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 Semaine du 24 au 30 décembre 2008, numéro 746

 

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Environnement

Lac Qaroun. Les infractions commises par la construction d’un complexe résidentiel de luxe sur ses rives ont provoqué une vive réaction des habitants alentours et des autorités de protection de l’environnement. Avec des résultats probants. Enquête.

Le pire aura ete evite

« La réserve naturelle du lac Qaroun est en danger, il faut vite réagir ! ». C’est l’appel lancé il y a quelques semaines par les défenseurs de l’environnement et des habitants du Fayoum. « Les bulldozers procèdent à des travaux de comblements autour du lac historique. Des photos en témoignent », s’insurgeait Ali Fahmi, membre du SSG (Site Supporting Group) du lac Qaroun, une organisation non gouvernementale qui travaille à la protection du lac et au soutien de la communauté locale. Il ajoute : « J’ai mal au cœur : le beau lac, les oiseaux migrateurs, et même la pêche sont menacés ». Selon lui, le problème réside dans le fait que la plupart des propriétaires de terrain sur le bord du lac agissent de la sorte. « Le lac Qaroun est un petit paradis sur terre, nous n’allons pas rester les bras croisés jusqu’à ce qu’il se transforme en un autre Hurghada ou Charm Al-Cheikh, où le développement immobilier à tout prix est la seule chose qui compte », annonce, furieux, Ali Fahmi. Ce qui le préoccupe le plus, c’est le chantier d’un nouveau projet de la compagnie Orascom, appelé Byoum. Selon la campagne de marketing, il s’agit du premier complexe résidentiel de luxe au Fayoum. Il comptera 164 villas et un hôtel 5 étoiles sur une surface totale de 463 995 m2, dont 7,11 % construits, soit moins des 8 % autorisés dans une réserve naturelle. Pour le Dr Mahmoud Al-Qaissouni, conseiller du ministre du Tourisme pour les affaires de l’environnement, « le projet Byoum est une question de vie ou de mort pour le gouvernorat du Fayoum. Ce gouvernorat, négligé pendant des dizaines d’années, pourra trouver sa place sur la carte touristique égyptienne grâce à un tel projet, à condition qu’il soit géré de manière durable, respectueuse de l’environnement en général et des écosystèmes en particulier ». Cependant, selon Ahmad Mansour, guide sur le lac Qaroun, le site qui accueillera la résidence Orascom est l’un des meilleurs du pays pour l’observation des oiseaux migrateurs. Il estime qu’après la construction du complexe, « plus personne ne viendra observer les oiseaux sur le site ».

« Le projet vient menacer la vie des oiseaux. L’activité principale dans cette résidence sera la chasse, il y aura aussi une marina pour les yachts. Comment peut-on garantir que ce projet ne détruira pas ce qui reste de plus beau en Egypte ? », se demande Dr Kohar Garo, professeure à la faculté de sciences, de l’Université du Caire, fondatrice du SSG et membre de l’association NCE (Nature Conservation Egypt). Avec une carabine antique comme logo, le projet invite clairement les amateurs de chasse à devenir propriétaires d’une villa dans le complexe. Mais comment cette chasse sera-t-elle organisée ? Aucune réponse claire n’est encore disponible.

 

Dresser des procès-verbaux

L’alerte sur le projet a été donnée il y a près de 5 mois quand la rédaction de l’Hebdo a reçu l’appel téléphonique de l’un des rangers des réserves naturelles du Fayoum. « Quelque chose de mauvais se prépare au lac Qaroun. De hauts responsables sont réunis au siège du gouvernorat, dont le gouverneur, le ministre du Tourisme et bien d’autres. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai voulu vous alerter. La presse est puissante, essayez de savoir ce qui va se passer et si l’environnement est menacé. Vous devriez absolument faire quelque chose », a-t-il prévenu. Quelque temps après, des travaux ont en effet commencé, et sur place les ONG et les propriétaires de maisons dans le village de Tunis, situé au bord du lac, se sont activés pour savoir qui était derrière le projet.

« Nous ne sommes pas contre l’exploitation ou l’investissement touristique. Mais nous sommes pour le développement durable, la conservation de la nature, des ressources et de l’équilibre biologique », souligne Ali Fahmi. Il poursuit : « Les bulldozers que j’ai photographiés à l’œuvre ne font qu’assassiner la nature, le lac et le rivage qui sont l’habitat naturel des oiseaux. Le problème ne se limite pas à Orascom, c’est un problème beaucoup plus général. Je suis presque certain que M. Samih Sawirès, PDG de la compagnie, ne connaît pas les agissements des ouvriers sur le chantier. Comme cela a été le cas à Gouna, on s’attendait à ce qu’Orascom soit le pionnier du développement durable au Fayoum », explique Ali. « Les comblements du lac et de sa plage sont presque quotidiens, nous sommes prêts à tout pour défendre le site qui reste vierge malgré la pollution du lac », affirme Mona Brinse, habitante de Tunis.

Le plus curieux c’est que les responsables de la réserve de Qaroun ne se sont pas montrés très prompts à intervenir pour empêcher les travaux d’agression du lac. « Nous avons appelé les responsables des réserves au Fayoum. J’ai personnellement attendu l’un deux pendant deux heures et il n’est pas venu en se contentant de me dire par téléphone que la compagnie Orascom avait toutes les autorisations nécessaires et que tous les travaux étaient sous contrôle ! », se rappelle Ali Fahmi, en ajoutant : « Que fallait-il faire ? Se contenter des réponses des responsables et oublier ce qu’on voyait sous nos propres yeux ? ».

