Baisses de prix
La baisse historique de production de 2,2 millions de
barils, annoncée par l’Opep, devrait aider les prix du
pétrole à se stabiliser autour de leurs niveaux actuels,
mais a peu de chances de les ramener aux 75 dollars
souhaités par le cartel.
Calculée sur le niveau de production réel, cette baisse,
la troisième en quatre mois, est la plus importante
décidée depuis 1982. L’Organisation des pays
exportateurs de pétrole, qui, selon ses habitudes, a
savamment entretenu le flou autour des chiffres, a
ramené son objectif de production à 24,84 millions de
barils, contre 27,3 précédemment. Cela revient dans les
faits à une réduction de 2,5 mbj des quotas.
Frappés par une contraction historique de la demande et
par la fuite des investisseurs spéculatifs, les prix du
brut ont perdu plus de 70 % de leur valeur en l’espace
de cinq mois. La réduction annoncée devrait être
suffisante pour empêcher les prix de tomber plus bas en
2009. Mais les profondes inquiétudes persistant sur la
demande devraient toutefois freiner un rebond
significatif des prix. Le problème qui subsiste est
qu’aujourd’hui personne n’est en mesure de faire un
pronostic fiable sur l’économie mondiale, et par défaut
sur le niveau de la demande mondiale.
Autre élément de nature à limiter l’impact positif de la
décision de l’Opep sur les prix : les opérateurs doutent
fortement de la capacité de l’Organisation à respecter
ses propres consignes. L’histoire de l’Opep a en effet
montré que durant les périodes de chute des prix, ses
membres, à l’exception notable des Saoudiens, étaient
tentés de ne pas respecter les baisses de production
pour maintenir leurs entrées de devises. Les baisses de
production annoncées précédemment n’ont été appliquées
par ses membres qu’à hauteur de 50 à 60 %. Quant à la
participation des pays non-membres du cartel, elle n’a
pas été prise au sérieux par le marché. La Russie et
l’Azerbaïdjan se sont dit prêtes à réduire leur offre
pour soutenir le cartel dans ses efforts de
stabilisation des prix, mais l’Opep n’a obtenu aucun
accord formel. La Russie, premier producteur hors-Opep,
s’est ainsi abstenue de s’engager fermement à réduire
ses approvisionnements. Pire : Moscou a écarté l’idée
d’une adhésion à l’Opep, malgré des déclarations faites
en ce sens par le président russe Dmitri Medvedev.
Les
observateurs du marché estiment de toute façon que la
baisse annoncée ne suffit pas à compenser le recul de la
consommation mondiale, qui pâtit de la crise économique.
Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), la
demande mondiale de pétrole aura reculé en 2008 pour la
première fois depuis 25 ans. Et si l’AIE, qui défend
l’intérêt des pays industrialisés, estime toujours que
la demande va rebondir l’année prochaine, la plupart des
observateurs, y compris le gouvernement américain,
pensent désormais le contraire.