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 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

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Arts

Photos. Adel Wassily expose à l’Atelier du Caire de très beaux clichés, où la joie de vivre se confond avec un regard passionné qui veut capter ce qui va au-delà du visible et du conscient.

Petites histoires humaines

Sur deux grands panneaux à l’entrée de l’exposition, deux grandes affiches annoncent des jeux du mouled. Sur l’une d’entre elles un grand œil nous dévisage et sur l’autre « la jeune fille du feu » offre ses sortilèges. Des têtes de spectateurs sont montrées de dos sur l’affiche même. Est-ce les visiteurs du mouled ou nous-mêmes spectateurs de ce monde et de cette exposition ? Un miroir intercalé entre les deux affiches donne le ton de cette exposition où l’on s’y voit sans se voir vraiment ; notre condition d’Egyptiens face au monde qui nous entoure et de ce monde en effervescence qu’est le mouled. Car Adel Wassily, passionné des êtres humains dans leur quotidien, s’en est allé muni de sa caméra, à travers la Haute et la Basse-Egypte pour capter le regard des gens dans leur périple à la recherche de convictions et de certitudes qui les rassurent, mais surtout à la recherche de ces moments furtifs de bonheur comme on peut les retrouver dans les mouleds.

Qu’ils soient musulmans ou chrétiens, qu’ils soient les visiteurs fervents du mouled chrétien de Gabal Al-Teir à Minya, ou de l’incontournable mouled musulman de Sayeda Zeinab au Caire, ils gardent dans le regard un je ne sais quoi de mystérieux et de gai qu’ils ont en commun. Ils parlent à Minya du pèlerinage qu’ils font tous les ans durant une semaine à Gabal Al-Teir, comme d’un lieu où l’on part pour estiver. Ce sont leurs vacances à eux dans un monde où financièrement et culturellement, les modes de vie sont différents. On les voit portant leurs objets pour ce périple attendu avec impatience. Des réchauds à gaz, des munitions et des objets qu’il leur faut pour cette semaine qu’ils passeront hors de leur domicile. Ce sont leurs vacances à eux où l’utile se marie à l’agréable, à savoir la demande de grâces et d’union avec Dieu et ses saints ou ses personnes sacrées est confondue avec le bonheur de se retrouver hors du temps avec d’autres personnes dans un objectif commun. Vieux et jeunes, femmes et enfants sont photographiés par la caméra de Wassily dans ces instants où ils vivent des moments de grâce. Sur une très belle photo, deux hommes âgés sont assis sur des balançoires. Dans d’autres photos, des femmes vêtues de leurs plus beaux habits sourient sans savoir qu’elles sont prises en photos. Des enfants à l’air narquois déambulent entre des grandes personnes sur des lieux qui les ramènent à des temps immémoriaux. La caméra de Wassily les montrent dans ces moments d’exception où le quotidien avec ses longues peines et ses souffrances est mis entre parenthèse pour laisser libre cours à ces moments de communion entre les âmes et avec l’au-delà. Sur les photos, les signes religieux se confondent avec les besoins du quotidien. Sur une photo, un marchand de kochari (mets populaire composé de lentilles, de riz et de pâtes, garni d’oignon) pose des images du Christ alors que sur le haut de sa petite voiture on peut lire « Dieu est grand » qui est un signe religieux musulman. Sur d’autres photos une Vierge trône à côté d’affiches commerciales. Des clins d’œil plein d’humour, mais également des mélanges qui n’ont pas l’air de contrarier ces gens habitués à toutes les contradictions.

« L’héritage culturel fait de superstitions et de traditions influence notre inconscient sans qu’on n’y soit parfaitement conscient, qu’il fasse partie du mouled ou d’autres moments de notre quotidien. Nous sommes tous pris dans ce piège dans le bon ou le mauvais sens », comme le dit Adel Wassily qui a voulu capter ces moments de joie et de gaieté, qui avec d’autres états d’âme font partie de notre manière d’être. Mais sommes-nous vraiment conscients de ces mélanges que nous vivons ? Sur des photos, des femmes et des hommes marchent en nous donnant le dos. Savent-ils où ils vont ? Savons-nous vers où nous allons ? Au-delà du mouled et de la joie, les inquiétudes d’un monde qui ne rassure pas et la peur de nos démons intérieurs que nous ne dominons sans doute pas, sont perçues dans les non-dits de cette exposition où la lumière des lieux et des espaces baignés de soleil sur les berges du Nil nous ramène à la quiétude d’un monde, où les contradictions entre la tradition et la modernité ne cessent de perturber un environnement social et intérieur qui se modifie à vue d’œil. Saurons-nous mieux comprendre ce qui se déroule en nous ? Adel Wassily essaye de capter, à travers sa caméra et ses photos bariolées de couleurs via son regard profondément humain, des moments intenses et riches d’émotions porteurs d’une histoire profondément ancrée en nous.

Soheir Fahmi

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Photos de Adel Wassily jusqu’au 12 décembre. A l’Atelier du Caire. 2, rue Karim Al-Dawla, de Mahmoud Bassiouni, centre-ville.

 




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