Face à l’indifférence des responsables des réserves au Fayoum, les activistes environnementaux ont contacté directement le Dr Moustapha Fouda, directeur de la conservation de la nature au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE). Il a immédiatement réagi en envoyant des responsables sur le site et dresser des procès-verbaux contre Orascom. Quand Fouda a reçu des photos prises par les membres du SSG, il s’est ensuite rendu en personne sur les lieux. « J’ai effectué une visite surprise le vendredi 28 novembre à 6h du matin. Ce que j’ai vu était catastrophique. Les travaux devaient se dérouler à une distance d’au moins 30 mètres du rivage, c’est à cette condition que nous avons autorisé la compagnie à travailler, il lui fallait respecter la loi », souligne-t-il. En conséquence, il a ordonné la suspension des travaux. « La société Orsacom a été coopérative. Elle a remédié à la situation, c’est pourquoi elle peut maintenant travailler sans problème », assure le Dr Fouda.  

Résultats jugés satisfaisants

Mais l’Hebdo a voulu en savoir plus et a demandé de pouvoir visiter le site. Cordialement autorisée par M. Samih Sawirès, cette visite s’est déroulée le dimanche 14 décembre, soit plus de 15 jours après les photos du SSG. Une durée assez longue pour permettre de modifier la situation sur le terrain. Après notre tour en bateau sur le lac pour constater les éventuels dégâts sur les berges, les responsables d’Orascom ont ouvert les portes du chantier. A la place des bulldozers, deux lignes blanches étaient tracées sur le sol au bord du lac : l’une à 5 mètres du rivage et l’autre à 30 mètres ... Les responsables ont aussi nié toute infraction antérieure, alors que l’Hebdo était en possession de clichés prouvant le contraire. « Nous n’avons pas commis d’infractions. Nous travaillons dans le respect des règles dès le début des travaux il y a un mois maintenant … Les responsables de l’Agence environnementale sont venus nous rendre visite et ils ont indiqué dans leur rapport que tout se déroulait comme entendu », explique Ahmad Abdel-Salam, ingénieur sur le site de Byoum.

Malgré ces dénigrements, les résultats sont jugés satisfaisants de la part de la communauté locale et du SSG. « L’image a complètement changé, tout est rentré dans l’ordre, c’est exactement ce que l’on voulait », explique Hamdi, un habitant de Tunis. Ali Fahmi assure que ce qui compte pour lui, c’est la protection du lac. « Je suis ravi d’avoir pu faire quelque chose, mais ce qui m’intéresse maintenant, c’est de m’assurer que des infractions ne se reproduiront pas dans l’avenir », juge-t-il. Reste que les promoteurs immobiliers devraient maintenant prendre conscience qu’un travail de coopération en amont avec les populations avoisinantes est nécessaire. Ce qui permettrait à toutes les parties concernées de profiter en toute harmonie des richesses environnementales.

Dalia Abdel-Salam 

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3 questions à
Samih Sawirès,
PDG d’Orascom Hotels & Developement.

« Je ne suis pas prêt à perdre ma bonne réputation en abusant de l’environnement dans mon pays »

Al-Ahram Hebdo : Quel message voulez-vous faire passer en choisissant une carabine antique comme logo pour votre projet au Fayoum ?

Samih Sawirès : C’est juste un outil marketing ! Le lac Qaroun a toujours été le lieu de chasse aux canards des rois égyptiens Fouad et Farouq. La chasse fait donc partie du patrimoine et de l’histoire du site. Mais cela ne veut pas dire que la chasse ne sera pas contrôlée dans notre projet. Nous respectons l’environnement dans tous nos projets, et c’est justement pour cela qu’Al-Gouna a été récompensé de plusieurs prix internationaux. Pour cette affaire de chasse, elle est possible, mais en dehors de la résidence bien sûr et sous les conditions du ministère de l’Environnement et son département pour la conservation de la nature. C’est une règle que nous respecterons.

— Tout projet immobilier doit présenter une étude sur l’impact environnemental pour obtenir l’approbation des autorités. En avez-vous une ?

— Oui, bien sûr. Notre étude a été préparée par un expert, le Dr Ahmad Aboul-Azm. Dans cette étude, il est bien précisé que la première phase de notre projet est d’une longueur de 1 375,5 mètres au sud-ouest du lac Qaroun près du village Abchouay-Qaroun dans le gouvernorat du Fayoum. Les constructions occuperont quelque 7,11 % de la surface totale du complexe, alors que la législation sur les réserves nous permet de construire sur 8 %. Les constructions seront à 30 mètres du rivage. Toujours selon notre étude, le projet n’aura pas d’impact négatif sur les sites historiques ou géologiques pour la simple raison que le lieu historique le plus près, Domiyate Al-Sebae, se trouve à 25 km du complexe. Bref, je ne suis pas prêt à perdre ma bonne réputation en abusant de l’environnement dans mon pays.

— Et en ce qui concerne les eaux usées et les déchets solides ?

— Nous serons responsables de construire des réseaux d’égouts dans le complexe, dont les eaux usées seront traitées par une station de traitement contenant deux unités, dont la capacité de chacune est de 150 m3 par jour (donc 300 m3 pour les deux unités). Cette eau, une fois traitée, sera utilisée pour irriguer les espaces verts dans le complexe qui représentent 9,38 % de sa surface totale de 463 995 m2. Quant aux déchets solides, nous les gérons très bien dans tous nos projets antérieurs, donc nous ne sommes pas inquiets quant à ce sujet, nous savons comment faire. Bref, la protection de l’environnement est la seule garantie de notre investissement, alors il est logique que nous soyons les premiers à le respecter.

Propos recueillis par Dalia Abdel-Salam

 




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