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 Semaine du 24 au 30 décembre 2008, numéro 746

 

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Afghanistan. L’intérêt porté par la nouvelle Administration américaine à ce pays s’affirme avec la décision des Etats-Unis de redéployer de 20 000 à 30 000 soldats de plus pour contrer l’insurrection talibane.

Intérêt grandissant

Avant même qu’il ne prenne officiellement les rênes du pouvoir le 20 janvier, le président américain élu, Barack Obama, a déjà commencé à mettre en application ses engagements quant au dossier afghan, l’une des priorités de sa politique étrangère comme il l’a tant répété lors de sa campagne électorale. Dans une tentative de casser l’épine talibane qui ne cesse de se durcir ces dernières années, les Etats-Unis ont décidé, dimanche, de déployer de 20 à 30 000 soldats de plus en Afghanistan d’ici au début de l’été prochain, a annoncé l’amiral Mike Mullen, chef de l’état-major interarmées américain. L’envoi de ces 30 000 nouveaux soldats, destinés à contrer une insurrection qui gagne du terrain, doublerait quasiment le contingent américain en Afghanistan, qui compte actuellement entre 30 000 et 35 000 hommes. Certains y opèrent à titre indépendant, d’autres au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) commandée par l’Otan. Ne pouvant pas attendre jusqu’à l’été, Washington a affirmé, cette semaine, qu’il prépare déjà l’envoi de près de 3 000 soldats en renfort dans le pays en janvier et de 2 800 autres d’ici au printemps prochain.

Optimiste, le gouvernement afghan s’est largement félicité de la décision américaine, y voyant une bouée de sauvetage contre l’ascension talibane. Pour le gouvernement afghan, deux conditions sont nécessaires pour ce redéploiement : la première est que ces forces soient envoyées dans les zones de combat au sud et à l’est du pays. La deuxième est que cette augmentation contribue à améliorer l’entraînement et l’équipement des forces de sécurité nationales afghanes pour leur permette de mieux combattre le terrorisme et défendre le pays.

Selon les experts, cette hausse significative du contingent américain en Afghanistan correspond au tournant en matière de politique étrangère auquel s’est engagé le président désigné, Barack Obama. Lors de sa campagne, l’ex-sénateur de l’Illinois avait en effet promis que les Etats-Unis se retireraient d’Iraq et que l’effort de guerre serait concentré sur la lutte contre les Talibans, dont les attaques ont redoublé d’intensité ces dernières années malgré la présence de 70 000 soldats étrangers déployés dans le pays. Depuis 2001, 1 036 soldats étrangers sont morts en Afghanistan, dont 629 Américains, 134 Britanniques et 103 Canadiens.

Parallèlement à ce redéploiement des forces, l’armée américaine a bien plus intensifié ses frappes contre les Talibans cette semaine, en tuant quatre rebelles, samedi, et neuf insurgés, dimanche, au cours de deux opérations des forces de sécurité afghanes internationales, dans le sud de l’Afghanistan, a annoncé le ministère de l’Intérieur.

Porte entrouverte au dialogue

Dans une tentative de tenir le bâton du juste-milieu, les Etats-Unis ont laissé la porte du dialogue entrouverte avec les Talibans, n’excluant pas la possibilité du dialogue. Dimanche, l’ambassadeur américain à l’Onu, Zalmay Khalilzad, a affirmé que les Etats-Unis et le gouvernement afghan pouvaient négocier avec des Talibans modérés, mais uniquement s’ils se trouvaient en position de force. « Je pense qu’il faut que nous tendions la main aux Talibans qui sont disposés à une réconciliation. Mais pour y parvenir, le gouvernement et la coalition ont besoin d’être nettement plus en position de force », a ajouté l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en Afghanistan, jugeant que le gouvernement afghan du président Hamid Karzaï devait être plus honnête et plus efficace.

Pendant ce temps, poursuivant de plus belle leurs attentats suicide malgré les menaces américaines, les Talibans ont fait exploser une bombe lundi matin dans le sud de l’Afghanistan, faisant trois morts parmi les civils et cinq blessés. La bombe, placée sur un kamikaze qui se trouvait dans une voiture avec un chauffeur, a explosé dans une rue très fréquentée du centre de Ghazni, une importante ville située à 100 km au sud de la capitale Kaboul.

Pronostiquant que le redéploiement de nouvelles forces américaines ne contribuera pas à réduire les violences talibanes, les commandants des troupes américaines déployées en Afghanistan estiment que l’arrivée de troupes ne changera rien s’il n’y a pas un vrai plan du développement dans le pays. « Au contraire, je pense que quand nous y recevrons des renforts militaires, on verra s’élever le niveau des violences. Les affrontements seront beaucoup plus durs », a pronostiqué l’amiral Mike Mullen, chef de l’état-major interarmées américain.

Des pronostics qui ont leur part de crédibilité, puisque les Talibans n’ont éprouvé cette semaine la moindre inquiétude suite à la décision américaine et ont toutefois prédit aux Américains une défaite aussi « cuisante » en Afghanistan que celle des Soviétiques, a déclaré un porte-parole des rebelles talibans, Yousuf Ahmadi, qui a jugé que la décision « étrange » d’envoyer des renforts montrait les tergiversations des Etats-Unis face à un combat qui leur échappe. « Chaque jour, les Américains changent leur discours pour dissimuler leur défaite. Ils veulent maintenant envoyer en Afghanistan le même nombre de troupes que les Soviétiques dans les années 1980 », a estimé Ahmadi. L’Union soviétique avait envahi l’Afghanistan en décembre 1979. Elle avait quitté le pays près de dix ans plus tard sans avoir réussi à vaincre la coriace résistance des moudjahidins (combattants) afghans, malgré le déploiement permanent de plus de 100 000 hommes (entre 100 000 et 160 000 selon les époques et les estimations) dans le pays.

Pour sa part, le chef de file des rebelles talibans de l’Afghanistan, Mullah Mohammad Omar, se sentant en position de force, a tenté cette semaine d’imposer ses conditions aux Américains, proposant une formule pour la fin des conflits et le rétablissement de la paix dans son pays ravagé par la guerre, mettant l’accent sur le calendrier du retrait des forces étrangères de l’Afghanistan. « Les troupes de l’Otan et des Etats-Unis doivent être remplacées par les troupes de maintien de la paix provenant de pays musulmans, pour assurer une transition stable jusqu’à ce que les Afghans puissent aboutir à un gouvernement de consensus », a-t-il estimé. Une autre demande de Mullah Omar porte sur le partage du pouvoir avec l’actuel gouvernement de Kaboul, sur l’intégration des combattants talibans dans l’armée nationale et sur l’octroi de l’amnistie à ces derniers. Mullah Omar, qui ne s’est plus présenté en public depuis son renversement par les troupes américaines en 2001, a antérieurement conditionné tout dialogue avec l’actuel gouvernement afghan avec le retrait des forces internationales. Sous la médiation de l’Arabie saoudite, une rencontre a eu lieu, il y a trois mois, entre les Talibans et des personnalités pro-gouvernementales afghanes, dont certains parlementaires, à Riyad, la capitale du Royaume.

Selon les experts, le début de l’ère Obama marquera sans doute le début de la chute des Talibans, car ce président a fait de la lutte antiterroriste sa priorité par excellence. Mais sans doute la tâche du nouveau président ne sera pas du tout facile, elle prendra beaucoup de temps et d’efforts. Les Talibans demeureront pour longtemps un vrai cauchemar pour le président désigné.

Maha Al-Cherbini

 




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