Afghanistan.
L’intérêt porté par la nouvelle Administration américaine à
ce pays s’affirme avec la décision des Etats-Unis de
redéployer de 20 000 à 30 000 soldats de plus pour contrer
l’insurrection talibane.
Intérêt grandissant
Avant
même qu’il ne prenne officiellement les rênes du pouvoir le
20 janvier, le président américain élu, Barack Obama, a déjà
commencé à mettre en application ses engagements quant au
dossier afghan, l’une des priorités de sa politique
étrangère comme il l’a tant répété lors de sa campagne
électorale. Dans une tentative de casser l’épine talibane
qui ne cesse de se durcir ces dernières années, les
Etats-Unis ont décidé, dimanche, de déployer de 20 à 30 000
soldats de plus en Afghanistan d’ici au début de l’été
prochain, a annoncé l’amiral Mike Mullen, chef de
l’état-major interarmées américain. L’envoi de ces 30 000
nouveaux soldats, destinés à contrer une insurrection qui
gagne du terrain, doublerait quasiment le contingent
américain en Afghanistan, qui compte actuellement entre 30
000 et 35 000 hommes. Certains y opèrent à titre
indépendant, d’autres au sein de la Force internationale
d’assistance à la sécurité (Isaf) commandée par l’Otan. Ne
pouvant pas attendre jusqu’à l’été, Washington a affirmé,
cette semaine, qu’il prépare déjà l’envoi de près de 3 000
soldats en renfort dans le pays en janvier et de 2 800
autres d’ici au printemps prochain.
Optimiste, le gouvernement afghan s’est largement félicité
de la décision américaine, y voyant une bouée de sauvetage
contre l’ascension talibane. Pour le gouvernement afghan,
deux conditions sont nécessaires pour ce redéploiement : la
première est que ces forces soient envoyées dans les zones
de combat au sud et à l’est du pays. La deuxième est que
cette augmentation contribue à améliorer l’entraînement et
l’équipement des forces de sécurité nationales afghanes pour
leur permette de mieux combattre le terrorisme et défendre
le pays.
Selon les experts, cette hausse significative du contingent
américain en Afghanistan correspond au tournant en matière
de politique étrangère auquel s’est engagé le président
désigné, Barack Obama. Lors de sa campagne, l’ex-sénateur de
l’Illinois avait en effet promis que les Etats-Unis se
retireraient d’Iraq et que l’effort de guerre serait
concentré sur la lutte contre les Talibans, dont les
attaques ont redoublé d’intensité ces dernières années
malgré la présence de 70 000 soldats étrangers déployés dans
le pays. Depuis 2001, 1 036 soldats étrangers sont morts en
Afghanistan, dont 629 Américains, 134 Britanniques et 103
Canadiens.
Parallèlement à ce redéploiement des forces, l’armée
américaine a bien plus intensifié ses frappes contre les
Talibans cette semaine, en tuant quatre rebelles, samedi, et
neuf insurgés, dimanche, au cours de deux opérations des
forces de sécurité afghanes internationales, dans le sud de
l’Afghanistan, a annoncé le ministère de l’Intérieur.
Porte entrouverte au dialogue
Dans une tentative de tenir le bâton du juste-milieu, les
Etats-Unis ont laissé la porte du dialogue entrouverte avec
les Talibans, n’excluant pas la possibilité du dialogue.
Dimanche, l’ambassadeur américain à l’Onu, Zalmay Khalilzad,
a affirmé que les Etats-Unis et le gouvernement afghan
pouvaient négocier avec des Talibans modérés, mais
uniquement s’ils se trouvaient en position de force. « Je
pense qu’il faut que nous tendions la main aux Talibans qui
sont disposés à une réconciliation. Mais pour y parvenir, le
gouvernement et la coalition ont besoin d’être nettement
plus en position de force », a ajouté l’ancien ambassadeur
des Etats-Unis en Afghanistan, jugeant que le gouvernement
afghan du président Hamid Karzaï devait être plus honnête et
plus efficace.
