Iraq.
Le président américain George W. Bush a effectué cette
semaine une visite d’adieu à Bagdad. Une visite qui s’est
achevée par une mésaventure qui, quoiqu’insolite, en dit
long sur l’échec de la politique américaine dans ce pays.
Des adieux mémorables
Il
aura su se protéger des attentats, de la mort même, durant
ses huit ans de présidence. Le président américain George
Bush, l’un des hommes les mieux protégés de l’histoire de
l’humanité, mais aussi l’un des présidents les moins aimés,
n’a échappé que de justesse à des chaussures devenues
projectiles, lancées à sa figure par un journaliste iraqien
lors d’une conférence de presse conjointe avec le premier
ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, marquant la fin de sa
visite d’adieu dimanche à Bagdad. Grâce à un rapide réflexe
d’esquive, M. Bush a su éviter coup sur coup les deux
chaussures lancées en sa direction. Le président américain a
baissé la tête et échappé au premier projectile, qui a
atteint les drapeaux américain et iraqien placés derrière
les deux responsables. Le second tir était largement moins
précis. « C’est le baiser de l’adieu, espèce de chien », a
hurlé le journaliste en lançant ses souliers, avant d’être
évacué de force par les services de sécurité iraqiens et
américains, en criant à l’adresse de George W. Bush « vous
êtes responsable de la mort de milliers d’Iraqiens ». Mais
M. Bush a semblé plus indifférent que surpris. Peut-être le
président américain, fin connaisseur de la politique
moyen-orientale, ne connaît-il pas le sens de l’insulte «
chien » ou encore de se voir recevoir sur la figure des
chaussures, un instrument de mépris, dans la culture arabe
... Quoi qu’il en soit, pour minimiser les faits, George
Bush, qui s’est immédiatement envolé pour Kaboul à la suite
de cet incident, a déclaré, ironique, depuis la capitale
afghane : « Cela ne m’ennuie pas. Si vous voulez des faits :
c’était une chaussure de taille 10 (44 taille française) ».
Et d’ajouter : « Je ne sais pas quelle cause il défendait
... Je ne me suis pas du tout senti menacé ».
Certes, il n’a pas été menacé de mort, mais l’épisode des
chaussures en dit long. La scène a évidemment fait le tour
des chaînes de télévision du monde entier et suscité de
diverses réactions. Si, au premier abord, l’on en retiendra
l’aspect comique, cet incident prouve surtout que, plus de
cinq ans après la guerre, le sentiment anti-américain est
toujours aussi fort en Iraq. Ou plutôt, il prouve
l’hostilité envers le président américain en personne, qui a
toujours défendu le bien-fondé de l’invasion de l’Iraq en
2003, en dépit de la mort de dizaines de milliers d’Iraqiens
dans les combats, les attentats et les violences
confessionnelles qui s’ensuivirent.
« La guerre n’est pas finie »
Malgré cela, dans son voyage d’adieu, M. Bush a tiré un
bilan plutôt optimiste de la situation : « La guerre n’est
pas finie, mais avec la conclusion des accords (de sécurité
entre l’Iraq et les Etats-Unis), le courage du peuple et des
soldats iraqiens, des militaires et du personnel civil
américains, nous sommes résolument sur la voie de la
victoire », a-t-il dit après la signature symbolique, avec
M. Maliki, de cet accord auquel il tenait tant. Il a
justifié une nouvelle fois l’intervention militaire
américaine qui avait conduit en 2003 à la chute du président
iraqien Saddam Hussein mais aussi au chaos. « La tâche n’a
pas été facile, mais elle était nécessaire pour la sécurité
américaine, l’espoir des Iraqiens et la paix dans le monde
», a déclaré M. Bush à l’issue de sa rencontre avec son
homologue iraqien Jalal Talabani. Lors de leur rencontre, ce
dernier a salué en George Bush « un grand ami » du peuple
iraqien « qui nous a aidés à libérer notre pays afin de
parvenir progressivement à la démocratie, au respect des
droits de l’homme et à la prospérité ». Le premier ministre
iraqien, Nouri Al-Maliki, a lui aussi rappelé que le
président américain s’était tenu « au côté de l’Iraq et du
peuple iraqien pendant une très longue période, en
commençant par l’éviction de la dictature ».
Mais il ne s’agit là que des points de vue officiels, la
réalité sur le terrain étant tout autre. A Bagdad et dans la
ville sainte chiite de Najaf (160 km au sud de Bagdad), des
centaines d’Iraqiens ont manifesté lundi matin aux cris de «
Non à l’Amérique », mais également « Bush, espèce de vache,
félicitations pour la chaussure ! ». Aussi, 200 avocats ont
proposé de défendre gratuitement le journaliste qui a lancé
sa paire de chaussures sur M. Bush, dont un ancien avocat de
Saddam Hussein.
D’autre part, la visite d’adieu de George Bush intervient
également à un moment où l’opinion dans son pays considère
de plus en plus que ce conflit était une erreur. Elle prend
aussi une forme d’avertissement. L’Administration du
président élu Barack Obama devra gérer l’héritage de huit
années de politique étrangère républicaine. Et l’Iraq sera
l’un des premiers dossiers auxquels M. Obama devra
s’attaquer après sa prise de fonction le 20 janvier. Un
dossier épineux, d’autant plus que le futur président avait
dit lors de la campagne électorale qu’il souhaitait parvenir
à un retrait des troupes de combat dans les seize mois.
Toutefois, le nouveau pacte de sécurité américano-iraqien
pourrait obliger à des ajustements de calendrier et à un
maintien pour une durée plus longue que prévue des soldats
sur place.
Abir
Taleb