Musique.
L’Association philharmonique égyptienne dirigée par Ahmad
Al-Saïdi effectue des visites en province pour présenter des
concerts dans les écoles publiques et privées.
Le classique dans les écoles
8h.rendez-vous
à l’Opéra du Caire. Les musiciens membres de l’Association
philharmonique égyptienne se rassemblent et prennent le bus
à destination du Fayoum (à environ 80 km du Caire). Quelques
heures plus tard, les 25 musiciens se retrouvent sur les
planches du Palais de la culture du Fayoum, jouant sous la
baguette du maestro Ahmad Al-Saïdi.
Il s’agit, en fait, d’une série de concerts consacrés aux
élèves des écoles égyptiennes, un projet lancé par Al-Saïdi,
au début de l’année en cours.
« Depuis 1991, j’ai participé, avec l’Orchestre de l’Opéra
du Caire, aux concerts pour enfants. Même après l’avoir
quitté et fondé l’Association philharmonique en 2003, je
n’ai pas oublié les petits. En 2006, j’ai animé pour eux un
concert qui a eu un grand succès au centre culturel d’Al-Saqia.
Pourquoi donc ne pas se rendre dans les écoles ? L’année
suivante, j’ai présenté mon projet artistique à l’Union
européenne, qui aujourd’hui subventionne une grande partie
de cette activité. On rend visite aux élèves, non seulement
dans les écoles privées de la capitale, mais aussi dans les
villages les plus démunis », explique le maestro.
L’initiative « L’Orchestre, un invité dans les écoles » fut
donc annoncée. Certaines écoles y participent et reçoivent
l’orchestre en payant une partie des frais nécessaires. Des
hommes d’affaires et des compagnies privées soutiennent
matériellement l’initiative.
En salle, c’est le silence total. Les musiciens sont en
répétition, ils testent les micros et adaptent leurs
instruments. Des enfants âgés entre 6 et 14 ans font la
queue à l’entrée. Les petites filles, souvent voilées, en
uniforme ou en habits ordinaires soignent leur tenue.
Quelques-unes cherchent le bon endroit pour s’asseoir et
d’autres interrogent leurs institutrices sur l’idée.
Le
concert débute vers midi avec Pierre et le loup de
Prokofiev. Une histoire pour enfants racontée par un
narrateur et accompagnée de l’orchestre.
Le
narrateur introduit alors les personnages : le chat, le
canard, Pierre ... Il explique aux enfants quel instrument
correspond à quel personnage. En entendant la clarinette, un
élève lance avec surprise : « Est-ce la voix du chat ? ».
Les
musiciens souriants jouent dans une ambiance détendue, loin
du cadre classique de l’Opéra.
« On
présente des chefs-d’œuvre écrits par des compositeurs de
renom tels Beethoven, Mozart, Prokofiev ... Ce dernier a
écrit et composé lui-même son œuvre dédiée aux enfants et a
alterné narration et musique. On joue dans d’autres concerts
Les Quatre saisons de Vivaldi », précise Al-Saïdi. Au
programme aussi, des compositions récentes de jeunes
Egyptiens puisant dans le patrimoine arabe. Goha est une
autre histoire narrée au cours du concert. C’est un opéra
écrit par Gamal Fawzi et composé par Ahmad Al-Hénnaoui. «
Cette œuvre a été créée en 2004. Il s’agit d’un texte
lyrique qui présente aux enfants une histoire simple, mais
qui les incite à réfléchir. Cette fois-ci, il ne s’agit pas
d’un aller retour entre narration et musique. Au contraire,
la musique accompagne toujours l’histoire narrée. Mais dans
certains cas, je précise à l’orchestre de baisser le son, de
le hausser ou d’accélérer le rythme », indique Al-Hénnaoui.
Le narrateur exige que les enfants répondent aux questions
et écoutent la musique. « L’Institut de la musique arabe et
le Conservatoire existent en Egypte depuis 60 ans. Pourtant,
le nombre de musiciens d’orchestre est limité. L’Orchestre
de l’Opéra du Caire est à 80 % composé d’étrangers. Le
public appréciant la musique classique est également limité.
Avec ces concerts voyageant dans les provinces, on cherche à
initier les petits à la musique classique », ajoute le
compositeur de Goha.
Nesma
Abdel-Aziz, percussionniste, parle avec enthousiasme : «
J’aime sortir un peu du cadre de l’Opéra. Je me rappelle
qu’une petite fille est venue sur les planches après le
concert, essayant de tirer quelques instruments pour savoir
comment ça fonctionne. Le public enfantin nous plonge dans
une expérience renouvelable ».
La
réaction des enfants du Fayoum révèle un intérêt vif. Une
institutrice raconte que les petites filles s’interrogent le
lendemain sur les instruments qu’elles ont vus sur les
planches et comment les utiliser. « L’une d’entre elles est
venue me dire qu’elle veut jouer à l’école avec un vrai
instrument », dit-elle.
« On doit aller encore plus loin, dans les villages de la
Haute-Egypte, dans les campagnes, etc. Ce genre de musique
crée un sentiment de tranquillité et stimule l’imagination.
La musique peut guérir des maux comme la violence ou le
fanatisme », estime le violoniste Hassan Charara.
A la fin
du concert, des petites filles montent sur scène afin de
saluer le maestro, lui demandant où se déroulera le prochain
concert. « Peut-être que les petits ne comprennent pas
entièrement notre composition orchestrale, mais ils
s’attachent à l’histoire. D’une certaine manière, ils sont
touchés par la musique », lance Al-Saïdi.
Au cours
du mois de décembre, la subvention de l’Union européenne
arrive à sa fin. Le dernier concert a eu lieu à Belbeis (dans
le Delta). Al-Saïdi veut poursuivre ses visites dans les
écoles, il est alors à la recherche d’autres sources de
financement ... .
May
Sélim