Pendant ce temps, poursuivant de plus belle leurs attentats
suicide malgré les menaces américaines, les Talibans ont
fait exploser une bombe lundi matin dans le sud de
l’Afghanistan, faisant trois morts parmi les civils et cinq
blessés. La bombe, placée sur un kamikaze qui se trouvait
dans une voiture avec un chauffeur, a explosé dans une rue
très fréquentée du centre de Ghazni, une importante ville
située à 100 km au sud de la capitale Kaboul.
Pronostiquant que le redéploiement de nouvelles forces
américaines ne contribuera pas à réduire les violences
talibanes, les commandants des troupes américaines déployées
en Afghanistan estiment que l’arrivée de troupes ne changera
rien s’il n’y a pas un vrai plan du développement dans le
pays. « Au contraire, je pense que quand nous y recevrons
des renforts militaires, on verra s’élever le niveau des
violences. Les affrontements seront beaucoup plus durs », a
pronostiqué l’amiral Mike Mullen, chef de l’état-major
interarmées américain.
Des pronostics qui ont leur part de crédibilité, puisque les
Talibans n’ont éprouvé cette semaine la moindre inquiétude
suite à la décision américaine et ont toutefois prédit aux
Américains une défaite aussi « cuisante » en Afghanistan que
celle des Soviétiques, a déclaré un porte-parole des
rebelles talibans, Yousuf Ahmadi, qui a jugé que la décision
« étrange » d’envoyer des renforts montrait les
tergiversations des Etats-Unis face à un combat qui leur
échappe. « Chaque jour, les Américains changent leur
discours pour dissimuler leur défaite. Ils veulent
maintenant envoyer en Afghanistan le même nombre de troupes
que les Soviétiques dans les années 1980 », a estimé Ahmadi.
L’Union soviétique avait envahi l’Afghanistan en décembre
1979. Elle avait quitté le pays près de dix ans plus tard
sans avoir réussi à vaincre la coriace résistance des
moudjahidins (combattants) afghans, malgré le déploiement
permanent de plus de 100 000 hommes (entre 100 000 et 160
000 selon les époques et les estimations) dans le pays.
Pour sa part, le chef de file des rebelles talibans de
l’Afghanistan, Mullah Mohammad Omar, se sentant en position
de force, a tenté cette semaine d’imposer ses conditions aux
Américains, proposant une formule pour la fin des conflits
et le rétablissement de la paix dans son pays ravagé par la
guerre, mettant l’accent sur le calendrier du retrait des
forces étrangères de l’Afghanistan. « Les troupes de l’Otan
et des Etats-Unis doivent être remplacées par les troupes de
maintien de la paix provenant de pays musulmans, pour
assurer une transition stable jusqu’à ce que les Afghans
puissent aboutir à un gouvernement de consensus », a-t-il
estimé. Une autre demande de Mullah Omar porte sur le
partage du pouvoir avec l’actuel gouvernement de Kaboul, sur
l’intégration des combattants talibans dans l’armée
nationale et sur l’octroi de l’amnistie à ces derniers.
Mullah Omar, qui ne s’est plus présenté en public depuis son
renversement par les troupes américaines en 2001, a
antérieurement conditionné tout dialogue avec l’actuel
gouvernement afghan avec le retrait des forces
internationales. Sous la médiation de l’Arabie saoudite, une
rencontre a eu lieu, il y a trois mois, entre les Talibans
et des personnalités pro-gouvernementales afghanes, dont
certains parlementaires, à Riyad, la capitale du Royaume.
Selon les experts, le début de l’ère Obama marquera sans
doute le début de la chute des Talibans, car ce président a
fait de la lutte antiterroriste sa priorité par excellence.
Mais sans doute la tâche du nouveau président ne sera pas du
tout facile, elle prendra beaucoup de temps et d’efforts.
Les Talibans demeureront pour longtemps un vrai cauchemar
pour le président désigné.
Maha
Al-Cherbini