Al-Ahram Hebdo,Invité | « Nous sommes sur la bonne voie »
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 Semaine du 24 au 30 décembre 2008, numéro 746

 

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Invité

A l’occasion d’une conférence organisée au Caire sur l’excision, Mouchira Khattab, présidente du Conseil national de la maternité et de l’enfance, évoque les efforts consentis pour lutter contre ce phénomène. Elle aborde le problème du harcèlement sexuel et la place de la femme dans la société.

« Nous sommes sur la bonne voie »

Al-ahram hebdo : Une conférence a été tenue récemment au Caire sur l’excision. Comment jugez-vous ses recommandations ?

Mouchira Khattab : Il a été notamment décidé d’activer la loi qui incrimine l’excision des filles. Et ce, en encourageant les gens à déclarer les cas d’excision qu’ils rencontrent. Il faut également poursuivre les efforts de sensibilisation en coopération avec les ONG, les écoles, les universités, les instances officielles et populaires. Je crois que nous sommes sur la bonne voie.

— Y a-t-il eu des réalisations palpables concernant l’excision en Egypte ?

— Oui, l’Egypte a réalisé un progrès important sur la voie de l’éradication totale du phénomène de l’excision. De nombreux indices le prouvent. Premièrement, les chiffres concernant cette pratique annoncent un recul de l’excision de 50 % parmi les jeunes filles qui ont entre 10 et 18 ans  et qui sont scolarisées. Deuxièmement, il y a eu la promulgation d’une loi incriminant l’excision et un décret émanant du ministère de la Santé interdisant aux médecins de pratiquer l’excision quelle qu’en soit la forme. Ensuite, le silence médiatique sur cette pratique a été brisé. Dans de nombreux villages, en Haute-Egypte notamment, les habitants sont opposés à cette pratique.

Un grand nombre de bénévoles hommes et femmes ont collaboré à la lutte contre l’excision. Il existe aujourd’hui un discours religieux, musulman et chrétien, éclairé pour dire que l’excision n’a rien à voir avec la religion.

— Le harcèlement sexuel prend de plus en plus d’ampleur en Egypte. Quelles sont les causes de ce phénomène et comment y mettre un terme ?

— A mon avis, ce phénomène revient à la mauvaise éducation tant des filles que des garçons auxquels on inculque un schéma  comportemental très malsain. Par exemple, il y a des familles qui permettent au grand frère d’exercer une autorité sur ses sœurs ou d’intervenir dans leurs affaires privées. De plus, beaucoup de familles apprennent à leurs filles que leurs corps sont plus importants que leurs esprits. Les comportements dans les rues se caractérisent  de façon générale par la violence, en particulier envers la femme et l’enfant.

Pour faire face à ce phénomène, il faut se concentrer avant tout sur la sensibilisation, y compris dans les programmes scolaires. Il faut aussi apprendre aux enfants comment se protéger contre toutes formes de harcèlement.

Nous avons également besoin de renforcer l’idée de l’égalité des sexes et du concept selon lequel le respect de soi implique  forcément le respect d’autrui. D’autre part,  il faut une punition sévère et immédiate pour les personnes qui commettent le harcèlement.

— La femme égyptienne et arabe souffre de la discrimination. Comment est-il possible d’évoluer vers plus d’égalité ?

— Je pense qu’il faut se concentrer sur l’enseignement si l’on veut réaliser à terme une vraie parité, il faut en priorité commencer par l’égalité des chances dans l’enseignement. Les filles doivent être scolarisées. De même, il faut que les femmes aient les mêmes chances que les hommes sur le marché de l’emploi. Il faut leur garantir le maximum de protection sociale dans le domaine professionnel.

Il est urgent que les femmes ne soient plus victimes. Elles doivent gérer leurs vies et leurs avenirs en profitant de toutes les opportunités qui leur sont offertes au sein de la société, que ce soit au niveau politique ou social. Il s’agit également d’encourager les hommes à accepter tous les rôles que la femme peut assumer dans la société.

