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 Semaine du 24 au 30 décembre 2008, numéro 746

 

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Dossier

Unesco. L’Amérique a quitté l’organisation en 1984 dans le cadre de la guerre froide et aussi pour soutenir Israël, critiqué pour sa politique dans les territoires occupés. Et n’est revenue qu’en 2004.

Quand les Etats-Unis
se sont retirés de l’Unesco
 

Une organisation de culture, de vrais échanges culturels et de soutien aux efforts des pays en développement pour s’insérer dans le contexte mondial et assurer un mouvement de prise de conscience ? A l’exemple de l’Onu, dont elle dépend, l’Unesco a servi de champ de bataille, ce qui est normal, entre différentes idéologies. La politisation de cette instance a souvent entaché son action. Un des exemples les plus clairs est celui de la crise de 1983-84 : un des plus forts affrontements où le culturel s’est trouvé instrumentalisé dans le contexte de la guerre froide. Le 31 décembre 1984, les Etats-Unis mettent à exécution leur menace de départ et ils quittent l’Unesco, suivis par la Grande-Bretagne. A ressortir les documents de l’époque, on comprend, du moins on se le confirme, c’était sous la présidence de Ronald Reagan, maître de la Maison Blanche et l’un des piliers de la guerre froide. A l’Unesco, le directeur général était Amadou-Mahtar M’Bow, du Sénégal, et le premier et seul Africain jusqu’à présent à diriger l’organisation. Les analystes font état de points d’achoppement multiples, de nature structurelle, personnelle et politique, sur le fond comme sur le contenu. Cela explique la dureté de l’affrontement entre les Etats-Unis d’une part et les instances dirigeantes de l’Unesco, d’autre part, soutenues par les pays du tiers-monde et l’URSS. Pour Washington, il fallait user de l’arme économique. Faire céder les autres en exploitant le fait que c’est lui qui apporte la contribution la plus lourde au budget de l’Unesco. 22 % contre 12 % pour l’URSS. A l’époque, c’était tout le système onusien qui était dénoncé par Washington en se servant de différents arguments qui finalement débouchaient sur un seul : il y a une sorte de majorité « automatique » dans les instances onusiennes qui contrecarre les desseins américains. Plus particulièrement, l’Unesco était dénoncée comme un « nid de communistes ». En 1974, déjà, le Congrès américain, en accord avec le président républicain Gerald Ford, avait suspendu la contribution américaine suite à la reconnaissance de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et la condamnation de l’Etat d’Israël (qui n’a jamais appliqué une résolution de l’Onu). Une des clefs et sans doute la motivation principale pour Washington, jusqu’à présent, est donc de s’aligner sur Israël. Et pour tenter de se donner du crédit, les Américains affirmaient que les activités menées étaient contraires à la charte de l’Unesco. Or, le grief essentiel était le suivant : une nouvelle condamnation d’Israël. La suspension de l’aide culturelle à Israël, comme sanction pour ses politiques d’éducation dans les territoires occupés, lesquelles sont vues comme une tentative d’assimilation culturelle des Palestiniens des territoires occupés. Israël a été également fustigé pour les excavations sous le Dôme de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, qui auraient modifié les caractéristiques de la ville, patrimoine de l’humanité. On sait bien que ces violations se poursuivent menaçant la mosquée. Ces pratiques font partie de tout un stratagème visant à effacer toute trace de culture et de patrimoine arabe à Jérusalem. Des analystes américains expliquent même qu’il y avait des griefs personnels. Le directeur général de l’Unesco, M’Bow, Sénégalais musulman, est perçu comme l’incarnation de tous ces vices dénoncés par l’Amérique.

De plus, ce sont toutes les activités « unesciennes » que rejette l’Amérique, les accusant d’être dominées par un bloc de pays soviétiques alliés à une coalition du tiers-monde. « Ces pays cherchent un nouvel ordre mondial de l’économie et de la communication » qui ne satisfait ni les Etats-Unis ni leurs alliés conservateurs britanniques, en particulier le premier ministre Thatcher, laquelle a développé une « relation spéciale » avec les Etats-Unis et le président Reagan. Cela dit, l’Amérique s’est trouvée isolée, elle et la Grande-Bretagne. Les autres pays occidentaux n’ont pas suivi et il s’avérait très clair que l’Amérique voulait ignorer le système égalitaire se trouvant dans les instances onusiennes : un pays, une voix. Même pour appliquer les propositions américaines : celles-ci doivent être approuvées par la Conférence générale des Etats membres, qui se réunit chaque année au mois de novembre et où les Américains n’ont qu’une voix parmi toutes les autres. D’ailleurs, dans son discours annonçant la réintégration en 2004, George W. Bush souligne que « l’institution s’est réformée dans les domaines que les Etats-Unis ont cherché à réformer depuis leur départ, ce qui inclut une gestion plus saine, une épuration des activités et une adéquation avec ses missions ». Un départ sous un Républicain et un retour sous un autre ; il est certain que l’Unesco restera une arène politique.

Ahmed Loutfi

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Documentation : Divina Frau-Meigs,

« La excepcion cultural »,

Quaderns del CAC, no14,

septembre-décembre 2002,

sur le site Internet : www.audiovisualcat.ne

 

 

 




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