Inde-Pakistan.
Les attentats de Bombay, qui ont secoué l’Inde la semaine
dernière, ont troublé le processus de normalisation entamé
récemment entre les deux frères ennemis de l’Asie du Sud.
Des relations perturbées à nouveau
A
l’heure où les relations entre l’Inde et le Pakistan
commençaient à « se décrisper », les attaques sans précédent
de Bombay, capitale économique de l’Inde, qui ont fait 200
morts et 296 blessés, cette semaine, ont gravement mis en
péril cette fragile normalisation entre les deux pays. Après
trois jours de carnages, les forces spéciales indiennes ont
mis fin samedi au drame en neutralisant les quatre derniers
activistes islamistes, auteurs de l’attentat, retranchés
dans l’hôtel Taj Mahal, établissement prestigieux de la
ville. Juste après la fin du drame, le ministre indien de
l’Intérieur, Shivraj Patil, a remis dimanche matin sa
démission.
Alors que ces attaques avaient été immédiatement
revendiquées par un groupe islamiste inconnu, Les
Moudjahidin du Deccan, du nom d’une région de l’Inde, les
autorités indiennes ont vite montré du doigt leur voisin
pakistanais. Dans un discours à la nation, le premier
ministre indien, Manmohan Singh, a désigné des groupes
extrémistes basés dans des pays voisins de l’Inde —
formulation qui est généralement une allusion au Pakistan —,
menaçant les « pays voisins » de représailles s’ils
continuaient à abriter les auteurs des attaques. Quant au
ministre indien des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee,
il a été plus explicite : « Selon les premières enquêtes,
des éléments ayant des liens avec le Pakistan sont impliqués
dans les attaques », a-t-il déclaré samedi à New Delhi.
Selon la presse indienne, citant les services de
renseignements, un assaillant arrêté a indiqué, dimanche,
que tous les auteurs de l’attentat étaient des pakistanais
entraînés par Lashkar-e-Taïba, un groupe fondamentaliste
musulman basé au Pakistan alors que le Lashkar même a déjà
démenti toute implication et condamné les attaques.
Quels que soient leurs auteurs, ces attentats tombent très
mal car ils interviennent alors que le président
pakistanais, Asif Ali Zardari, avait lancé des initiatives
audacieuses, ces derniers temps, pour améliorer les
relations entre Islamabad et New Delhi. Certains experts
soupçonnent là une volonté des assaillants de détruire
l’entente naissante entre le Pakistan et l’Inde, après le
changement de régime à Islamabad, et la fin de l’ère
Musharraf. Le même scénario a eu déjà lieu en juillet 2006 :
A la suite d’une série d’attentats qui avaient fait plus de
180 morts à Bombay, les autorités indiennes avaient accusé
des extrémistes pakistanais, et les pourparlers de paix en
cours avec le Pakistan avaient été interrompus en ce moment.
Or, cette fois-ci, les choses ont une dimension différente
car le président américain Barack Obama, qui doit succéder à
George W. Bush le 20 janvier, a d’ailleurs fait de la
normalisation des relations entre les deux puissances
nucléaires un axe majeur de son programme de stabilisation
de l’Afghanistan et d’élimination d’Al-Qaëda. Ce qui
laisserait présager une intervention américaine de poids
pour normaliser les relations entre ces frères ennemis qui
se sont fait la guerre trois fois depuis leur indépendance
de la Grande-Bretagne en 1947. Déjà, juste après ces récents
attentats, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a appelé le
nouveau président pakistanais à des discussions rapides sur
la situation régionale afin de tenter de contenir la crise.
Ne pas réagir de façon excessive
Cherchant à contenir la crise naissante entre les deux pays,
le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a appelé,
samedi, l’Inde à ne pas réagir de façon excessive et trop
rapide aux attaques de Bombay et juré qu’il ferait preuve de
la plus grande sévérité si une implication pakistanaise
était prouvée. « Quels que soient les responsables de cet
acte primitif et brutal contre le peuple indien et l’Inde,
ils cherchent à déclencher une réaction de vengeance »,
a-t-il déclaré, estimant qu’il serait « contre-productif »
de réduire les attaques de Bombay à un problème
indo-pakistanais. Selon lui, « il s’agit d’une menace
mondiale, et c’est la raison pour laquelle nous devons y
faire face ensemble ».
Pour sa part, le ministre pakistanais des Affaires
étrangères, Shah Mehmood Qureshi, présent à New Delhi pour
des pourparlers bilatéraux de paix de quatre jours, a
condamné les attaques de Bombay, qualifiant les assaillants
d’ « animaux barbares ». Il a également appelé l’Inde à
cesser de faire porter la responsabilité des attentats au
Pakistan car il risquerait ainsi de faire retomber les
relations entre les deux pays dans l’hostilité d’autrefois :
« Bâtissons une nouvelle relation, sinon nous pourrons
retomber dans la situation que nous avons connue pendant
soixante ans, ce qui sera une tragédie au moins aussi grave
que celle-là. Je pense honnêtement que le gouvernement
indien aurait dû réfléchir davantage avant de tirer ces
conclusions rapides », a-t-il déclaré.
Tendant la main à New Delhi, le chef de la diplomatie
pakistanaise a affirmé qu’Islamabad souhaitait entretenir «
des relations amicales » avec son voisin et que les deux
pays avaient « une fenêtre d’opportunité » pour relancer le
processus de paix.
« La région a souffert, les populations aussi. Nous devons
donner de l’espoir aux populations de l’Asie du Sud »,
a-t-il déclaré, citant deux exemples de problèmes « pouvant
être résolus », selon lui : un accord sur les frontières
maritimes entre les deux pays et une réduction du nombre de
soldats présents sur le glacier de Siachen, dans le
Cachemire.
Malgré cette bonne volonté de contenir la crise, le Pakistan
a fait volte-face samedi en annulant la visite du chef de
ses services de renseignements, annoncée la veille pour
coopérer dans l’enquête et en le remplaçant par un simple
représentant de ces services. Ce changement brutal est
intervenu après des remous au sein de l’armée et du
gouvernement provoqués par l’annonce de l’envoi du général
Pasha, vendredi soir, par M. Gilani en personne, selon des
sources gouvernementales et militaires. Cette volte-face
n’est qu’une réaction à l’insistance de New Delhi à accuser
le Pakistan d’être responsable de ces dernières attaques.
Pour certains analystes, les Moudjahidin du Deccan ne sont
qu’un écran de fumée créé par les vrais responsables des
attaques de Bombay pour déjouer les efforts d’enquête. Mais,
qui sont les vrais auteurs du carnage ? Sont-ils vraiment
des éléments pakistanais ? Ou plutôt des éléments d’Al-Qaëda
comme le répètent certaines sources ?
La
réponse reste pour le moment inconnue.
Maha
Al-Cherbini