pays.
Vers un nouveau putsch ?
Les tensions sont au plus haut en Thaïlande, un pays qui a
déjà connu 18 coups d’Etat ou tentatives en 76 ans. Cette
semaine, la crise politique, qui perdure depuis trois ans
dans ce pays, a franchi un nouveau cap quand les militants
de l’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), qui
réclament le départ du gouvernement, ont lancé leur « ultime
bataille » contre le gouvernement qu’ils accusent d’être un
pion au service de l’ancien premier ministre,
Thaksin
Shinawatra, exilé après avoir été renversé par un
putsch en 2006.
Depuis la semaine dernière, les manifestants
antigouvernementaux occupent les deux aéroports de la
capitale paralysant l’activité commerciale et la circulation
des touristes pour réclamer la démission du premier
ministre, Somchai
Wongsawat, accusé de corruption,
qui a refusé de démissionner. Ce dernier n’est autre que le
beau-frère de Thaksin
Shinawatra, premier ministre
exilé et homme fort du pays. « Nous nous battrons jusqu’à la
mort et nous ne nous rendrons pas », a assuré samedi
Somsak
Kosaisuk, l’un des leaders des manifestants qui
galvanisait ses partisans à l’aéroport Don
Mueang.
Brandissant la menace de poursuites judiciaires, la police
thaïlandaise a ordonné, dimanche, la dispersion immédiate
des manifestants hostiles au gouvernement qui bloquent les
aéroports de Bangkok. La police a parallèlement tenté
d’engager des pourparlers avec les manifestants, dans
l’espoir de mettre fin au face-à-face sans recourir à la
violence, a annoncé dimanche un porte-parole de la police.
Le 7 octobre, la police avait également dispersé sans
ménagement des milliers de manifestants du PAD qui avaient
bloqué les accès au Parlement de Bangkok, faisant deux morts
et près de 500 blessés.
Alors que le premier ministre a sommé à l’armée de se
déployer pour disperser les manifestants, le chef de l’armée
thaïlandaise, le général Anupong
Paojinda, a fait savoir qu’il
était opposé au recours à la force et de vives tensions ont
été signalées entre lui et M. Somchai.
Selon les experts, les militaires pourraient se retourner
contre le gouvernement à tout moment et fomenter un nouveau
putsch. Une hypothèse réfutée samedi par le général
Anupong
Paojinda qui s’est contenté d’appeler à des élections
rapides.
Selon les experts, Thaksin,
depuis son exil, bénéficie toujours d’un fort soutien chez
les Thaïlandais aux revenus les plus modestes, et ses
partisans, réunis au sein de l’Alliance démocratique contre
la dictature (DAAD), annoncent qu’au moins 100 000 personnes
soutiennent toujours l’actuel gouvernement. Agissant en
homme fort de Thaïlande, Thaksin
a mis en garde cette semaine contre toute tentative de
putsch. « Si l’armée fait un nouveau coup d’Etat, il y aura
des violences. Ce ne sera pas un putsch facile, comme dans
le passé, parce que la population en Thaïlande subit
maintenant des épreuves », a-t-il dit, ajoutant que l’armée
a aujourd’hui l’obligation de faire respecter la loi et
l’ordre. De peur de voir son beau-frère subir le même sort
que lui, M. Thaksin a déclaré :
« Les aéroports doivent être rouverts et les manifestants
doivent respecter non seulement la loi mais aussi tous les
citoyens de Thaïlande », en s’inquiétant du caractère «
dangereux » de la situation pour la « stabilité » et la «
confiance » dans le pays.
M. Thaksin, puissant homme
d’affaires de 59 ans, a été accusé d’abus de pouvoir, lors
de son renversement par l’armée, qui s’était déroulé sans
effusion de sang en 2006. Il a déjà fait l’objet d’une
condamnation par contumace à deux ans de prison pour
violation d’une loi anticorruption et est la cible d’autres
enquêtes judiciaires dans son pays. La PAD a juré
d’éradiquer l’héritage de Thaksin
Shinawatra, qui est honni par
une bonne partie des élites traditionnelles et des classes
moyennes de Bangkok.
Maha
Al-Cherbini