Unesco.
L’Amérique a quitté l’organisation en 1984 dans le cadre de
la guerre froide et aussi pour soutenir Israël, critiqué
pour sa politique dans les territoires occupés. Et n’est
revenue qu’en 2004.
Quand les Etats-Unis
se sont retirés de l’Unesco
Une
organisation de culture, de vrais échanges culturels et de
soutien aux efforts des pays en développement pour s’insérer
dans le contexte mondial et assurer un mouvement de prise de
conscience ? A l’exemple de l’Onu, dont elle dépend,
l’Unesco a servi de champ de bataille, ce qui est normal,
entre différentes idéologies. La politisation de cette
instance a souvent entaché son action. Un des exemples les
plus clairs est celui de la crise de 1983-84 : un des plus
forts affrontements où le culturel s’est trouvé
instrumentalisé dans le contexte de la guerre froide. Le 31
décembre 1984, les Etats-Unis mettent à exécution leur
menace de départ et ils quittent l’Unesco, suivis par la
Grande-Bretagne. A ressortir les documents de l’époque, on
comprend, du moins on se le confirme, c’était sous la
présidence de Ronald Reagan, maître de la Maison Blanche et
l’un des piliers de la guerre froide. A l’Unesco, le
directeur général était Amadou-Mahtar M’Bow, du Sénégal, et
le premier et seul Africain jusqu’à présent à diriger
l’organisation. Les analystes font état de points
d’achoppement multiples, de nature structurelle, personnelle
et politique, sur le fond comme sur le contenu. Cela
explique la dureté de l’affrontement entre les Etats-Unis
d’une part et les instances dirigeantes de l’Unesco, d’autre
part, soutenues par les pays du tiers-monde et l’URSS. Pour
Washington, il fallait user de l’arme économique. Faire
céder les autres en exploitant le fait que c’est lui qui
apporte la contribution la plus lourde au budget de
l’Unesco. 22 % contre 12 % pour l’URSS. A l’époque, c’était
tout le système onusien qui était dénoncé par Washington en
se servant de différents arguments qui finalement
débouchaient sur un seul : il y a une sorte de majorité «
automatique » dans les instances onusiennes qui contrecarre
les desseins américains. Plus particulièrement, l’Unesco
était dénoncée comme un « nid de communistes ». En 1974,
déjà, le Congrès américain, en accord avec le président
républicain Gerald Ford, avait suspendu la contribution
américaine suite à la reconnaissance de l’Organisation de
Libération de la Palestine (OLP) et la condamnation de l’Etat
d’Israël (qui n’a jamais appliqué une résolution de l’Onu).
Une des clefs et sans doute la motivation principale pour
Washington, jusqu’à présent, est donc de s’aligner sur
Israël. Et pour tenter de se donner du crédit, les
Américains affirmaient que les activités menées étaient
contraires à la charte de l’Unesco. Or, le grief essentiel
était le suivant : une nouvelle condamnation d’Israël. La
suspension de l’aide culturelle à Israël, comme sanction
pour ses politiques d’éducation dans les territoires
occupés, lesquelles sont vues comme une tentative
d’assimilation culturelle des Palestiniens des territoires
occupés. Israël a été également fustigé pour les excavations
sous le Dôme de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, qui auraient
modifié les caractéristiques de la ville, patrimoine de
l’humanité. On sait bien que ces violations se poursuivent
menaçant la mosquée. Ces pratiques font partie de tout un
stratagème visant à effacer toute trace de culture et de
patrimoine arabe à Jérusalem. Des analystes américains
expliquent même qu’il y avait des griefs personnels. Le
directeur général de l’Unesco, M’Bow, Sénégalais musulman,
est perçu comme l’incarnation de tous ces vices dénoncés par
l’Amérique.
De plus, ce sont toutes les activités « unesciennes » que
rejette l’Amérique, les accusant d’être dominées par un bloc
de pays soviétiques alliés à une coalition du tiers-monde. «
Ces pays cherchent un nouvel ordre mondial de l’économie et
de la communication » qui ne satisfait ni les Etats-Unis ni
leurs alliés conservateurs britanniques, en particulier le
premier ministre Thatcher, laquelle a développé une «
relation spéciale » avec les Etats-Unis et le président
Reagan. Cela dit, l’Amérique s’est trouvée isolée, elle et
la Grande-Bretagne. Les autres pays occidentaux n’ont pas
suivi et il s’avérait très clair que l’Amérique voulait
ignorer le système égalitaire se trouvant dans les instances
onusiennes : un pays, une voix. Même pour appliquer les
propositions américaines : celles-ci doivent être approuvées
par la Conférence générale des Etats membres, qui se réunit
chaque année au mois de novembre et où les Américains n’ont
qu’une voix parmi toutes les autres. D’ailleurs, dans son
discours annonçant la réintégration en 2004, George W. Bush
souligne que « l’institution s’est réformée dans les
domaines que les Etats-Unis ont cherché à réformer depuis
leur départ, ce qui inclut une gestion plus saine, une
épuration des activités et une adéquation avec ses missions
». Un départ sous un Républicain et un retour sous un autre
; il est certain que l’Unesco restera une arène politique.
Ahmed
Loutfi