Menace
L’entrée en force de l’extrême droite à la direction du
Likoud, toujours favori pour les législatives
israéliennes du 10 février, menace de bloquer un
processus de paix qui peine à reprendre.
Les
primaires du Likoud, tenues la semaine dernière, ont
largement favorisé le camp des faucons du parti, ceux
qui n’ont pas renoncé au mythe d’un « Grand Israël »
englobant toute la Cisjordanie, au cœur de l’idéologie
de la droite israélienne durant des décennies. Le numéro
un du Likoud, l’ancien premier ministre Benyamin
Netanyahu, n’est pas parvenu à ancrer plus au centre son
parti. Tout au contraire, la liste électorale du Likoud
est dominée par des opposants à des compromis
territoriaux, ceux-là mêmes qui avaient dénoncé le
retrait de la bande de Gaza en 2005 et excluent la
création d’un Etat palestinien indépendant au côté
d’Israël.
Avant les primaires, M. Netanyahu avait exprimé sa
crainte qu’un Likoud encore plus marqué à droite ne
s’aliène une partie de l’opinion, en prêtant le flanc
aux accusations d’extrémisme que lui portent ses rivaux
du parti centriste Kadima au pouvoir et les
Travaillistes. A ce stade, rien ne prouve cependant que
les résultats des primaires amorcent un renversement de
tendance et arrêtent la montée spectaculaire dans les
sondages du parti, qui pourrait tripler sa
représentation parlementaire le 10 février, après s’être
effondré aux législatives de 2006 (12 sièges sur 120).
L’opinion publique en Israël penche à droite car elle
est convaincue qu’un accord de paix avec les
Palestiniens n’est pas à l’ordre du jour. De sorte que
la radicalisation du Likoud ne devrait pas le priver
d’une victoire électorale.
La
vraie question est de savoir si Netanyahu pourra
gouverner avec un tel parti. Il ne le pourra
probablement que si le processus de paix est au point
mort. Dans le cas contraire, il se retrouvera dans la
position intenable qu’il a connue quand il était premier
ministre entre 1996 et 1999, pris entre des pressions
internationales en faveur d’un compromis et celles de
son aile dure. Netanyahu s’est toujours opposé à la
création d’un Etat palestinien qui disposerait des
attributs réels de la souveraineté. Pour le reste, il
maintient un certain flou sur ses options politiques. Si
la montée de l’extrême droite au sein du Likoud ne
devrait pas entamer de façon significative la popularité
du parti, elle risque en revanche d’avoir des
conséquences graves le jour où Netanyahu formera le
prochain gouvernement. Le chef du Likoud avait annoncé
son intention de constituer un gouvernement d’union
nationale avec le Kadima et les Travaillistes. S’il n’y
parvient pas, il devra s’allier à des partis religieux
et d’extrême droite. Dans ce cas, aucun progrès n’est à
prévoir dans le processus de paix avec les Palestiniens.