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 Semaine du 24 au 30 décembre 2008, numéro 746

 

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Société

Femmes Divorcées. Un site Internet, Le Club des divorcées, leur permet d’échanger leurs expériences et surtout d’accepter leur nouveau statut. L’expérience est vieille de cinq ans et gagne de plus en plus en popularité.

Un club contre l’exclusion

« La société doit changer son regard envers les divorcées », c’est le but annoncé par les responsables du club pour femmes divorcées. Le premier du genre, ce club accueille et offre son soutien à cette catégorie de femmes en les écoutant, mais aussi en les aidant à affronter leur nouvelle vie. Pas de local, ni de mobilier pour ce club, il suffit de taper quelques lettres sur un clavier pour avoir accès au site électronique Islam online ; il suffit ensuite de cliquer sur « problèmes et résolutions » puis sélectionner Club des divorcées. La seule condition pour devenir membre dans ce forum c’est d’avoir le statut de divorcée. Selon Samar Doweidar, directrice de rédaction du site, l’idée au départ de cette page était de réceptionner les différents problèmes des jeunes. « A travers les échanges, on a découvert que les divorcées rencontraient de vrais problèmes, c’est pourquoi on a décidé de créer ce club. Une chose a attiré notre attention : cette catégorie est complètement marginalisée et négligée par la société », dit Doweidar, en expliquant les motifs pour lesquels ce club a été fondé. Elle poursuit que d’après les recherches et les sondages effectués par l’équipe du travail du site, la situation s’est avérée choquante. Il existe en Egypte près de quatre millions de femmes divorcées, et ce nombre ne cesse d’augmenter. Ces chiffres sont proches des autres pays arabes. Des femmes vivent constamment sous pression et dans des conditions qui sont loin d’être confortables. Alors selon Samar, le site a décidé de leur offrir un espace d’expression.

Aujourd’hui et après 5 ans d’existence, ce club a pu rassembler des centaines de femmes de tous les pays arabes d’autant que les raisons de divorce et leurs maux ne différent pas énormément d’un pays à l’autre. « En Egypte comme au Maroc, en Arabie saoudite ou ailleurs, la plupart des ruptures ont lieu au cours des 5 premières années du mariage. Et partout l’échec de la relation conjugale retombe sur la femme », dit Doweidar, qui poursuit que pour ces femmes, le grand défi est de faire face à la société. D’après les contacts avec les différentes femmes répudiées, elles ont toutes confirmé que la société est dure à leur égard, ce qui les pousse à s’isoler ou à opter pour la solitude.

En fait, ce club est dirigé par une équipe constituée de spécialistes et de psychiatres qui accueillent les messages de ces femmes et leur prodiguent les conseils nécessaires comme celui d’accepter leur nouvelle situation et de considérer la rupture comme un commencement et non pas une fin. Leïla, divorcée à l’âge de 20 ans, s’est repliée sur elle-même, prenant distance par rapport aux gens pour éviter les préjugés.

« Après qu’une amie m’eut conseillé de consulter le club sur Internet, j’ai découvert la profusion de cas de divorce et j’ai compris que ce n’est pas la fin du monde, mais que je devais continuer ma vie sans me soucier des jugements des autres », estime-t-elle. Aujourd’hui, elle a refait sa vie avec un jeune homme et elle a un enfant de trois mois.

Redonner espoir

D’après Doweidar, ces femmes ont besoin d’être écoutées d’autant qu’il n’existe aucune organisation civile ou institution gouvernementale qui attache de l’importance à cette catégorie de femmes. « Les institutions féminines offrent des aides selon certaines conditions à toutes les femmes qui sont dans le besoin, y compris celles qui sont divorcées, mais la vérité est que notre expérience a dévoilé que ces dernières ont besoin qu’on leur accorde plus d’attention et surtout d’être à leur écoute », dit Samar. Quant au club, il ne présente pas d’aide matérielle directe ni de refuge, puisqu’il n’a pas de budget ni d’autorisations nécessaires. Et pour celles qui sont dans le besoin, le club les oriente au bon endroit comme les différentes ONG ou le Conseil national de la femme et celui de la maternité et de l’enfance.

Mais sa plus grande particularité est de garder l’anonymat, puisque tout se déroule dans la confidentialité. Le fait que le club soit online sur un site électronique a encouragé les femmes à s’exprimer, puisqu’à travers ce moyen, elles peuvent toutes communiquer sans se voir. « Elles ne sont pas les seules et elles ne sont pas toutes fautives », c’est le message que l’équipe du club tient à faire parvenir à chaque femme divorcée via ce contact. D’après Doweidar, les femmes s’éclatent et parlent de cette injustice dont elles sont les victimes. « On ne les entend pas, c’est seulement à travers des messages écrits. Des messages reflétant les cris de détresse de ces femmes qui nous demandent de mettre en lumière leurs problèmes avec la société qui les accuse de tous les maux. C’est pourquoi elles préfèrent s’isoler », explique Doweidar.

« J’ai voulu me remarier, mais la mère de mon prétendant n’a pas voulu de moi car je suis divorcée », « Je ne veux plus sortir avec mes anciennes copines en compagnie de leurs maris, car chacune craint que je ne lui pique son conjoint », « En tant que divorcée, mes parents n’acceptent pas que je vive seule car ils ont peur du qu’en-dira-t-on », « Le portier fait semblant de regarder sa montre lorsque je rentre tard le soir, car comme les autres, il s’est donné le droit de surveiller la divorcée ». Ce sont quelques témoignages faits par ces femmes, dont le seul tort est d’avoir choisi de sortir du cadre commun que tout le monde veut voir. Le Dr Amr Abou-Khalil, consultant sur le site, affirme que dans ce cas-là, il faut aider ces femmes à reprendre confiance en elles-mêmes. « On donne aussi des conseils concernant l’éducation des enfants, ce qu’il faut dire et ne pas dire à propos du père et de la nouvelle situation », dit-il.

La sociologue Azza Korayem voit ce club comme un pas très important pour soutenir cette catégorie de femmes, dont le grand besoin est d’échanger leurs expériences et tenter de s’adapter à ce nouveau statut que la société rejette, même si personne ne le déclare ouvertement. Cependant, continue Korayem, il faut faire attention en fréquentant ce club de ne pas s’isoler dans ce monde virtuel et s’éloigner du monde réel pour le fuir.

Or, Imam Hassanein, expert social au Centre des recherches sociales, désapprouve ce genre de « ghetto ». Il faut aussi tenir compte qu’au début du divorce, les femmes sont fragiles et perdent parfois la boussole, alors il faut avoir un peu de connaissance et du bon sens pour les guider dans la vie.

En général, que l’on soit pour ou contre, l’expérience a prouvé sa réussite comme l’affirme Doweidar. La preuve, selon elle, en est qu’elle a prévu pour ce projet une période de quelques mois. L’objectif était d’attirer l’attention sur les problèmes des divorcées puis en finir. Mais la réaction des femmes prouvant que leur vie a beaucoup changé grâce à l’espoir que leur a donné le club a fait que le projet a duré cinq ans.

Aujourd’hui, l’équipe espère transformer prochainement ce forum en un club réel. « Nous avons commencé à avoir des contacts avec des hommes divorcés qui ont perdu aussi la boussole ». En communiquant ensemble et avec les autres, ils contribueront à corriger l’image des divorcées dans la société. Des rencontres qui pourront peut-être donner naissance plus tard à de nouveaux couples.

Hanaa Al-Mékkawi

 




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