Al-Ahram Hebdo,Monde | Des relations perturbées à nouveau
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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Monde

Inde-Pakistan. Les attentats de Bombay, qui ont secoué l’Inde la semaine dernière, ont troublé le processus de normalisation entamé récemment entre les deux frères ennemis de l’Asie du Sud.  

Des relations perturbées à nouveau 

A l’heure où les relations entre l’Inde et le Pakistan commençaient à « se décrisper », les attaques sans précédent de Bombay, capitale économique de l’Inde, qui ont fait 200 morts et 296 blessés, cette semaine, ont gravement mis en péril cette fragile normalisation entre les deux pays. Après trois jours de carnages, les forces spéciales indiennes ont mis fin samedi au drame en neutralisant les quatre derniers activistes islamistes, auteurs de l’attentat, retranchés dans l’hôtel Taj Mahal, établissement prestigieux de la ville. Juste après la fin du drame, le ministre indien de l’Intérieur, Shivraj Patil, a remis dimanche matin sa démission.

Alors que ces attaques avaient été immédiatement revendiquées par un groupe islamiste inconnu, Les Moudjahidin du Deccan, du nom d’une région de l’Inde, les autorités indiennes ont vite montré du doigt leur voisin pakistanais. Dans un discours à la nation, le premier ministre indien, Manmohan Singh, a désigné des groupes extrémistes basés dans des pays voisins de l’Inde — formulation qui est généralement une allusion au Pakistan —, menaçant les « pays voisins » de représailles s’ils continuaient à abriter les auteurs des attaques. Quant au ministre indien des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee, il a été plus explicite : « Selon les premières enquêtes, des éléments ayant des liens avec le Pakistan sont impliqués dans les attaques », a-t-il déclaré samedi à New Delhi. Selon la presse indienne, citant les services de renseignements, un assaillant arrêté a indiqué, dimanche, que tous les auteurs de l’attentat étaient des pakistanais entraînés par Lashkar-e-Taïba, un groupe fondamentaliste musulman basé au Pakistan alors que le Lashkar même a déjà démenti toute implication et condamné les attaques.

Quels que soient leurs auteurs, ces attentats tombent très mal car ils interviennent alors que le président pakistanais, Asif Ali Zardari, avait lancé des initiatives audacieuses, ces derniers temps, pour améliorer les relations entre Islamabad et New Delhi. Certains experts soupçonnent là une volonté des assaillants de détruire l’entente naissante entre le Pakistan et l’Inde, après le changement de régime à Islamabad, et la fin de l’ère Musharraf. Le même scénario a eu déjà lieu en juillet 2006 : A la suite d’une série d’attentats qui avaient fait plus de 180 morts à Bombay, les autorités indiennes avaient accusé des extrémistes pakistanais, et les pourparlers de paix en cours avec le Pakistan avaient été interrompus en ce moment. Or, cette fois-ci, les choses ont une dimension différente car le président américain Barack Obama, qui doit succéder à George W. Bush le 20 janvier, a d’ailleurs fait de la normalisation des relations entre les deux puissances nucléaires un axe majeur de son programme de stabilisation de l’Afghanistan et d’élimination d’Al-Qaëda. Ce qui laisserait présager une intervention américaine de poids pour normaliser les relations entre ces frères ennemis qui se sont fait la guerre trois fois depuis leur indépendance de la Grande-Bretagne en 1947. Déjà, juste après ces récents attentats, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a appelé le nouveau président pakistanais à des discussions rapides sur la situation régionale afin de tenter de contenir la crise.

 

Ne pas réagir de façon excessive

Cherchant à contenir la crise naissante entre les deux pays, le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a appelé, samedi, l’Inde à ne pas réagir de façon excessive et trop rapide aux attaques de Bombay et juré qu’il ferait preuve de la plus grande sévérité si une implication pakistanaise était prouvée. « Quels que soient les responsables de cet acte primitif et brutal contre le peuple indien et l’Inde, ils cherchent à déclencher une réaction de vengeance », a-t-il déclaré, estimant qu’il serait « contre-productif » de réduire les attaques de Bombay à un problème indo-pakistanais. Selon lui, « il s’agit d’une menace mondiale, et c’est la raison pour laquelle nous devons y faire face ensemble ».

Pour sa part, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, présent à New Delhi pour des pourparlers bilatéraux de paix de quatre jours, a condamné les attaques de Bombay, qualifiant les assaillants d’ « animaux barbares ». Il a également appelé l’Inde à cesser de faire porter la responsabilité des attentats au Pakistan car il risquerait ainsi de faire retomber les relations entre les deux pays dans l’hostilité d’autrefois : « Bâtissons une nouvelle relation, sinon nous pourrons retomber dans la situation que nous avons connue pendant soixante ans, ce qui sera une tragédie au moins aussi grave que celle-là. Je pense honnêtement que le gouvernement indien aurait dû réfléchir davantage avant de tirer ces conclusions rapides », a-t-il déclaré.

Tendant la main à New Delhi, le chef de la diplomatie pakistanaise a affirmé qu’Islamabad souhaitait entretenir « des relations amicales » avec son voisin et que les deux pays avaient « une fenêtre d’opportunité » pour relancer le processus de paix.

« La région a souffert, les populations aussi. Nous devons donner de l’espoir aux populations de l’Asie du Sud », a-t-il déclaré, citant deux exemples de problèmes « pouvant être résolus », selon lui : un accord sur les frontières maritimes entre les deux pays et une réduction du nombre de soldats présents sur le glacier de Siachen, dans le Cachemire.

Malgré cette bonne volonté de contenir la crise, le Pakistan a fait volte-face samedi en annulant la visite du chef de ses services de renseignements, annoncée la veille pour coopérer dans l’enquête et en le remplaçant par un simple représentant de ces services. Ce changement brutal est intervenu après des remous au sein de l’armée et du gouvernement provoqués par l’annonce de l’envoi du général Pasha, vendredi soir, par M. Gilani en personne, selon des sources gouvernementales et militaires. Cette volte-face n’est qu’une réaction à l’insistance de New Delhi à accuser le Pakistan d’être responsable de ces dernières attaques.

Pour certains analystes, les Moudjahidin du Deccan ne sont qu’un écran de fumée créé par les vrais responsables des attaques de Bombay pour déjouer les efforts d’enquête. Mais, qui sont les vrais auteurs du carnage ? Sont-ils vraiment des éléments pakistanais ? Ou plutôt des éléments d’Al-Qaëda comme le répètent certaines sources ? La réponse reste pour le moment inconnue.

Maha Al-Cherbini

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