— L’Egypte souffre gravement du phénomène du travail des enfants. Quels sont les efforts déployés dans ce domaine, sachant que la lutte est confrontée à des obstacles sociaux et économiques ? 

— Le travail des enfants est un problème compliqué dans lequel s’enchevêtrent de nombreux facteurs économiques et sociaux. Une stratégie nationale a été élaborée pour lutter contre le travail des enfants. Elle commence malgré toutes les difficultés à porter ses fruits. Le rôle de chaque partie concernée, qu’il s’agisse de ministères, d’organismes gouvernementaux ou non-gouvernementaux, est déterminé.

Le Conseil national de la femme et de l’enfant a élaboré des projets et des programmes pour lutter contre le travail des enfants. La loi qui régit le travail des enfants a été amendée de sorte à augmenter l’âge légal du travail des enfants de 14 à 15 ans. Il faut lutter par tous les moyens contre le phénomène de la fuite scolaire et fonder des écoles pour accueillir ces enfants travailleurs.

— Des critiques sont adressées au Conseil affirmant qu’il se contente d’organiser des conférences et des colloques, sans que ceci n’aboutisse à des résultats palpables. Qu’en pensez-vous ?

— Ceci n’est pas vrai : nous travaillons sur terrain. Par exemple, le projet national contre l’excision des filles œuvre dans 120 villages répartis sur 10 gouvernorats. Et dans le projet de la lutte contre le travail des enfants, le Conseil travaille dans 5 gouvernorats, en plus de nombreuses zones sauvages. Et pour ce qui est de l’initiative de l’enseignement des filles, le Conseil travaille dans des centaines de villages, bourgs et zones sauvages dans la plupart des gouvernorats.

— Nombreux pensent que les outils de travail du Conseil ne sont pas optimisés et qu’il est incapable d’opérer un changement réel dans la pensée des Egyptiens ...

— Ceci n’est pas vrai, puisque le Conseil a abordé des questions délicates qui étaient auparavant des tabous dans la société égyptienne, comme les enfants de la rue, le travail des enfants, l’exclusion scolaire des filles ainsi que leur mariage précoce.

Le Conseil a réussi à mettre ces questions sur l’agenda national et médiatique égyptien et a même réussi à y trouver des solutions par l’intermédiaire de l’application sur terrain de programmes pionniers dans ce domaine. Tout ceci malgré le fait que le Conseil n’est pas un organisme exécutif et ne possède pas le budget nécessaire à de tels programmes. De plus, le Conseil a réussi à diffuser la culture des droits de l’enfant des 2 sexes qui est une nouvelle culture dans la société égyptienne.

— Le femme n’a pratiquement aucun rôle politique en Egypte. Comment est-il possible de lutter contre ce fait ?

— Ce recul du rôle de la femme a plusieurs causes. Premièrement, la culture de la participation de la femme à la vie politique en Egypte est faible de façon générale. Ensuite, les partis politiques en Egypte ne font rien pour créer des cadres politiques féminins. De plus, il y a la discrimination dont la femme fait l’objet dans notre société et à laquelle nous avons précédemment fait allusion.

— Nombreux pensent que les efforts du Conseil ne sont pas suffisants pour provoquer le changement requis dans la société au profit de la femme et de l’enfant et que la participation d’autres organismes est nécessaire. Qu’en pensez-vous ?

— Ceci est vrai, car le Conseil n’est pas un organisme exécutif mais un organisme chargé d’élaborer des politiques et des stratégies. Leur mise à exécution a donc besoin de la convergence des efforts de tous les organismes gouvernementaux. Il faut également que ces politiques soient introduites dans les programmes des ministères, comme ceux de la Santé, de l’Education, de l’Intérieur, de la Jeunesse et de l’Information. Il est également très important de consacrer des ressources financières dans le budget de l’Etat et des expertises hautement qualifiées pour la mise en application de ces politiques et programmes.

Propos recueillis par Magda Barsoum

 




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