Al-Ahram Hebdo,Monde | Vers un nouveau putsch ?
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Thaïlande. Le pays est en proie à une nouvelle vague de violences visant à destituer le premier ministre, Somchai Wongsawat, accusé de corruption. Ce dernier n’est autre que le beau-frère de l’ex-premier ministre exilé, Thaksin Shinawatra, toujours homme fort du pays. 

Vers un nouveau putsch ? 

Les tensions sont au plus haut en Thaïlande, un pays qui a déjà connu 18 coups d’Etat ou tentatives en 76 ans. Cette semaine, la crise politique, qui perdure depuis trois ans dans ce pays, a franchi un nouveau cap quand les militants de l’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), qui réclament le départ du gouvernement, ont lancé leur « ultime bataille » contre le gouvernement qu’ils accusent d’être un pion au service de l’ancien premier ministre, Thaksin Shinawatra, exilé après avoir été renversé par un putsch en 2006.

Depuis la semaine dernière, les manifestants antigouvernementaux occupent les deux aéroports de la capitale paralysant l’activité commerciale et la circulation des touristes pour réclamer la démission du premier ministre, Somchai Wongsawat, accusé de corruption, qui a refusé de démissionner. Ce dernier n’est autre que le beau-frère de Thaksin Shinawatra, premier ministre exilé et homme fort du pays. « Nous nous battrons jusqu’à la mort et nous ne nous rendrons pas », a assuré samedi Somsak Kosaisuk, l’un des leaders des manifestants qui galvanisait ses partisans à l’aéroport Don Mueang.

Brandissant la menace de poursuites judiciaires, la police thaïlandaise a ordonné, dimanche, la dispersion immédiate des manifestants hostiles au gouvernement qui bloquent les aéroports de Bangkok. La police a parallèlement tenté d’engager des pourparlers avec les manifestants, dans l’espoir de mettre fin au face-à-face sans recourir à la violence, a annoncé dimanche un porte-parole de la police. Le 7 octobre, la police avait également dispersé sans ménagement des milliers de manifestants du PAD qui avaient bloqué les accès au Parlement de Bangkok, faisant deux morts et près de 500 blessés.

Alors que le premier ministre a sommé à l’armée de se déployer pour disperser les manifestants, le chef de l’armée thaïlandaise, le général Anupong Paojinda, a fait savoir qu’il était opposé au recours à la force et de vives tensions ont été signalées entre lui et M. Somchai. Selon les experts, les militaires pourraient se retourner contre le gouvernement à tout moment et fomenter un nouveau putsch. Une hypothèse réfutée samedi par le général Anupong Paojinda qui s’est contenté d’appeler à des élections rapides.

Selon les experts, Thaksin, depuis son exil, bénéficie toujours d’un fort soutien chez les Thaïlandais aux revenus les plus modestes, et ses partisans, réunis au sein de l’Alliance démocratique contre la dictature (DAAD), annoncent qu’au moins 100 000 personnes soutiennent toujours l’actuel gouvernement. Agissant en homme fort de Thaïlande, Thaksin a mis en garde cette semaine contre toute tentative de putsch. « Si l’armée fait un nouveau coup d’Etat, il y aura des violences. Ce ne sera pas un putsch facile, comme dans le passé, parce que la population en Thaïlande subit maintenant des épreuves », a-t-il dit, ajoutant que l’armée a aujourd’hui l’obligation de faire respecter la loi et l’ordre. De peur de voir son beau-frère subir le même sort que lui, M. Thaksin a déclaré : « Les aéroports doivent être rouverts et les manifestants doivent respecter non seulement la loi mais aussi tous les citoyens de Thaïlande », en s’inquiétant du caractère « dangereux » de la situation pour la « stabilité » et la « confiance » dans le pays.

M. Thaksin, puissant homme d’affaires de 59 ans, a été accusé d’abus de pouvoir, lors de son renversement par l’armée, qui s’était déroulé sans effusion de sang en 2006. Il a déjà fait l’objet d’une condamnation par contumace à deux ans de prison pour violation d’une loi anticorruption et est la cible d’autres enquêtes judiciaires dans son pays. La PAD a juré d’éradiquer l’héritage de Thaksin Shinawatra, qui est honni par une bonne partie des élites traditionnelles et des classes moyennes de Bangkok.

Maha Al-Cherbini

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