RD Congo. Les efforts
africains et onusiens se poursuivent pour trouver une issue à la crise
congolaise. Une nouvelle réunion est prévue la semaine prochaine. En attendant,
le statu quo fait craindre le pire sur la situation humanitaire.
Dangereux statu quo
Malgré
les multiples tentatives africaines et internationales pour mettre un terme au
conflit à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), le blocage reste
total. Et il faudra attendre une nouvelle réunion pour relancer les tentatives
de règlement. Les dirigeants des pays de la région des Grands Lacs vont en
effet se réunir au Kenya le 11 décembre pour s’entretenir du conflit en cours. C’est
ce qu’a annoncé dimanche la présidence tanzanienne dans un communiqué publié à
l’issue d’une rencontre entre le président tanzanien, Jakaya Kikwete, et le
secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, dimanche au cours d’une conférence
internationale à Doha. Il s’agira d’évoquer les progrès de la médiation de
l’Onu dans cette région, selon le communiqué.
Or, à
l’heure qu’il est, les progrès ne sont pas tangibles, bien que deux
personnalités de haut rang font office de médiateurs dans cette crise :
l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, en tant qu’envoyé spécial de
l’Onu, et l’ancien président tanzanien, Benjamin Mkapa, en tant qu’émissaire de
l’Union Africaine (UA).
Mais
l’un et l’autre doivent encore fournir beaucoup d’efforts. Même si Olusegun
Obasanjo a affirmé samedi « avoir fait avancer la cause de la paix » dans la
province déchirée du Nord-Kivu, chaque partie semble pourtant camper sur ses
positions. L’envoyé spécial de l’Onu a rencontré cette semaine le chef rebelle,
Laurent Nkunda, ainsi que le président congolais, Joseph Kabila. Il s’agissait
de sa deuxième tournée en RDC depuis sa nomination le 3 novembre comme
émissaire onusien. Mais mis à part des déclarations bateau — promesses de paix
et d’évolution — il n’a pas donné plus de détails sur sa rencontre avec Nkunda.
Cependant, il est clair qu’aucune avancée n’a été enregistrée. Lors de sa
première visite « exploratoire », M. Obasanjo avait reçu une liste de huit
revendications du général mutin, qui exige notamment l’ouverture de
négociations directes avec le gouvernement. Et le chef rebelle a insisté de
nouveau sur sa volonté de négocier directement avec le gouvernement. Mais les
deux parties semblent toujours achopper sur « le cadre » du dialogue, le
gouvernement souhaitant inclure dans les pourparlers l’ensemble des groupes
armés de la région.
L’ex-président
« Obasanjo nous a clairement dit que Kinshasa était disposé aux pourparlers et
qu’on pouvait revoir certaines choses, mais dans le cadre du programme Amani »,
a rapporté Laurent Nkunda. Ce programme, lancé en janvier, concerne tous les
groupes armés congolais des provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu,
dont les milices pro-gouvernementales Maï-Maï. « S’il n’y a pas de négociations
(directes), ça veut dire qu’il y aura la guerre (...). Si notre gouvernement
n’est pas prêt à le faire, cela signifie qu’il choisira la voie des armes », a
encore tonné M. Nkunda. Ces menaces n’ont pas fait plier le gouvernement. «
Kinshasa n’a lâché en rien de sa position. Le processus Amani est le seul cadre
», a rétorqué Lambert Mende, porte-parole du gouvernement. Tout en ajoutant : «
Il n’y aura pas de mécanismes pour discriminer un groupe par rapport aux autres
».
L’UE étudie l’envoi d’une force
Ce
blocage compromet une sortie de crise négociée dans la province du Nord-Kivu,
où les combats se sont intensifiés depuis octobre entre d’un côté le Conseil
national pour la défense du peuple (CNDP) de M. Nkunda et de l’autre l’armée
gouvernementale, ses alliés Maï-Maï et des miliciens hutus rwandais. Il
présente également une menace quant à la situation humanitaire, de plus en plus
critique. Plus de 250 000 personnes ont été déplacées depuis fin août dans le
Nord-Kivu et vivent dans des conditions souvent effroyables.
A ce
sujet, la pression monte à nouveau sur les Européens pour qu’ils envoient une
force militaire sur place pour faire face à une situation humanitaire, le temps
qu’arrivent les renforts promis par l’Onu. La Belgique a indiqué dimanche, par
la voix de son ministre des Affaires étrangères, Karel de Gucht, avoir été
sollicitée par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, pour participer à
une mission européenne intérimaire dans son ancienne colonie. Il a parlé d’une
opération de « relais », sans préciser l’étendue exacte de son mandat, au
Nord-Kivu. A Kinshasa, l’idée a été accueillie « favorablement » par le
gouvernement, pour qui « toute force (...) qui contribue à stabiliser la
situation au plan national et régional est la bienvenue », selon un
porte-parole gouvernemental. Pour la rébellion de Laurent Nkunda en revanche, «
c’est une surprise désagréable », car « on pensait que les Nations-Unies
étaient engagées dans une solution pacifique de la crise », a dit son
porte-parole.
L’idée
est d’avoir, en attendant l’arrivée des renforts de la Monuc, la force de paix
onusienne, pendant « quatre à six mois, une opération proprement dite
européenne sous commandement européen », selon Karel de Gucht, qui espère le
ralliement de 3 ou 4 autres pays à ce projet. D’autre part, dénonçant une «
vraie catastrophe humanitaire », 16 personnalités mondiales, dont d’anciens
responsables politiques et religieux, ont demandé jeudi dernier dans une lettre
ouverte aux dirigeants européens d’envoyer une force intérimaire pour protéger
les civils. La France, qui préside l’UE, avait déjà proposé fin octobre
d’envoyer des soldats au Nord-Kivu pour une mission humanitaire en appui à la
Monuc. Mais plusieurs pays, dont l’Allemagne, s’y étaient opposés. « Il faut
voir à présent s’il y aura un engagement suffisant de pays européens », selon
un porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères.
Abir Taleb