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 Semaine du 17 au 23 décembre 2008, numéro 645

 

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Iraq. Le président américain George W. Bush a effectué cette semaine une visite d’adieu à Bagdad. Une visite qui s’est achevée par une mésaventure qui, quoiqu’insolite, en dit long sur l’échec de la politique américaine dans ce pays.

Des adieux mémorables

Il aura su se protéger des attentats, de la mort même, durant ses huit ans de présidence. Le président américain George Bush, l’un des hommes les mieux protégés de l’histoire de l’humanité, mais aussi l’un des présidents les moins aimés, n’a échappé que de justesse à des chaussures devenues projectiles, lancées à sa figure par un journaliste iraqien lors d’une conférence de presse conjointe avec le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, marquant la fin de sa visite d’adieu dimanche à Bagdad. Grâce à un rapide réflexe d’esquive, M. Bush a su éviter coup sur coup les deux chaussures lancées en sa direction. Le président américain a baissé la tête et échappé au premier projectile, qui a atteint les drapeaux américain et iraqien placés derrière les deux responsables. Le second tir était largement moins précis. « C’est le baiser de l’adieu, espèce de chien », a hurlé le journaliste en lançant ses souliers, avant d’être évacué de force par les services de sécurité iraqiens et américains, en criant à l’adresse de George W. Bush « vous êtes responsable de la mort de milliers d’Iraqiens ». Mais M. Bush a semblé plus indifférent que surpris. Peut-être le président américain, fin connaisseur de la politique moyen-orientale, ne connaît-il pas le sens de l’insulte « chien » ou encore de se voir recevoir sur la figure des chaussures, un instrument de mépris, dans la culture arabe ... Quoi qu’il en soit, pour minimiser les faits, George Bush, qui s’est immédiatement envolé pour Kaboul à la suite de cet incident, a déclaré, ironique, depuis la capitale afghane : « Cela ne m’ennuie pas. Si vous voulez des faits : c’était une chaussure de taille 10 (44 taille française) ». Et d’ajouter : « Je ne sais pas quelle cause il défendait ... Je ne me suis pas du tout senti menacé ».

Certes, il n’a pas été menacé de mort, mais l’épisode des chaussures en dit long. La scène a évidemment fait le tour des chaînes de télévision du monde entier et suscité de diverses réactions. Si, au premier abord, l’on en retiendra l’aspect comique, cet incident prouve surtout que, plus de cinq ans après la guerre, le sentiment anti-américain est toujours aussi fort en Iraq. Ou plutôt, il prouve l’hostilité envers le président américain en personne, qui a toujours défendu le bien-fondé de l’invasion de l’Iraq en 2003, en dépit de la mort de dizaines de milliers d’Iraqiens dans les combats, les attentats et les violences confessionnelles qui s’ensuivirent.

 

« La guerre n’est pas finie »

Malgré cela, dans son voyage d’adieu, M. Bush a tiré un bilan plutôt optimiste de la situation : « La guerre n’est pas finie, mais avec la conclusion des accords (de sécurité entre l’Iraq et les Etats-Unis), le courage du peuple et des soldats iraqiens, des militaires et du personnel civil américains, nous sommes résolument sur la voie de la victoire », a-t-il dit après la signature symbolique, avec M. Maliki, de cet accord auquel il tenait tant. Il a justifié une nouvelle fois l’intervention militaire américaine qui avait conduit en 2003 à la chute du président iraqien Saddam Hussein mais aussi au chaos. « La tâche n’a pas été facile, mais elle était nécessaire pour la sécurité américaine, l’espoir des Iraqiens et la paix dans le monde », a déclaré M. Bush à l’issue de sa rencontre avec son homologue iraqien Jalal Talabani. Lors de leur rencontre, ce dernier a salué en George Bush « un grand ami » du peuple iraqien « qui nous a aidés à libérer notre pays afin de parvenir progressivement à la démocratie, au respect des droits de l’homme et à la prospérité ». Le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, a lui aussi rappelé que le président américain s’était tenu « au côté de l’Iraq et du peuple iraqien pendant une très longue période, en commençant par l’éviction de la dictature ».

Mais il ne s’agit là que des points de vue officiels, la réalité sur le terrain étant tout autre. A Bagdad et dans la ville sainte chiite de Najaf (160 km au sud de Bagdad), des centaines d’Iraqiens ont manifesté lundi matin aux cris de « Non à l’Amérique », mais également « Bush, espèce de vache, félicitations pour la chaussure ! ». Aussi, 200 avocats ont proposé de défendre gratuitement le journaliste qui a lancé sa paire de chaussures sur M. Bush, dont un ancien avocat de Saddam Hussein.

D’autre part, la visite d’adieu de George Bush intervient également à un moment où l’opinion dans son pays considère de plus en plus que ce conflit était une erreur. Elle prend aussi une forme d’avertissement. L’Administration du président élu Barack Obama devra gérer l’héritage de huit années de politique étrangère républicaine. Et l’Iraq sera l’un des premiers dossiers auxquels M. Obama devra s’attaquer après sa prise de fonction le 20 janvier. Un dossier épineux, d’autant plus que le futur président avait dit lors de la campagne électorale qu’il souhaitait parvenir à un retrait des troupes de combat dans les seize mois. Toutefois, le nouveau pacte de sécurité américano-iraqien pourrait obliger à des ajustements de calendrier et à un maintien pour une durée plus longue que prévue des soldats sur place.

Abir Taleb

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